Une initative de
Marie de Nazareth

A Joppé, Jésus s’adresse à Judas de Kerioth et à des païens

jeudi 3 mai 29
Joppé

Vision de Maria Valtorta

       406.1 Je vois Jésus assis dans la cour intérieure d’une maison d’aspect convenable sans être luxueuse. Il paraît très fatigué. Il s’est installé sur un banc de pierre situé près d’un puits aux rebords peu élevés, que recouvre l’arceau d’une tonnelle verte. Les grains de raisin commencent à peine à se former. Leur fleur doit être tombée depuis peu et ils ressemblent à des grains de mil suspendus à des pédoncules verts. Jésus tient sur son genou droit la pointe du coude droit, et il appuie son menton dans le creux de la main. Parfois, comme pour trouver une position plus confortable, il appuie son bras replié sur le rebord du puits et sa tête repose sur son bras, comme s’il voulait dormir. Ses cheveux voilent alors son visage fatigué qui, sans cela, paraît pâle et sérieux entre ses boucles d’un blond roux.

       Les mains enfarinées, une femme va et vient, passant d’une pièce de la maison à un cagibi situé du côté opposé de la cour et où doit se trouver le four. Chaque fois, elle regarde Jésus, mais elle ne trouble pas son repos. Le soir doit approcher, car le soleil effleure à peine le haut de la terrasse au-dessus du toit, de moins en moins, jusqu’à ce qu’il la quitte.

       406.2 Une dizaine de colombes descendent en roucoulant dans la cour pour leur dernier repas. Elles tournoient autour de Jésus comme pour voir quel est cet inconnu et, défiantes, n’osent se poser sur le sol. Jésus sort de ses réflexions, sourit, tend une main, la paume tournée vers le haut, et il dit : « Vous avez faim ? Venez », comme s’il parlait à des êtres humains. La plus audacieuse se pose sur cette main, puis d’autres suivent son exemple. Jésus sourit.

       « Je n’ai rien, moi  » dit-il devant leur roucoulement insistant.

       Il appelle alors à haute voix :

       « Femme ! Tes colombes ont faim. As-tu du grain pour elles ?

       – Oui, Maître. Il est dans un sac sous le portique. J’arrive.

       – Laisse-moi faire. Je vais leur en donner moi-même. Cela me plaît.

       – Elles ne viendront pas. Elles ne te connaissent pas.

       – Oh ! j’en ai sur les épaules et jusque sur la tête !…  »

       Jésus, en fait, marche avec son étrange plumet fait d’une colombe à la poitrine couleur de plomb qui semble être une cuirasse précieuse aux reflets changeants.

       La femme, incrédule, se montre et dit :

       « Oh !

       – Tu vois ? Les colombes sont meilleures que les hommes. Elles comprennent qui les aime. Les hommes… non.

       – Ne pense pas, Maître, à ce qui est arrivé. Il y en a peu ici qui te haïssent. Les autres — à peu près tous — t’aiment, ou du moins te respectent.

       – Je ne me trouble pas pour cela. Je te fais seulement remarquer que les animaux sont souvent meilleurs que les hommes.  »

       Jésus a ouvert le sac, y a plongé sa longue main et en a sorti du grain blond qu’il a mis dans un repli de son manteau. Il referme le sac et revient au milieu de la cour en se défendant contre l’invasion des colombes qui veulent se servir elles-mêmes. Il ouvre le pli de son manteau, jette le grain par terre, et rit de voir la lutte et les rixes des oiseaux goulus. Le repas est vite consommé, et les colombes boivent à un plat creux qui se trouve près du puits, en regardant encore Jésus.

       « Allez, maintenant, il n’y a plus rien.  »

       Les oiseaux volettent encore un peu sur les épaules et les genoux de Jésus, puis ils retournent à leurs nids. Jésus retombe dans sa méditation.

       406.3 Des coups répétés font vibrer la porte. La femme court ouvrir : ce sont les disciples.

       « Venez  » dit Jésus. « Avez-vous distribué l’argent aux pauvres ?

       – Oui, Maître.

       – Jusqu’au dernier sou ? Rappelez-vous que ce qu’on nous donne n’est pas pour nous, mais pour la charité. Nous, nous sommes pauvres et vivons de la pitié d’autrui. Malheureux l’apôtre qui exploite sa mission à des fins humaines !

