Une initative de
Marie de Nazareth

Les dix lépreux guéris en Samarie

mardi 11 septembre 29
vers Ephraïm
James Tissot

Dans les évangiles : Lc 17,11-19

Luc 17,11-19

Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » A cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés. L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

Vision de Maria Valtorta

       483.1 Ils sont toujours dans les montagnes, des montagnes fort escarpées. Ils ont emprunté de petits chemins où des chars ne sauraient passer, mais seulement des voyageurs à pied ou des gens montés sur ces ânes vigoureux de la montagne, plus grands et plus robustes que ceux que l’on rencontre habituellement dans les régions moins accidentées. C’est une observation qui paraîtra inutile à certains, mais que je fais quand même.

       En Samarie, il y a bien des usages différents de ceux d’ailleurs, par exemple en fait de vêtements. Parmi ces usages, je suis frappée par la quantité de chiens, qui serait insolite ailleurs, comme je l’avais été par la présence des porcs dans la Décapole. La raison en est peut-être que la Samarie compte beaucoup de bergers et doit avoir quantité de loups dans ces montagnes si sauvages. D’autre part, en Samarie, je vois le plus souvent les bergers seuls, ou tout au plus avec un enfant, faisant paître leurs propres troupeaux, alors qu’ailleurs, ils gardent, la plupart du temps à plusieurs, les gros troupeaux de quelque riche. Le fait est qu’ici chaque berger a son chien — sinon même plusieurs, selon le nombre de brebis de son troupeau.

       Une autre caractéristique, c’est précisément ces ânes presque aussi grands qu’un cheval, robustes, capables d’escalader ces montagnes avec un lourd chargement sur le bât, même de grosses bûches qu’ils trouvent sur ces magnifiques montagnes couvertes de forêts séculaires.

       Autre particularité : les manières dégagées des habitants qui, sans être des “ pécheurs ” comme les jugent les Judéens et les Galiléens, sont ouverts, francs, sans bigoterie, sans toutes ces histoires que font les autres, et hospitaliers. Cette constatation me fait penser que dans la parabole du bon Samaritain, il n’y a pas eu seulement l’intention de faire ressortir le bon et le mauvais qui existent partout, dans tous les lieux et dans toutes les races — même chez les hérétiques, certains peuvent avoir le cœur droit —, mais aussi de souligner la compassion habituelle des Samaritains envers eux qui ont besoin d’être secourus. Ils se sont arrêtés au Pentateuque — je ne les entends parler que de cela —, mais ils le pratiquent, du moins envers leur prochain, avec plus de droiture que les autres avec leurs six cent treize articles de préceptes, etc.

       483.2 Les apôtres parlent avec le Maître, et bien qu’ils soient incorrigiblement israélites, ils doivent reconnaître et louer l’esprit qu’ils ont trouvé chez les habitants de Sichem qui, je le comprends aux conversations que j’entends, ont invité Jésus à séjourner chez eux.

       « Tu as entendu, hein ? dit Pierre, comme ils ont dit clairement qu’ils connaissent la haine des juifs ? Ils ont dit : “ Ils te détestent encore plus que nous autres, samaritains, pour tout ce que nous sommes et avons été. Leur haine à ton égard est sans bornes. ”

       – Et ce vieillard ? Comme il a bien parlé : “ C’est juste, au fond, qu’il en soit ainsi, parce que tu n’es pas un homme, mais tu es le Christ, le Sauveur du monde ; donc tu es le Fils de Dieu, car seul un Dieu peut sauver le monde corrompu. Par conséquent, étant sans limites comme Dieu, sans limites de puissance, de sainteté et d’amour, comme sera sans limites ta victoire sur le mal, il est naturel que le mal, et la haine qui ne fait qu’un avec le mal, soient sans limites contre toi. ” Il a vraiment bien parlé ! Et cette raison explique tant de choses ! dit Simon le Zélote.

       – Qu’est-ce que ça explique, selon toi ? Moi… je dis qu’elle explique seulement que ces juifs sont des sots, dit Thomas, expéditif.

