Une initative de
Marie de Nazareth

Prière de Jésus pour le salut de Judas

lundi 18 décembre 28
Ptolémaïs

Vision de Maria Valtorta

       317.1 Jésus se trouve de nouveau au pied du massif sur lequel est construit Jiphtaël, mais pas sur la route principale (donnons-lui ce nom) ou muletière, suivie auparavant par le char. Il est sur un sentier de chèvres, très en pente, tout en brèches, en fissures profondes qui s’appuie à la montagne, je dirais taillé dans sa paroi verticale comme si elle était griffée par un énorme coup d’ongle, bordé par un gouffre qui descend à pic vers de nouvelles profondeurs, au fond desquelles bouillonne un torrent rageur.

       Là, faire un faux pas signifie une chute sans espoir, en rebondissant de buisson en buisson de ronces ou autres plantes sauvages, qui ont poussé je ne sais comment dans les fissures du rocher et qui ne se dressent pas verticalement comme le font d’ordinaire les plantes mais obliquement ou même suivant une direction horizontale que leur impose leur situation. Un faux pas, cela veut dire se faire lacérer par tous les peignes épineux de ces plantes, ou avoir les reins brisés par le choc des troncs rigides qui se penchent sur l’abîme. Un faux pas, cela veut dire être déchiré par les pierres acérées qui dépassent des parois du précipice. Un faux pas, cela veut dire arriver tout en sang et rompu dans les eaux écumantes du torrent rageur et se noyer, submergé sur un lit de roches pointues et giflées par la violence du courant.

       Et pourtant Jésus parcourt ce sentier, cette griffure dans le roc rendue encore plus dangereuse par l’humidité qui monte en fumant du torrent, qui suinte de la paroi supérieure, qui goutte des arbres qui ont poussé sur cette paroi à pic, je dirais légèrement concave.

       Je m’efforce d’illustrer ce lieu infernal.

       Il marche lentement, avec précaution, calculant ses pas sur les pierre pointues, certaines branlantes ; il est parfois obligé de s’écraser contre la paroi, tant le sentier se rétrécit et, pour franchir des passages extrêmement dangereux, il doit s’agripper aux branches qui pendent de la paroi. Il contourne ainsi le côté ouest et arrive au côté sud sur lequel la montagne, après être descendue à pic du sommet, devient concave plus qu’ailleurs, en donnant plus de largeur au sentier, mais en revanche en lui enlevant de la hauteur, à tel point qu’en certains endroits Jésus doit marcher en se baissant pour ne pas se frapper la tête contre les roches.

       317.2 Peut-être a-t-il l’intention de s’arrêter là où le sentier finit brusquement comme par un éboulis. Mais, en observant, il voit que, sous l’éboulis, il y a une caverne, une fissure dans la montagne plutôt qu’une caverne, et il y descend à travers l’éboulement. Il y entre. C’est une fissure au début, mais une vaste grotte à l’intérieur comme si la montagne avait été creusée, il y a bien longtemps, à coups de pic, dans je ne sais quel but. On voit clairement les endroits où, à la courbure naturelle de la roche, s’est associée celle que l’homme à forée. Du côté opposé à la fissure d’entrée, il a ouvert une sorte d’étroit couloir au fond duquel une bande de lumière laisse entrevoir des bois qui indiquent comment le passage s’enfonce du sud à l’est en coupant l’éperon de la montagne.

       Jésus s’engage dans ce couloir sombre et étroit, et le suit jusqu’à ce qu’il arrive à l’ouverture, qui se trouve au-dessus de la route qu’il a parcourue avec les disciples et le char pour monter à Jiphtaël. Il a en face de lui les monts qui entourent le lac de Galilée ; au-delà de la vallée, et en direction du nord-est resplendit le grand Hermon sous son habit de neige. Un escalier rudimentaire est creusé dans le flanc de la montagne, qui ici n’est pas verticale, ni en montée ni en descente ; et cet escalier conduit à la route muletière qui se trouve dans la vallée et aussi au sommet où se trouve le village de Jiphtaël.

       Jésus est satisfait de son exploration. Il revient sur ses pas dans la vaste caverne et cherche un endroit bien abrité où il entasse des feuilles mortes poussées dans l’antre par les vents. Une bien misérable couchette, cette épaisseur de feuilles sèches mise entre son corps et le sol nu et glacé… Il s’y laisse tomber et reste immobile, étendu, les mains sous la tête, les yeux fixés sur la voûte rocheuse, pensif, je pourrais même dire abasourdi, comme quelqu’un qui a supporté une souffrance ou un effort supérieur à ses forces.

