Une initative de
Marie de Nazareth

Le petit Alphée mal aimé par sa mère

dimanche 5 août 29
Capharnaüm

Vision de Maria Valtorta

       449.1 « Prenez des provisions et des vêtements pour plusieurs jours. Nous allons à Hippos et de là à Gamla et à Aphéqa pour descendre à Guerguesa et revenir ici avant le sabbat » ordonne Jésus, debout sur le seuil de la maison et caressant machinalement des enfants de Capharnaüm, venus saluer leur grand Ami, dès que le soleil, à son déclin, n’est plus ardent au point d’être meurtrier et permet de quitter les maisons. Et Jésus est l’un des premiers à le faire, dans la ville qui sort de la torpeur asphyxiante des heures de plomb.

       Les apôtres ne semblent pas très enthousiastes : ils se regardent les uns les autres et observent le soleil encore si impitoyable, ils touchent les murs de la maison encore brûlants et, de leur pied nu, ils tâtent le sol. Puis ils disent :

       « Il est chaud comme une brique mise au feu… » en sous-entendant par toute cette pantomime qu’il faudrait être fou pour se mettre en route…

       Jésus se détache de l’huisserie contre laquelle il s’appuyait légèrement et dit :

       « Que celui qui n’a pas envie de venir reste simplement. Je n’oblige personne, mais je ne veux pas quitter cette région sans parler.

       – Maître… Tu crois cela ? Nous venons tous… Seulement… il nous paraissait encore tôt pour voyager…

       – Avant la fête des Tentes, je veux aller vers le septentrion, beaucoup plus loin par conséquent, et par des voies où nous n’aurons pas de barque. Aussi doit-on parcourir maintenant cette région où le lac nous épargne beaucoup de chemin.

       – Tu as raison. Je vais préparer les barques… »

       Et Simon-Pierre s’éloigne, suivi de son frère, des deux fils de Zébédée et de quelques disciples pour organiser le départ.

       Jésus reste avec Simon le Zélote, ses cousins, Matthieu, Judas, Thomas ainsi que les deux inséparables, Philippe et Barthélemy, qui préparent leurs sacs, remplissent les gourdes, et apportent du pain, des fruits, et tout ce qu’il faut.

       449.2 Un petit garçon pleure contre les genoux de Jésus.

       « Pourquoi pleures-tu, Alphée ? » demande Jésus en se penchant pour l’embrasser.

       Pas de réponse… mais les larmes redoublent.

       « Il a vu les fruits, et il en veut, dit Judas, agacé.

       – Oh ! le pauvre petit ! Il a raison ! on ne doit pas faire passer certaines choses sous les yeux des enfants, sans leur en donner un peu. Tiens, mon enfant. Ne pleure pas ! » dit Marie, femme d’Alphée.

       Ce disant, elle prend un rameau mis dans un panier avec toutes ses feuilles et les grappes qui y sont encore attachées, et en détache une bien dorée.

       « Je ne veux pas de raisin… »

       Il pleure encore plus fort.

       « Il veut sûrement de l’eau aromatisée au miel » dit Thomas

       Et il lui offre sa gourde :

       « Cela plaît aux enfants et leur fait du bien. Mes neveux aussi…

       – Je ne veux pas de ton eau… »

       Et il pousse des cris plus aigus et plus forts.

       « Mais que veux-tu alors ? demande Jude, mi-sérieux, mi-fâché.

       – Deux claques, voilà ce qu’il veut ! lance Judas.

       – Pourquoi ? Pauvre enfant ! demande Matthieu.

       – Parce qu’il est énervant.

       – S’il fallait donner des gifles à toutes les personnes qui nous ennuient, on passerait sa vie à en donner, dit Thomas avec beaucoup de calme.

       – Il ne se sent peut-être pas bien » déclare Marie Salomé, qui est parmi les disciples. « Des fruits et de l’eau, de l’eau et des fruits… Le corps en souffre.