       – Et si on en vient un jour à manquer de pain, et qu’on est accusé de violer la Loi parce qu’on égrène des épis comme font les moineaux ?

       – Judas, as-tu jamais manqué de quelque chose d’essentiel depuis que tu es avec moi ? T’est-il arrivé de tomber de faiblesse sur la route ?

       – Non, Maître.

       – Quand je t’ai dit : “ Viens ”, t’ai-je promis confort et richesses ? Et lorsque je m’adresse à ceux qui m’écoutent, ai-je jamais dit que je procurerai à mes disciples des avantages sur la terre ?

       – Non, Maître.

       – Alors, Judas ? Pourquoi as-tu changé à ce point ? Ne sais-tu pas, ne sens-tu pas que ton mécontentement, ta froideur me font souffrir ? Ne vois-tu pas que ce mécontentement se communique à tes frères ? Judas, mon ami, toi qui es appelé à un pareil sort, qui es venu avec tant d’enthousiasme à mon amour et à ma lumière, pourquoi m’abandonnes-tu maintenant ?

       – Maître, je ne t’abandonne pas ! Je suis celui qui se soucie le plus de toi, de tes intérêts, de ta réussite. Je voudrais te voir triompher partout, tu peux en être sûr !

       – Je sais. Tu veux cela humainement, et c’est déjà beaucoup. Mais ce n’est pas ce que je désire, Judas, mon ami… Je suis venu pour bien autre chose qu’un triomphe humain et une royauté humaine… Je suis venu, non pas pour accorder à mes amis des bribes de triomphe humain, mais pour vous donner une récompense infinie, une mesure bien tassée, débordante, une récompense qui n’en est plus une, tant elle est plénitude : c’est la participation à mon Règne éternel, l’union dans les droits des enfants de Dieu… Ah ! Judas, pourquoi ce sublime héritage ne t’exalte-t-il pas ? On y accède par le renoncement, mais il ne connaît pas de crépuscule.

       406.4 Viens encore plus près de moi, Judas. Tu vois ? Nous sommes seuls. Les autres ont compris que je voulais te parler, à toi, le distributeur de mes… richesses, des aumônes que le Fils de l’Homme, que le Fils de Dieu reçoit pour les distribuer au nom de Dieu et de l’Homme à l’homme. Ils sont rentrés. Nous sommes seuls, Judas, en cette heure si douce du soir où nos cœurs volent vers nos maisons lointaines, vers nos mères : elles pensent sûrement à nous en préparant leur dîner solitaire, et caressent de la main la place où nous nous asseyions avant cette heure de Dieu en laquelle la très sainte Volonté nous a pris pour le faire aimer en esprit et en vérité.

       Nos mères ! La mienne, si sainte et si pure, qui vous aime tant et prie pour vous, les amis de son Jésus… La mienne qui, dans l’angoisse de sa maternité de Mère du Christ, n’a de paix que celle de me savoir entouré de votre affection… Ne décevez pas ce cœur de Mère, mes amis, ne le blessez pas. Ne le brisez pas par la moindre mauvaise action ! Et puis ta mère, Judas. La dernière fois que nous sommes passés par Kérioth, elle n’en finissait pas de me bénir et voulait me baiser les pieds, parce qu’elle est heureuse que son Judas soit dans la lumière de Dieu. Elle me disait : “ Maître, rends saint mon Judas ! Que désire un cœur de mère, sinon le bien de son enfant ? Or en existe-t-il un plus grand que le bien éternel ? ”

       En effet, Judas, quel bien est plus grand que celui auquel je veux vous amener et auquel on arrive en suivant mon chemin ? Ta mère est une sainte femme, Judas, une vraie fille d’Israël. J’ai refusé qu’elle me baise les pieds, car vous êtes mes amis, et dans toutes vos mères, dans toute mère bonne, je reconnais la mienne, Judas. Et je souhaiterais que dans la vôtre, vous voyiez la mienne et son redoutable destin de Corédemptrice. Vous ne voudriez pas, non, vous ne voudriez pas la tuer parce que… parce qu’il vous semblerait tuer la vôtre.

       406.5 Judas, ne pleure pas. Pourquoi pleurer ? Si tu n’as sur le cœur aucun remords envers ta mère et la mienne, pourquoi verser ces larmes ? Viens ici, pose ta tête sur mon épaule et partage à ton Ami ton angoisse. Tu as fauté ? Tu te sens près de fauter ?