       – Non. La sottise serait encore une excuse, mais ce n’est pas le cas.

       – Alors ils sont ivres, ivres de haine, réplique Thomas.

       – Pas même. L’ivresse cède après s’être déchaînée. Cette hargne, elle, ne cède pas.

       – Et plus déchaînée encore ! Et depuis si longtemps… qu’elle aurait dû retomber maintenant.

       – Mes amis, elle n’a pas encore atteint son but, intervient Jésus avec calme, comme si le but de la haine n’était pas son supplice.

       – Non ? Mais ils ne nous laisseront donc jamais en paix !

       – Maître, les autres ne sont toujours pas convaincus que j’ai dit la vérité. Mais je l’ai dite. Oh ! oui, je l’ai dite ! Et j’ajoute que si cela avait dépendu de vous, vous seriez tous tombés dans le piège comme Jean-Baptiste. Mais ils ne réussiront pas, car je veille… » lance Judas.

       Jésus le regarde. Et je le regarde, moi aussi, me demandant, comme je le fais depuis quelques jours, si la conduite de Judas est due à un bon et réel retour sur le chemin du bien et de l’amour pour son Maître, une libération des forces humaines et surnaturelles qui le possédaient, ou si c’est un travail plus raffiné de préparation au coup final, un asservissement plus grand aux ennemis du Christ et à Satan. Mais Judas est un être tellement spécial, qu’il est impossible de le déchiffrer. Seul Dieu peut le comprendre. Et Dieu-Jésus laisse tomber un voile de miséricorde et de prudence sur tous les actes et sur la personnalité de son apôtre… un voile qui, en se déchirant, éclairera parfaitement beaucoup de questions encore mystérieuses, quand seront ouverts les livres des Cieux.

       483.3 Les apôtres sont tellement préoccupés par l’idée que la haine des ennemis n’a pas encore atteint son but, que, un instant, ils gardent le silence. Puis Thomas s’adresse encore à Simon le Zélote :

       « Et alors, s’ils ne sont ni ivres ni sots, si leur haine explique tant de choses sans expliquer celle-ci, qu’explique-t-elle alors ? Que sont-ils ? Tu n’en as rien dit…

       – Que sont-ils ? Des possédés. Ils sont ce qu’ils disent de lui. C’est la raison de leur acharnement qui ne connaît pas de trêve, mais croît au contraire à mesure que se manifeste sa puissance. Il a bien parlé, ce Samaritain. En Jésus, le Fils du Père et de Marie, Homme et Dieu, se trouve l’infinité de Dieu : et infinie est la Haine qui s’oppose à cette Infinité parfaite, même si, tout en étant sans limites, la Haine n’est pas parfaite — puisque seul Dieu est parfait dans ses actions. Mais si la Haine pouvait atteindre l’abîme de la perfection, elle descendrait…, se précipiterait même pour l’atteindre, pour rebondir ensuite, par la violence même de sa chute dans l’abîme infernal, contre le Christ, afin de le blesser avec toutes les armes arrachées à l’abîme infernal. Le firmament, ordonné par Dieu, a un seul soleil. Il se lève, brille et disparaît, laissant la place à ce soleil plus petit qu’est la lune ; et celle-ci, après avoir lui à son tour, se couche pour céder la place au soleil. Les astres enseignent beaucoup de règles aux hommes, car ils se soumettent aux volontés du Créateur, à l’inverse des hommes. Vouloir s’opposer au Maître en est un exemple. Qu’arriverait-il si, un matin, la lune disait : “ Je ne veux pas disparaître, et je reviens sur mes pas ? ” Elle irait certainement heurter le soleil, avec horreur et au détriment de toute la Création. C’est ce que, eux, ils veulent faire, en s’imaginant pouvoir briser le Soleil…

       – C’est le combat des ténèbres contre la lumière. Nous le voyons chaque jour à l’aube et le soir : les deux forces qui se combattent exercent, tour à tour, leur empire sur la terre. Mais les ténèbres sont toujours vaincues, car elles ne sont jamais absolues. Il émane toujours un peu de lumière, même dans la nuit la moins étoilée. On dirait que l’air la crée de lui-même dans les espaces infinis du firmament et la répand, même si elle est très limitée, pour persuader les hommes que les astres ne sont pas éteints. Et j’affirme que, de la même manière, dans ces ténèbres particulières du Mal contre la Lumière qu’est Jésus, cette dernière sera toujours là, malgré tous les efforts des Ténèbres, pour réconforter ceux qui croient en elle » dit Jean en souriant à sa pensée, tout recueilli en lui-même comme s’il monologuait.