       317.3 Puis, lentement, des larmes, sans sanglots, commencent à couler de ses yeux sur les deux côtés du visage, en se perdant dans les cheveux près des oreilles et en finissant certainement dans son pauvre matelas…

       Il pleure ainsi, longuement, sans parler ni bouger… Puis il s’assied, la tête entre les genoux qu’il soulève et entoure de ses mains entrelacées, et il appelle de toute son âme sa Mère au loin :

       « Maman ! Maman ! Maman ! Mon éternelle douceur ! O Maman ! O Maman ! Comme je voudrais t’avoir auprès de moi ! Pourquoi ne t’ai-je pas toujours, toi le seul réconfort de Dieu ? »

       Seule la cavité de la grotte répond par un murmure d’écho imparfait à ses paroles, à ses sanglots ; elle semble sangloter elle aussi dans tous ses recoins, ses roches et dans les rares petites stalactites qui pendent dans un coin, celui sans doute qui est le plus exposé au travail des eaux intérieures.

       Les pleurs de Jésus continuent, bien que plus calmes, comme si le simple fait d’avoir appelé sa Mère l’avait réconforté, et lentement, ils se sont changés en monologue.

       « Ils sont partis… Et pourquoi ? Pour qui ? Pourquoi ai-je dû leur causer cette souffrance ? Et pourquoi me la faire subir, puisque le monde déjà en remplit ma journée ? … Judas ! »…

       Qui sait où s’envole la pensée de Jésus, qui relève la tête de ses genoux et regarde devant lui, les yeux dilatés et le visage tendu d’un homme absorbé par les spectacles spirituels de l’avenir ou par de grandes méditations. Il ne pleure plus, mais il souffre visiblement. Puis il semble répondre à un interlocuteur invisible et, pour ce faire, il se met debout.

       « Je suis homme, Père. Je suis l’Homme. La vertu d’amitié, blessée et déchirée en moi, se tord et se lamente douloureusement…

       Je sais que je dois tout souffrir. Je le sais. Comme Dieu, je le sais, et comme Dieu je le veux, pour le bien du monde. Comme homme aussi je le sais, car mon esprit divin le communique à mon humanité. Et comme homme aussi, je le veux, pour le bien du monde. Mais quelle douleur, ô mon Père ! Cette heure est bien plus pénible que celle que j’ai vécue avec ton esprit et le mien au désert… Et elle est bien plus forte, la tentation présente de ne pas aimer et de ne pas supporter à mes côtés cet être visqueux et sournois qui a pour nom Judas, la cause de la grande douleur qui m’abreuve jusqu’à saturation, et torture les âmes auxquelles j’avais donné la paix.

       317.4 Père, je le sens. Tu deviens plus rigoureuse envers ton Fils au fur et à mesure que j’approche du terme de mon expiation en faveur du genre humain. De plus en plus, ta douceur s’éloigne de moi, et ton visage paraît sévère à mon esprit, qui se trouve toujours plus repoussé dans les profondeurs, là où l’humanité, frappée par ton châtiment, gémit depuis des millénaires.

       Il m’était doux de souffrir : le chemin au commencement de mon existence était doux, doux aussi quand, de fils du menuisier, je devins le Maître du monde en m’arrachant à une Mère pour te donner, Père, à l’homme déchu. La lutte contre l’Ennemi dans la tentation du désert m’était encore douce en comparaison de maintenant. Je l’ai affrontée avec la hardiesse d’un héros aux forces intactes… O mon Père !… Maintenant mes forces sont alourdies par l’absence d’amour et par la connaissance de trop de personnes et de trop d’infamies…

       Satan, je le savais, allait partir, et il est effectivement parti une fois la tentation finie, puis les anges vinrent pour consoler ton Fils d’être homme, soumis à la tentation du Démon. Mais maintenant, elle ne cessera pas, une fois passée l’heure où l’Ami a souffert pour ses amis envoyés au loin, et pour l’ami parjure qui lui nuit de près et de loin. Elle ne cessera pas. Tes anges ne viendront pas me consoler de cette heure et après cette heure. En revanche, le monde viendra, avec toute sa haine, ses moqueries, son incompréhension. Et le parjure, le traître, le vendu à Satan viendra, et il sera toujours plus près et plus sournois et plus visqueux. Père !… »

       Ce cri est vraiment déchirant, c’est un cri d’épouvante, un appel, et l’agitation de Jésus me rappelle l’heure de Gethsémani.

       « Père ! Je le sais, je le vois… Pendant que, moi ici, je souffre et vais souffrir, et que je t’offre ma souffrance pour sa conversion, et pour ceux qui ont été arrachés à mes bras et qui sont en train de marcher, le cœur transpercé, vers leur destin, lui, il se vend pour devenir plus grand que moi, le Fils de l’homme !