       Ah ! ne reste pas seul ! Triomphe de Satan avec l’aide de celui qui t’aime. Je suis Jésus, Judas. Je suis ce Jésus qui guérit les malades et chasse les démons. Je suis ce Jésus qui sauve… et qui t’aime tant, qui s’afflige de te voir ainsi affaibli. Je suis ce Jésus qui apprend à pardonner soixante-dix fois sept fois. Mais en ce qui me concerne, ce ne sont pas soixante-dix fois, mais sept cents fois, sept mille fois sept fois que je vous pardonne… et il n’y a pas de faute, Judas, il n’y a pas de faute, Judas, il n’y a pas de faute, Judas, que je ne pardonne pas, que je ne pardonne pas, que je ne pardonne pas si le coupable repentant reconnaît : “ Jésus, j’ai péché. ” Mieux : il suffit qu’il dise : “ Jésus ! ” ou même qu’il se borne à me regarder d’un air suppliant. Et sais-tu, mon ami, quels sont ceux à qui je pardonne en premier ? Les plus coupables et les plus repentis. Et sais-tu quelles sont les toutes premières fautes que je pardonne ? Celles qu’on commet envers moi.

       Judas ?… Tu ne trouves rien à répondre à ton Maître ? Si lourde est ton angoisse qu’elle t’enlève les mots de la bouche ? Redoutes-tu que je te dénonce ? Ne crains pas cela ! Il y a si longtemps que je veux te parler ainsi, en te tenant sur mon cœur, comme deux jumeaux dans un seul berceau, enfantés ensemble, presque une seule chair, deux enfants qui se sont partagé mutuellement les seins tièdes et qui ont senti le goût de la salive de son frère en même temps que la douceur du lait maternel. Maintenant, je te tiens et je ne te quitte pas jusqu’à ce que tu me dises que je t’ai guéri. N’aie pas peur, Judas. C’est une confession que je veux. Mais tes compagnons penseront que c’est un colloque d’amour, tant nos visages rayonneront de paix réciproque, d’amour mutuel, après ce dialogue. Et je ferai en sorte qu’ils le croient de plus en plus en te tenant contre ma poitrine ce soir au repas, en trempant pour toi mon pain pour te l’offrir comme à un préféré ; et c’est à toi le premier que je tendrai la coupe après avoir rendu grâces à Dieu. Tu seras le roi du banquet, Judas, réellement. Tu seras l’épouse de l’Epoux, ô âme que j’aime, si tu te rends pur et libre en déposant ta poussière sur mon sein purificateur.

       406.6 Tu ne me partages toujours pas ton chagrin ?

       – Tu m’as parlé avec une telle douceur… de ma mère… de la maison… de ton amour… Un moment de faiblesse… Je suis si fatigué !… Et j’avais l’impression que tu ne m’aimais plus ainsi depuis quelque temps…

       – Non. Ce n’est pas cela. Dans tes paroles, il n’y a qu’une partie de la vérité, et c’est que tu es fatigué. Pas de la route, de la poussière, du soleil, de la boue, de la foule. Tu es fatigué de toi-même. Ton âme est lasse de ta chair et de ton esprit, si lasse qu’elle finira par s’éteindre d’une fatigue mortelle. Pauvre âme que j’ai appelée aux splendeurs éternelles ! Pauvre âme qui sait que je t’aime, et te reproche de l’arracher à mon amour ! Pauvre âme qui te reproche, inutilement, — comme moi je te caresse en vain de mon amour — d’agir sournoisement à l’égard de ton Maître. Mais ce n’est pas toi qui agis. C’est celui qui te hait et qui me hait. C’est pour cela que je te recommandais : “ Ne reste pas seul. ” Eh bien, écoute : tu sais que je passe mes nuits en grande partie à prier. Si un jour tu te sens le courage d’être un homme et la volonté d’être mien, viens à moi pendant que tes compagnons dorment. Les étoiles, les fleurs, les oiseaux sont des témoins prudents et bons, silencieux, pleins de pitié. Les étoiles sont saisies d’horreur devant le crime qui a lieu sous leur lumière, mais elles n’ont pas de voix pour dire aux hommes : “ Celui-ci est un Caïn pour son frère. ” Tu as compris, Judas ?

       – Oui, Maître. Mais, crois-moi : je n’ai rien d’autre que de la lassitude et de l’émotion. Moi, je t’aime de tout mon cœur et…

       – Bien. Cela suffit.