       Son idée est reprise par Jacques, fils d’Alphée.

       « Dans les Livres, le Christ est appelé “ Etoile du matin ”. Lui aussi connaîtra donc une nuit, et — je m’en épouvante — nous en connaîtrons une, nous aussi : un moment où la Lumière semblera avoir perdu de sa force et où les Ténèbres paraîtront victorieuses. Mais puisqu’il est appelé “ Etoile du matin ” d’une manière qui exclut toute limite dans le temps, j’affirme qu’après cette nuit momentanée, le Christ sera la Lumière matinale, pure, fraîche, virginale, qui renouvellera le monde, pareille à celle qui a succédé au chaos, le premier jour. Oh ! oui ! le monde sera recréé dans sa Lumière.

       – Et la malédiction sera sur les réprouvés qui auront voulu lever la main pour frapper la Lumière, en répétant les erreurs déjà faites, depuis Lucifer jusqu’aux profanateurs du peuple saint. Yahvé laisse l’homme libre de ses actions, mais par amour pour l’homme lui-même, il ne permettra pas que l’enfer prévale, achève Jude, fils d’Alphée.

       483.4 – Heureusement qu’après un si long assoupissement des âmes, qui semblait les rendre obtuses et les engourdir comme sous l’effet d’une vieillesse précoce, la sagesse refleurit sur nos lèvres! Nous ne semblions plus être nous-mêmes ! Maintenant je retrouve Simon le Zélote, et Jean, et les deux frères d’autrefois ! dit Judas, en se félicitant.

       – Je n’ai pas l’impression que nous ayons changé au point de ne plus paraître nous-mêmes, dit Pierre.

       – Mais si, nous avons tous changé ! Toi le premier, puis Simon et les autres, moi compris. S’il y a quelqu’un qui est resté à peu près celui qu’il a toujours été, c’est Jean.

       – Hum ! Je ne vois vraiment pas en quoi…

       – En quoi ? Nous sommes taciturnes, comme las, indifférents, pensifs… Jamais plus on n’entendait de conversations semblables à celles d’autrefois, semblables à celle de maintenant, qui sont si utiles…

       – Pour nous disputer, intervient Jude en rappelant comme souvent, en effet, elles dégénéraient en prises de becs.

       – Non. Pour nous former, car nous ne sommes pas tous comme Nathanaël, ni comme Simon, ni comme vous, les fils d’Alphée, par naissance et par sagesse, et celui qui l’est moins apprend toujours de celui qui l’est davantage, réplique Judas.

       483.5 – Vraiment… moi je dirais qu’il est par-dessus tout nécessaire de se former en matière de justice et, en cela, Simon nous a donné de magnifiques leçons, dit Thomas.

       – Moi ? Tu y vois mal. Je suis le plus incapable de tous, lance Pierre.

       – Non. Tu es celui qui a le plus changé. En cela, Judas a raison. Il ne reste plus beaucoup en toi du Simon que j’ai connu quand je vous ai rejoints et qui, pardonne-moi, est demeuré longtemps celui qu’il était. Depuis le moment où je t’ai retrouvé, après notre séparation pour les Encénies, tu n’as fait que te transformer. Maintenant tu es… oui, je peux le dire, plus paternel et en même temps plus austère. Tu compatis avec tous tes pauvres frères, alors qu’avant… Et on voit — moi du moins, je le vois — que cela te coûte, mais que tu te domines. Et tu ne nous inspirais jamais le respect comme maintenant que tu parles peu et que tu nous fais peu de reproches…

       – Mais, mon ami ! Tu es bien bon de me voir ainsi… Moi, à part l’amour que j’ai pour le Maître, qui ne cesse de grandir en moi, je n’ai vraiment changé en rien.