       C’est moi, n’est-ce pas, le Fils de l’homme ? Oui. Mais je ne suis pas seul à l’être. L’humanité, l’Eve prolifique a engendré ses fils, et si je suis l’Abel, l’Innocent, Caïn ne fait pas défaut dans la descendance de l’humanité. Et si je suis le Premier-Né, parce que je suis tel qu’auraient dû être les fils de l’homme, sans tache à tes yeux, lui, qui a été engendré dans le péché, est le premier de ce qu’ils sont devenus après avoir mordu le fruit empoisonné. Et maintenant, non content d’avoir en lui les ferments répugnants et les blasphèmes du mensonge, la malveillance, la cruauté, le désir cupide de l’argent, l’orgueil et la luxure, il devient démoniaque, lui, cet homme qui pouvait devenir ange, pour être l’homme qui devient démon… “ Et Lucifer voulut être semblable à Dieu, et pour cela il fut chassé du Paradis et, changé en démon, il habita l’enfer. ”

       317.5 Mais, Père ! O mon Père ! Je l’aime… je l’aime encore. C’est un homme… C’est un de ceux pour lesquels je t’ai quitté… Au nom de mon humiliation, sauve-le… Permets-moi de le racheter, Seigneur très-haut ! Cette pénitence est plus pour lui que pour les autres ! Oh ! Je sais l’incohérence de ce que je demande, moi qui sais tout ce qu’il est !… Mais, mon Père, pour un instant, ne vois pas en moi ton Verbe. Contemple seulement mon humanité de Juste… et permets que, pour un instant, je puisse être seulement “ l’Homme ” dans ta grâce, l’Homme qui ne connaît pas l’avenir, qui peut s’illusionner… l’Homme qui, ne sachant pas l’inéluctable destin, peut prier avec une espérance absolue pour t’arracher le miracle. Un miracle ! Un miracle pour Jésus de Nazareth, pour Jésus, fils de Marie de Nazareth, notre éternelle Aimée ! Un miracle qui viole ce qui est marqué et l’annule ! Le salut de Judas ! Il a vécu à mes côtés. Il a bu mes paroles, il a partagé ma nourriture, il a dormi sur ma poitrine… Pas lui, que ce ne soit pas lui mon satan !…

       Je ne te demande pas de n’être pas trahi… Cela doit être et cela sera… pour que, par ma souffrance de trahi tous les mensonges soient effacés, par ma douleur de vendu toutes les avarices soient expiées, par mon déchirement de blasphémé tous les blasphèmes soient réparés, par ma souffrance de n’être pas cru la foi soit donnée à ceux qui sont et seront sans foi, et par ma torture toutes les fautes de la chair soient purifiées… Mais, je t’en prie : pas lui, pas lui, Judas, mon ami, mon apôtre !

       Je voudrais que personne ne trahisse… Personne… Pas même le plus éloigné dans les glaces hyperboréennes ou les feux de la zone torride… Je voudrais que le sacrificateur soit toi seul… comme tu l’as été d’autres fois en brûlant par tes feux les holocaustes… Mais puisque je dois mourir de la main de l’homme – et plus qu’un vrai bourreau, le bourreau sera l’ami traître, l’homme pourri qui portera en lui la puanteur de Satan et déjà l’aspire en lui pour être semblable à moi en puissance… c’est ce qu’il pense dans son orgueil et dans sa convoitise –, puisque c’est par la main de l’homme que je dois mourir, Père, accorde-moi que le Traître ne soit pas celui que j’ai appelé ami et aimé comme tel.

       Multiplie mes tortures, Père, mais donne-moi l’âme de Judas… Je mets cette prière sur l’autel de ma Personne victime… Père, accueille-la !…

       317.6 Le Ciel est fermé et muet !… C’est donc cela, l’horreur que j’aurai avec moi jusqu’à la mort ?

       Le Ciel est muet et fermé !… Ce sera donc cela, le silence et la prison dans laquelle expirera mon esprit ?

       Le Ciel est fermé et muet !… Ce sera donc cela, la suprême torture du Martyr ?

       Père, que ta Volonté soit faite et non la mienne… Mais, à cause de mes peines – ah ! Cela au moins ! –, à cause de mes peines, donne paix et illusion à l’autre martyr de Judas, à Jean d’En-Dor, mon Père… Il est réellement meilleur que beaucoup. Il a parcouru un chemin que peu connaissent et connaîtront. Pour lui, toute la Rédemption est déjà accomplie. Donne-lui donc ta paix pleine et complète, pour que je l’aie dans ma gloire quand, pour moi aussi, tout sera accompli pour t’honorer et t’obéir… Mon Père !… »

       Tout doucement, Jésus a glissé à genoux et maintenant il pleure, le visage contre terre, et il prie pendant que la lumière de cette brève journée d’hiver meurt avant l’heure dans la caverne obscure, et le fracas du torrent semble prendre plus de force à mesure que l’ombre envahit la vallée…

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