       – Tu me donnes un baiser, Maître ?

       – Oui, Judas, et je t’en donnerai d’autres…  »

       Jésus pousse un profond soupir, avec peine. Mais il embrasse Judas sur la joue. Puis il lui prend la tête entre les mains, et la tient bien serrée en face de lui à quelques centimètres, il la fixe, l’étudie, la transperce de son regard magnétique. Et Judas, ce malheureux, ne tressaille pas. Il reste apparemment imperturbable sous cet examen. Il devient seulement un peu pâle et ferme les yeux un instant.

       Jésus dépose un baiser sur ses paupières abaissées, puis sur sa bouche, sur son cœur, il s’incline pour trouver le cœur du disciple… et dit :

       « Voilà : pour chasser les brumes, pour te faire sentir la douceur de Jésus, pour fortifier ton cœur.  »

       Puis il le quitte et se dirige vers la maison, suivi de Judas.

       406.7 « Tu tombes bien, Maître ! Tout est prêt, on n’attendait que toi, dit Pierre.

       – Bien. Je parlais avec Judas de tant de choses… N’est-ce pas, Judas ? Il faudrait s’occuper de ce pauvre vieillard dont le fils a été tué.

       – Ah !  »

       Judas saisit au vol l’occasion pour achever de se remettre et détourner, si besoin est, les soupçons des autres.

       « Tu sais, Maître ? Aujourd’hui nous avons été arrêtés par un groupe de païens mêlés à des juifs des colonies romaines de Grèce. Ils voulaient savoir beaucoup de choses. Nous avons répondu comme nous l’avons pu. Mais nous ne les avons sûrement pas convaincus. Pourtant, ils ont été bons et ils nous ont donné de grosses sommes d’argent. Voilà, Maître. Nous pourrons faire beaucoup de bien.  »

       Judas pose sur la table un gros sac de peau luxueuse et, sous le choc, on entend le bruit des pièces. Il a la taille de la tête d’un enfant.

       « C’est bien, Judas, tu distribueras l’argent équitablement. Que voulaient savoir ces païens ?

       – Ce que sera la vie future… si l’homme a une âme et si elle est immortelle. Ils citaient leurs maîtres. Mais nous… que pouvions-nous répondre ?

       – Vous deviez leur conseiller de venir.

       – Nous le leur avons dit. Ils viendront peut-être.  »

       Le repas se poursuit.

       Jésus a pour voisin Judas et il lui donne du pain trempé dans la sauce qui baigne le plat de viande rôtie. Ils sont en train de manger des petites olives noires, quand on entend frapper à la porte. Peu après, la maîtresse de maison entre :

       « Maître, c’est toi qu’ils demandent.

       – Qui est-ce ?

       – Des étrangers.

       – Mais c’est impossible !

       – Le Maître est fatigué !

       – Il ne cesse de marcher et de parler toute la journée !

       – Des païens dans la maison ! Allons donc !  »

       Les douze sont en émoi comme un essaim que l’on a dérangé.

       « Chut ! Paix ! Ce n’est pas une fatigue pour moi d’écouter ceux qui me cherchent. C’est mon repos.

       – Ce pourrait être un piège, à cette heure-ci !…

       – Non. Ce n’est pas le cas. Restez tranquilles et reposez-vous. Moi, je me suis déjà reposé en vous attendant. J’y vais. Je ne vous demande pas de venir avec moi… bien que… je vous le dis : c’est justement chez les païens que vous devrez porter votre judaïsme, qui sera alors christianisme. Attendez-moi ici.

       – Tu y vas seul ? Ah ! cela, jamais !  » s’écrie Pierre,

       Il se lève.

       « Reste là où tu es. J’y vais seul.  »

       406.8 Il sort. Il se présente à la porte qui donne sur la route. Dans le crépuscule, il y a une quantité de personnes qui attendent.

       « Que la paix soit avec vous. Vous voulez me voir ?

       – Salut, Maître !  »

       C’est un imposant vieillard qui parle, enveloppé dans un vêtement romain qui dépasse d’un petit manteau rond avec un capuchon relevé sur la tête.

       « Nous avons parlé aujourd’hui avec tes disciples, mais ils n’ont pas su nous donner beaucoup d’explications. C’est pourquoi nous souhaiterions discuter avec toi.