       – Mais lui, c’est déjà beaucoup s’il mange du pain, de l’eau et des fruits… Ils sont tellement pauvres ! dit Matthieu qui, par son expérience de percepteur, connaît toutes les finances de Capharnaüm.

       – Qu’as-tu, mon petit ? Tu souffres ici ?… Pourtant tu n’as pas de fièvre, dit Marie, femme de Cléophas, à genoux auprès de l’enfant.

       – Oh ! Maman ! Mais c’est un caprice !… Tu ne le vois pas ? Tu les gâterais tous.

       – Je ne t’ai pas gâté, mon Jude, mais je t’ai aimé. Et tu ne te rendais pas compte que je t’aimais jusqu’à te protéger contre la sévérité de ton père…

       – C’est vrai, maman… J’ai eu tort de te faire des reproches.

       – Ce n’est rien, mon fils. Mais si tu veux être apôtre, sache avoir des entrailles de mère pour les fidèles. Ils sont comme des enfants, tu sais… et il faut avoir pour eux une patience affectueuse…

       – Tu as bien raison, Marie ! approuve Jésus.

       449.3 – Nous allons finir par être instruits par les femmes » bougonne Judas. « Si ce n’est même par des païennes…

       – Sans aucun doute. Elles vous dépasseront de beaucoup, si vous restez ce que vous êtes, et toi plus que tous, Judas. Tous te dépasseront sûrement : les petits, les mendiants, les ignorants, les femmes, les païens…

       – Autant dire que je serai le roi des avortons, ce serait plus vite fait, répond Judas, qui rit jaune.

       – Les autres sont en train de revenir… et ce sera l’heure de partir, n’est-ce pas ? » dit Barthélemy pour couper court à la scène dont souffrent plusieurs, chacun à sa manière.

       Les pleurs du petit garçon atteignent leur maximum.

       « Mais enfin ! Que veux-tu ? Qu’as-tu ? » fulmine Judas en le secouant rudement pour le détacher des genoux de Jésus auxquels l’enfant s’est agrippé et surtout pour passer son dépit sur l’innocent.

       – Avec toi ! Avec toi !… Tu t’en vas… et les coups…, ça fait très mal !

       449.4 – Ah !… Oh ! le pauvre petit ! C’est vrai ! Depuis qu’elle s’est remariée, les enfants du premier mari sont traités comme des gueux… comme s’ils n’étaient pas nés d’elle… Elle les envoie mendier, mais… il n’y a pas de pain pour eux… » dit la femme du maître de maison, qui semble bien connaître la situation et les responsables. Et elle achève : « Il faudrait que quelqu’un les adopte, ces trois abandonnés…

       – N’en parle pas à Pierre, femme. Tu te ferais haïr à mort par sa belle-mère qui est plus que jamais remontée contre lui et nous tous. Ce matin même, elle a couvert d’insolences Simon et Marziam, et moi qui étais avec eux… dit Matthieu.

       – Je n’en dirai rien à Pierre… Mais c’est ainsi…

       – Et toi, tu ne les prendrais pas ? Tu n’as pas d’enfants… dit Jésus en la regardant fixement…

       – Moi… Cela me plairait bien… Mais nous sommes pauvres… et puis… Thomas… C’est qu’il a des neveux… et moi aussi… et… et…

       – Et surtout tu n’es pas disposée à faire du bien à tes semblables… Femme, hier tu traitais les pharisiens d’ici de durs de cœur, et les gens de la ville de revêches à ma parole… Mais que fais-tu de différent, toi qui me connais depuis plus de deux ans ? »

       La femme baisse la tête en chiffonnant son vêtement, mais elle ne dit pas un mot en faveur de l’enfantì qui pleure toujours.

       449.5 « Nous sommes prêts, Maître, crie Pierre en arrivant.

       – Ah ! être pauvre !… et persécuté !… » soupire Jésus en levant les bras en un geste de découragement…

       – Mon Fils !… » dit pour le réconforter Marie, qui jusqu’alors s’était tue.