       – Non. Thomas a raison, tu as beaucoup changé, confirment plusieurs.

       – C’est vous qui le dites… » dit Pierre en haussant les épaules. Et il ajoute : « II n’y a que le jugement du Maître qui serait sûr. Mais je me garde bien de le lui demander. Lui, il connaît ma faiblesse, et il sait qu’un éloge intempestif pourrait nuire à mon âme. Aussi il ne me féliciterait pas, et il ferait bien. Je comprends de mieux en mieux son cœur et sa méthode, et j’en vois toute la justice.

       – C’est que tu as l’âme droite et que tu aimes de plus en plus. Ce qui te fait voir et comprendre, c’est ton amour pour moi. Ton maître, le véritable et plus grand maître, qui te fait comprendre ton Maître, c’est l’amour, dit Jésus qui jusque là écoutait sans intervenir.

       – Je crois que … c’est aussi la souffrance que je porte en moi…

       – De la souffrance ? Pourquoi ? demandent certains.

       – Oh! pour bien des choses qui, au fond, n’en font qu’une : tout ce que souffre le Maître… et la pensée de ce qu’il va souffrir. 483.6 On ne peut plus être distraits comme dans les premiers temps, tels des enfants qui ne connaissent rien, maintenant qu’on sait de quoi les hommes sont capables, et combien il faut souffrir pour les sauver. Ah ! Nous croyions tout facile, les premiers temps ! Nous pensions qu’il suffirait de nous présenter pour que les autres passent de notre bord ! Nous étions sûres que conquérir Israël et le monde, ce serait comme… jeter le filet sur un fond poissonneux. Pauvres de nous ! Je suppose que si, lui, il ne parvient pas à faire une bonne pêche, nous, nous ne ferons rien. Mais ce n’est pas tout, et de loin : je pense qu’ils sont mauvais et le font souffrir. Et je crois que c’est là le motif de notre changement en général…

       – C’est vrai. Pour mon compte, c’est exact, confirme Simon le Zélote.

       – Pour moi aussi, pour moi aussi » disent les autres.

       Et Judas avoue :

       « Moi, il y a bien longtemps que j’étais inquiet de cela, et j’ai cherché à… trouver des aides valables. Mais ils m’ont trahi… Vous, vous ne m’avez pas compris… Et moi, je ne vous ai pas compris. Je croyais que vous étiez comme vous êtes par lassitude spirituelle, par découragement, par déception…

       – Moi, je n’ai jamais espéré des joies humaines et par conséquent je ne suis pas déçu, conteste Simon le Zélote.

       – Mon frère et moi, nous voudrions qu’il soit victorieux, mais pour sa joie. Nous l’avons suivi par amour de parents avant de le faire comme disciples. Nous l’avons toujours suivi depuis l’enfance, lui le plus jeune de nous, ses frères, mais toujours tellement plus grand que nous… dit Jacques, avec son habituelle admiration sans bornes pour son Jésus.

       – Si nous avons une souffrance, c’est que nous tous, qui sommes de sa parenté, nous ne l’aimons pas en esprit et avec notre seul esprit. Mais nous ne sommes pas les seuls en Israël à l’aimer mal » dit Jude.

       483.7 Judas le regarde. Il est sur le point de parler, quand un cri l’en empêche, venant d’un monticule dominant le hameau qu’ils longent, en cherchant la voie d’accès.

       « Jésus ! Rabbi Jésus ! Fils de David et notre Seigneur, aie pitié de nous.

       – Des lépreux ! Partons, Maître, sinon le village va accourir et nous retenir dans ses maisons » conseillent les apôtres.

       Mais les lépreux ont l’avantage d’être en avance sur eux, montés sur le chemin, mais à cinquante mètres au moins du village. Ils descendent en boitant et courent vers Jésus en répétant leur cri.