       – C’est vous qui avez offert cette grosse obole ? Merci pour les pauvres de Dieu.  »

       Jésus s’adresse à la maîtresse de maison :

       « Femme, je sors avec eux. Dis à mes apôtres de venir me retrouver près de la rive car, si je vois juste, ces hommes sont des commerçants des magasins…

       – Et des navigateurs, Maître. Tu as vu juste.  »

       Ils sortent tous ensemble sur la route illuminée par un beau clair de lune.

       « Vous venez de loin ?  »

       Jésus se tient au milieu du groupe avec, à côté de lui, le vieillard qui a parlé le premier, un beau vieillard avec un profil latin marqué. De l’autre côté se trouve un autre homme d’un certain âge, au visage nettement hébraïque. Autour, il y a deux ou trois hommes plutôt maigres au teint olivâtre, aux yeux vifs et un peu ironiques, ainsi que d’autres plus robustes d’âge variable. Cela fait en tout une dizaine de personnes.

       « Nous venons des colonies romaines de Grèce et d’Asie, et nous sommes en partie des juifs et en partie des païens… Nous n’osions pas venir à cause de cela… Mais on nous a assuré que tu ne méprises pas les païens… comme le font les autres, les juifs scrupuleux — je parle de ceux d’Israël, car ailleurs il y a aussi des juifs… moins rigides —. De sorte que moi, qui suis romain, j’ai pour épouse une juive de Lycaonie, tandis que lui, qui est un Hébreu d’Ephèse, a pour épouse une romaine.

       – Je ne méprise personne, mais il faut être indulgent envers ceux qui ne savent pas encore penser que, le Créateur étant un, tous les hommes sont du même sang.

       – Nous savons que tu es grand parmi les philosophes. Et ce que tu dis le confirme : grand et bon.

       – Est bon celui qui fait le bien, non celui qui parle bien.

       – Tu parles bien et tu agis bien. Tu es donc bon.

       406.9 – Que voulez-vous apprendre de moi ?

       – Aujourd’hui, Maître, pardonne-nous si nous te fatiguons par notre curiosité. Mais il y a une bonne curiosité, parce qu’elle cherche la vérité avec amour… Aujourd’hui nous voulions connaître par tes apôtres la vérité sur une doctrine déjà ébauchée par les philosophes de l’Antiquité grecque. On nous a dit que tu reviens l’enseigner de façon plus ample et plus belle. Eunique, mon épouse, a parlé avec des juifs qui t’ont entendu, et elle m’a répété ces paroles. Tu sais, Eunique, qui est grecque, est cultivée et elle connaît les enseignements des sages de sa patrie. Elle a trouvé des correspondances entre tes discours et ceux d’un grand philosophe grec. Les paroles que tu as dites sont arrivées jusqu’à Ephèse. Aussi, venus dans ce port, les uns pour le commerce, les autres pour accomplir des rites religieux, nous nous sommes retrouvés entre amis et nous avons parlé. Les affaires n’empêchent pas de penser aussi à des choses plus élevées. Après avoir rempli les magasins et chargé nos bateaux, nous avons le temps de résoudre ce doute. Tu enseignes que l’âme est éternelle. Socrate a dit qu’elle est immortelle. Connais-tu les paroles du maître grec ?

       – Non. Je n’ai pas étudié dans les écoles de Rome et d’Athènes, mais parle : je te comprends quand même. Je n’ignore pas la pensée du philosophe grec.

       – Socrate, contrairement à ce que nous croyons, nous les Romains, et contrairement aussi à ce que croient vos sadducéens, admet et soutient que l’homme a une âme et qu’elle est immortelle. Il ajoute que la mort n’est donc pour elle qu’une libération, le passage d’une prison à un lieu libre où elle rejoint ceux qu’elle a aimés. Elle y fait la connaissance des sages dont elle a entendu parler, et des grands, des héros, des poètes. Elle n’y trouve plus ni injustice ni souffrance, mais un éternel bonheur dans un séjour de paix, ouvert aux âmes immortelles qui ont vécu avec justice. Toi, Maître, qu’en penses-tu ?