       Et il suffit de cette parole pour consoler Jésus.

       « Allez de l’avant avec les provisions. Moi, je vais avec ma Mère à la maison de l’enfant » ordonne Jésus à tous les apôtres.

       Il s’éloigne avec sa Mère, qui a pris l’enfant à son cou, et ils prennent la direction de la campagne.

       « Que vas-tu lui dire, mon Fils?

       – Maman, que veux-tu que je dise à une femme qui, dans ses entrailles de mère, n’a même pas d’amour pour ceux qui sont nés de son sein?

       – Tu as raison… Et alors?

       – Et alors… Prions, ma Mère.»

       Ils marchent en priant.

       449.6 Une vieille femme les interpelle :

       « Vous portez Alphée à Méroba ? Dites-lui qu’il est temps qu’elle s’en occupe. Ils deviendront forcément des voleurs… et ils sont comme des sauterelles là où ils arrivent… Mais c’est à elle que j’en veux, pas à ces trois malheureux… Ah ! que la mort est injuste ! Jacob n’aurait-il pas pu vivre et elle mourir ? Tu devrais la faire mourir, comme ça…

       – Femme, tu n’es pas encore sage à ton âge ? Et tu dis cela alors que tu peux mourir à chaque minute ? En vérité, tu es aussi injuste que Méroba. Repens-toi et ne pèche plus.

       – Pardon, Maître… C’est que sa conduite me fait déraisonner…

       – Oui. Je te pardonne. Mais ne dis jamais plus de telles paroles, ne les pense même plus. Ce n’est pas par la malédiction que l’on répare les erreurs, mais par l’amour. Si Méroba mourait, le sort des enfants changerait-il ? Peut-être le veuf prendrait-il une autre femme et il aurait des enfants d’un troisième lit, et eux une marâtre… Plus pénible par conséquent serait leur sort.

       – C’est vrai. Je suis vieille et sotte. Voici Méroba. Elle maugrée déjà… Je te quitte, Maître. Je ne veux pas qu’elle pense que je t’ai parlé d’elle. C’est une vipère… »

       Mais la curiosité est plus forte que la peur de la “ vipère ”, et la vieille femme, tout en se tenant à distance de Jésus et de Marie, ne s’en écarte pas tellement ; elle se penche pour arracher au bord du chemin de l’herbe, rendue humide par le voisinage d’une fontaine, pour écouter sans se faire remarquer.

       449.7 « Te voilà ? Qu’as-tu fait ? A la maison ! Tu es toujours en vadrouille comme une bête errante, comme un chien sans maître, comme…

       – Comme un enfant sans mère. Femme, tu sais que les enfants qui ne restent pas dans les jupes de leur mère lui rendent un mauvais témoignage ?

       – C’est parce qu’ils sont méchants…

       – Non. Je viens ici depuis trente mois. Auparavant, du vivant de Jacob et les premiers mois de ton veuvage, il n’en était pas ainsi. Puis tu as repris un mari… et avec le souvenir de ton premier mariage, tu as perdu aussi celui de tes enfants. Mais en quoi sont-ils différents de celui qui se forme actuellement dans ton sein ? N’as-tu pas porté ces enfants de la même manière ? Ne les as-tu pas allaités, peut-être ? Regarde ici cette colombe et vois quel soin elle prend de son petit… Et pourtant elle couve déjà d’autres œufs… Regarde cette brebis : elle n’allaite plus l’agneau de la portée précédente parce qu’elle en porte déjà un autre. Et pourtant, vois comme elle lui lèche le museau et se laisse heurter le flanc par son agnelet plein de vie ? Tu ne me réponds pas ? Femme, pries-tu le Seigneur ?

       – Certainement. Je ne suis pas païenne…

       – Et comment peux-tu t’adresser au Seigneur qui est juste, si tu es injuste ? Et comment peux-tu aller à la synagogue et écouter les rouleaux parler de l’amour de Dieu pour ses enfants, sans ressentir de remords dans ton cœur ? Pourquoi gardes-tu le silence dans cette attitude arrogante ?