       « Entrons dans le village, Maître, ils ne peuvent pas y aller » conseillent certains apôtres. Mais d’autres disent :

       « Déjà, des femmes viennent regarder. Si nous entrons, nous éviterons les lépreux, mais pas ceux qui nous auront reconnus et voudront nous garder. »

       Et pendant qu’ils se demandent que faire, les lépreux s’approchent de plus en plus de Jésus, qui sans souci des mais et des si des apôtres, poursuit son chemin. Les apôtres se résignent à le suivre tandis que des femmes, accompagnées d’enfants accrochés à leurs jupons, et quelques vieillards restés dans le village viennent voir, en se tenant à une distance prudente des lépreux. Ceux-ci s’arrêtent à quelques mètres de Jésus et supplient encore :

       « Jésus, aie pitié de nous ! »

       Jésus les regarde un instant, puis, sans s’approcher de ce groupe de douleur, il demande :

       « Etes-vous de ce village ?

       – Non, Maître, de différents endroits. Mais cette montagne où nous demeurons donne de l’autre côté sur la route de Jéricho, et cet endroit est bon pour nous…

       – Dans ce cas, rendez-vous au village le plus proche de votre montagne, et montrez-vous aux prêtres. »

       Et Jésus reprend sa marche en se déplaçant sur le bord du chemin pour ne pas effleurer les lépreux qui le regardent partir, sans avoir obtenu autre chose qu’une lueur d’espoir dans leurs pauvres yeux malades. Arrivé à leur hauteur, Jésus lève la main pour les bénir.

       Les villageois, déçus, rentrent chez eux… Les lépreux grimpent de nouveau sur la montagne pour aller vers leur grotte ou vers la route de Jéricho.

       « Tu as bien fait de ne pas les guérir. Les habitants ne nous auraient plus laissé partir…

       – Oui, et il faudrait arriver à Ephraïm avant la nuit. »

       483.8 Jésus marche en silence. La route est très sinueuse, car elle suit les caprices de la montagne au pied de laquelle elle est taillée, et le village est désormais caché à la vue par les tournants…

       Mais une voix les rejoint :

       « Louange au Dieu Très-Haut et à son vrai Messie. En lui se trouvent toute puissance, sagesse et pitié ! Louange au Dieu très-haut qui, en lui, nous a accordé la paix. Louez-le, vous tous, hommes de Judée et de Samarie, de Galilée et de Transjordanie, jusqu’aux neiges du très haut Hermon, jusqu’aux pierres brûlées de l’Idumée, et jusqu’aux sables baignés par les eaux de la Grande Mer ! Que résonne la louange au Très-Haut et à son Christ. Voici accomplie la prophétie de Balaam. L’Etoile de Jacob resplendit sur le ciel rétabli de la patrie réunie par le vrai Berger. Voilà accomplies également les promesses faites aux patriarches, tout comme la parole d’Elie, qui nous a aimés. Ecoutez-la, peuples de Palestine, et comprenez-la. Il ne faut plus hésiter : on doit choisir la lumière spirituelle, et si l’âme est droite, elle fera un bon choix. C’est le Seigneur, suivez-le ! Ah ! jusqu’à présent nous avons été punis parce que nous ne nous sommes pas efforcés de comprendre ! L’homme de Dieu a maudit le faux autel en prophétisant : “ Voici que va naître de la maison de David un Fils appelé Josias qui immolera sur l’autel et consumera les ossements d’Adam. Alors l’autel se fendra jusqu’aux entrailles de la terre et les cendres de l’immolation se répandront du nord au midi, de l’orient à l’occident. ” Ne faites pas comme ce sot d’Ochozias, qui envoyait consulter le dieu d’Eqrôn alors que le Très-Haut était en Israël. Ne soyez pas inférieurs à l’ânesse de Balaam dont le respect pour l’esprit de lumière lui aurait mérité de vivre, alors que le prophète, qui ne voyait pas, serait tombé sous les coups. Voici la Lumière qui passe parmi nous. Ouvrez les yeux, ô aveugles spirituels, et voyez. »

       L’un des lépreux les suit de plus en plus près, même sur la grand-route — qu’ils ont fini par atteindre —, en désignant Jésus aux pèlerins.