      – Le maître grec, tout en étant dans l’erreur d’une religion qui n’est pas vraie, était dans la vérité quand il dit que l’âme est immortelle. En quête du Vrai et pratiquant la vertu, il sentait au fond de son esprit murmurer la voix du Dieu inconnu, du vrai Dieu, du Dieu unique : le Père très-haut, d’où je viens pour amener les hommes à la Vérité. 406.10 L’homme a une âme, une, vraie, éternelle, maîtresse, capable de mériter la récompense ou le châtiment. Créée par Dieu, toute à Lui, elle est destinée dans la Pensée créatrice à retourner à Dieu. Vous, les païens, vous vous adonnez trop au culte de la chair ; c’est une œuvre admirable, en vérité, sur laquelle se trouve la marque du Pouce éternel. Vous admirez trop l’intelligence, ce joyau renfermé dans l’écrin de votre tête et qui en fait couler ses rayons sublimes. C’est un grand don, un don supérieur du Créateur. Comme il vous a formés selon sa Pensée, vous êtes conformes à elle, et donc une œuvre parfaite d’organes et de membres, et il vous a donné la ressemblance avec sa Pensée et avec son Esprit. Or la perfection de la ressemblance se trouve dans l’esprit. Car Dieu n’a pas les membres et l’opacité de la chair, comme il n’a pas les sens et le foyer de la débauche. Mais c’est un Esprit très pur, éternel, parfait, immuable ; il ne se lasse pas d’agir et se renouvelle sans cesse dans ses œuvres, qu’il adapte paternellement au chemin d’élévation de sa créature. L’esprit, créé pour tous les hommes à partir d’une même Source de puissance et de bonté, ne connaît pas de différence de perfection initiale. Il n’y a qu’un seul esprit créé, parfait et resté tel. Il y a trois esprits créés parfaits…

       – Tu es l’un d’eux, Maître.

       – Non, pas moi. Moi, dans ma chair, j’ai l’Esprit qui n’a pas été créé, mais qui a été engendré par le Père, par surabondance d’amour.

       – Qui donc alors ?

       – Les deux premiers parents d’où descend l’espèce humaine ont été créés parfaits, mais sont tombés, volontairement, dans l’imperfection. Le troisième, créé pour la joie de Dieu et de l’univers, est trop au-dessus des possibilités de pensée et de foi du monde d’aujourd’hui pour que je vous l’indique. Les âmes, disais-je, créées, provenant d’une même Source avec une égale mesure de perfection, subissent ensuite, d’après leur mérite et leur volonté, une double métamorphose.

       – Alors tu admets une seconde vie ?

       – Il n’y a qu’une seule vie. En elle, l’âme, qui a connu une ressemblance initiale à Dieu, passe, grâce à la justice fidèlement pratiquée en toutes choses, à une plus parfaite ressemblance, je dirais à une seconde création d’elle-même, par laquelle elle évolue vers une double ressemblance avec le Créateur, en se rendant capable de posséder la sainteté, qui est perfection de justice et ressemblance des fils avec le Père. Elle se trouve chez les bienheureux, c’est-à-dire en ceux dont votre Socrate dit qu’ils habitent l’Hadès. Mais je vous assure que lorsque la Sagesse aura prononcé ses paroles et les aura confirmées par le sang, ils seront les bienheureux du paradis, du Royaume, c’est-à-dire de Dieu.

       – Et où sont-ils maintenant ?

       – Dans l’attente.

       – De quoi ?

       – Du sacrifice, du pardon, de la libération.

       – On dit que le Messie sera le Rédempteur et que c’est toi… Est-ce vrai ?

       – C’est vrai. Je le suis, moi qui vous parle.

       406.11 – Tu devras donc mourir ? Pourquoi, Maître ? Le monde a un tel besoin de lumière, et tu veux le quitter ?

       – C’est toi, un grec, qui me demande cela ? Toi en qui trônent les paroles de Socrate ?

       – Maître, Socrate était un juste. Toi, tu es un saint. Regarde comme le monde a besoin de la sainteté.

       – Elle augmentera dix mille fois pour chaque douleur, pour chaque blessure, pour chaque goutte de mon sang.

       – Par Jupiter ! Jamais stoïcien ne fut plus grand que toi, qui ne te bornes pas à prêcher le mépris de la vie, mais qui t’apprêtes à t’en débarrasser.

       – Je ne méprise pas la vie. Je l’aime comme l’épreuve indispensable pour acheter le salut du monde.

       – Mais tu es jeune, Maître, pour mourir !