       – Parce que je n’ai pas demandé ton sermon… et je ne sais pas pourquoi tu viens me harceler… L’état où je suis mérite le respect…

       – Et pas celui de ton âme ? Pourquoi ne respectes-tu pas les droits de ton âme ? Je sais ce que tu veux me dire : qu’une colère peut mettre en danger la vie de celui qui doit naître… Mais ne te soucies-tu pas de la vie de ton âme ? Elle est plus précieuse que celle d’un enfant à naître… Tu le sais… Ton état peut se terminer dans la mort. Est-ce que tu veux affronter cette heure avec une âme troublée, malade, injuste ?

       – Mon mari dit que tu es quelqu’un qu’il ne faut pas écouter. Je ne t’écoute donc pas. Viens, Alphée… »

       449.8 Et elle fait mine de se retourner au milieu des cris de l’enfant qui sait déjà qu’il va au devant des coups et ne veut pas lâcher le bras de Marie. Celle-ci, en soupirant, cherche à convaincre la femme et s’adresse à elle pour lui dire :

       « Je suis mère, moi aussi, et je peux comprendre bien des choses. Et je suis femme… Je sais donc comprendre les femmes. Tu passes par une mauvaise période, n’est-ce pas ? Tu souffres et tu ne sais pas souffrir… et ainsi tu t’aigris… Ma sœur, écoute. Si je te donnais maintenant le petit Alphée, tu serais injuste envers lui et envers toi. Laisse-le-moi pendant quelques jours, quelques jours seulement. Tu verras que, quand tu ne l’auras plus, tu soupireras après lui… parce qu’il est si doux d’avoir un enfant, que lorsqu’il s’éloigne de nous, nous nous sentons pauvres, glacées, sans lumière…

       – Mais emporte-le ! Emporte-le ! Si seulement tu pouvais prendre les deux autres ! Mais je ne sais pas où ils sont… »

       – Je le prends, oui. Adieu, femme. Viens, Jésus. »

       Marie se retourne rapidement et s’éloigne en sanglotant…

       « Ne pleure pas, Maman.

       – Ne la juge pas, mon Fils… »

       Les deux phrases se croisent, toutes deux pleines de pitié, et puis dans une pensée unique, les lèvres s’ouvrent pour une même parole.

       « S’ils ne comprennent pas l’amour naturel, peuvent-ils donc comprendre l’amour qui est dans la Bonne Nouvelle ? »

       Ce Fils et cette Mère se regardent par dessus la petite tête de l’innocent, qui s’abandonne maintenant avec confiance et bonheur dans les bras de Marie…

       « Nous allons avoir un disciple de plus que prévu, Maman.

       – Et lui connaîtra des jours de paix…

       – Vous avez vu, hein ? » leur dit la petite vieille. « Elle est sourde, sourde comme une cymbale défoncée… Je vous l’avais bien dit ! Et maintenant ? Et après? – Et maintenant, c’est la paix. Puis Dieu veuille que quelque cœur ait pitié… Pourquoi pas le tien, femme ? Une coupe d’eau donnée par amour est comptée au Ciel. Mais celui qui aide un innocent par amour pour moi… oh ! quelle béatitude pour ceux qui aiment les petits et les sauvent du mal ! »

       La vieille femme reste pensive… et Jésus s’en va par un raccourci qui conduit au lac. En arrivant, il prend l’enfant des bras de Marie pour lui permettre de monter plus facilement dans la barque. Il soulève l’enfant aussi haut qu’il le peut pour le montrer et, avec un sourire lumineux, il dit à ceux qui sont déjà assis à bord :

       « Regardez ! Cette fois, certainement, nous allons avoir une prédication fructueuse car nous avons un innocent avec nous. »

       Puis il monte avec assurance sur la passerelle qui se balance, embarque et s’assied près de sa Mère, pendant que le bateau se détache du rivage en mettant tout droit le cap sur le sud-est, en direction d’Hippos.

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