       – Ton philosophe dit : l’homme saint est cher aux dieux ; or tu m’as qualifié de saint. Si je le suis, je dois avoir soif de retourner à la sainteté d’où je suis venu. On n’est jamais assez jeune, par conséquent, pour n’avoir pas cette soif. Socrate dit aussi que l’homme saint se plaît à faire ce qui est agréable aux dieux. Or qu’y a-t-il de plus agréable que de rendre à l’étreinte du Père les enfants que la faute a éloignés et de donner à l’homme la paix avec Dieu, source de tout bien ?

       – Tu prétends que tu ne connais pas les paroles de Socrate. Comment donc sais-tu ce que tu dis ?

       – Moi, je sais tout. La pensée des hommes — en tant que pensée bonne — n’est que le reflet d’une des miennes. Ce qui n’est pas bon n’est pas de moi, mais je l’ai lu dans la succession des temps, et j’ai su, je sais et je saurai quand cela a été, est, et sera dit. Je le sais.

       406.12 – Seigneur, viens à Rome : c’est le phare du monde. Ici, la haine t’environne. Là-bas, tu sera entouré de vénération.

       – C’est l’homme qui le sera, pas le Maître du surnaturel. Moi, je suis venu pour le surnaturel. Je dois l’apporter aux enfants du peuple de Dieu, bien que ce soient les plus durs envers le Verbe.

       – Rome et Athènes ne verront pas ta présence, alors ?

       – Si, n’ayez pas peur. J’y serai présent. Ceux qui le voudront m’obtiendront.

       – Mais s’ils te tuent…

       – L’esprit de tout homme est immortel. Le mien, l’Esprit du Fils de Dieu, pourrait-il ne pas l’être ? Je viendrai par mon Esprit qui agira… Je viendrai… Je vois les foules sans nombre, et les maisons que l’on élève en mon nom… Je suis partout… Je parlerai dans les cathédrales et dans les cœurs… Mon évangélisation ne connaîtra pas de répit… L’Evangile parcourra la terre… Tous les bons viendront vers moi… Et voilà… Je passe à la tête de mon armée de saints et je les amène au Ciel. Venez à la vérité…

       – Oh ! Seigneur ! Notre âme est engoncée dans les formules et les erreurs. Comment ferons-nous pour lui ouvrir les portes ?

       – Moi, je desserrerai les portes de l’enfer. J’ouvrirai les portes de votre Hadès et de mes limbes. Et je ne pourrais pas ouvrir les vôtres ? Dites : “ Je le veux ” et, comme une serrure faite d’ailes de papillons, elles tomberont en poussière au passage de mon Rayon.

       – Qui viendra en ton nom ?

       – Vous voyez cet homme qui arrive en ce moment avec un autre à peine plus âgé qu’un adolescent ? Ils viendront à Rome et par toute la terre, et avec eux, beaucoup d’autres. Pleins de zèle, comme maintenant, à cause de leur amour pour moi qui les pousse et ne leur fait trouver de repos qu’à côté de moi, ils viendront, pour l’amour des hommes rachetés par mon sacrifice, vous chercher, vous rassembler, vous amener à la lumière. Pierre ! Jean ! Venez. J’ai fini, je crois, et je suis à vous. Avez-vous autre chose à me dire ?

       – Rien d’autre, Maître. Nous partons en emportant tes paroles.

       – Qu’elles germent en vous et poussent avec des racines éternelles. Allez. Que la paix soit avec vous.

       – Salut à toi, Maître.  »

       Et la vision se termine…

       406.13 Mais Jésus dit encore :

       « Tu es épuisée ? C’était une lourde dictée, une dictée plus qu’une vision. Mais c’est un sujet que certains désirent aborder. Qui ? Tu le sauras en mon Jour. Maintenant va en paix toi aussi. »

       J’ajoute de moi-même que cette conversation entre Jésus et les païens avait lieu le long d’un quai d’une ville maritime. Bien visibles au clair de lune, le ressac des flots paisibles venait mourir sur les écueils de la digue avancée d’un grand port rempli de navires. Je n’ai pas pu en parler auparavant car le groupe n’a pas cessé de parler, et si j’avais décrit l’endroit, j’aurais perdu le fil de la conversation. Ils parlaient en allant et venant sur une partie du rivage, près du port. La route est solitaire, car il n’y a pas de passagers et les navigateurs sont tous revenus à leurs navires, dont on voit les fanaux rouges briller dans la nuit comme des étoiles de rubis. Je ne sais de quelle ville il s’agit. Elle est sûrement belle et importante.

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