       Les apôtres, agacés, se retournent deux ou trois fois en intimant au lépreux, parfaitement guéri, de se taire. Et, la dernière fois, ils vont jusqu’à le menacer.

       Mais lui, cessant un instant de s’égosiller pour s’adresser à tous, répond :

       « Et que voulez-vous ? Que je ne proclame pas le prodige que Dieu a fait pour moi ? Voulez-vous que je ne le bénisse pas ?

       – Bénis-le dans ton cœur et tais-toi, lui répondent-ils, fâchés.

       – Non, je ne puis me taire. C’est Dieu qui met ces mots sur mes lèvres. » Et il reprend à haute voix : « Habitants des deux côtés de la frontière, et vous qui passez par hasard, arrêtez-vous pour adorer celui qui régnera au nom du Seigneur. Je me moquais de toutes ces paroles, mais maintenant je les répète, car je les vois accomplies. Voici que toutes les nations s’ébranlent et s’avancent dans l’allégresse vers le Seigneur par les chemins des mers et des déserts, par les collines et les monts. Et nous aussi, le peuple qui a cheminé dans les ténèbres, nous allons marcher vers la grande Lumière qui a surgi, vers la Vie, et sortir de la région de la mort. De loups, léopards ou lions que nous étions, nous allons renaître dans l’Esprit du Seigneur et nous nous aimerons en lui, à l’ombre du Rejeton de Jessé devenu un cèdre sous lequel campent les nations rassemblées par lui des quatre coins de la terre. Voici venir le jour où la jalousie d’Ephraïm prendra fin, parce qu’il n’y a plus Israël et Juda, mais un seul Royaume : celui du Christ du Seigneur. Voilà, je chante les louanges du Seigneur qui m’a sauvé et consolé. Je vous le dis : louez-le et venez boire le salut à la source du Sauveur. Hosanna ! Hosanna aux prodiges qu’il accomplit ! Hosanna au Très-Haut qui a placé au milieu des hommes son Esprit en le revêtant de chair, pour qu’il devienne le Rédempteur ! »

       Il est intarissable. 483.9 La foule augmente, les gens se groupent, encombrant la route. Ceux qui étaient en arrière accourent, ceux qui étaient en avant rebroussent chemin. Les habitants d’un petit village, près duquel ils se trouvent maintenant, s’unissent aux passants.

       « Mais fais-le taire, Seigneur ! C’est un Samaritain : les gens le disent. Il ne doit pas parler de toi si tu ne permets même pas que nous te précédions en t’annonçant ! » disent les apôtres, contrariés.

       « Mes amis, je vous répète les paroles de Moïse à Josué, fils de Num, qui se plaignait de ce que Eldad et Médad prophétisaient dans les campements : “ Serais-tu jaloux pour moi, à ma place ? Ah ! puisse le peuple tout entier prophétiser ainsi, puisse le Seigneur donner à tous son Esprit ! ” Mais je vais m’arrêter et je vais le renvoyer pour vous faire plaisir. »

       Il se retourne, s’arrête et appelle le lépreux guéri, qui accourt et se prosterne devant Jésus en baisant la poussière.

       « Lève-toi. Et les autres, où sont-ils ? N’étiez-vous pas dix ? Les neuf autres n’ont pas éprouvé le besoin de remercier le Seigneur. Eh quoi ? Sur dix lépreux dont un seul était samaritain, il ne s’est trouvé que cet étranger pour éprouver le besoin de revenir rendre gloire à Dieu, avant de retourner lui-même à la vie et à sa famille ? Et on l’appelle “ samaritain ”. Les Samaritains ne sont-ils donc plus ivres, puisqu’ils voient sans avoir la berlue et accourent sans chanceler sur le chemin du salut ? La Parole s’exprime-t-elle donc dans une langue étrangère, si elle est comprise par les étrangers et pas par son peuple ? »

       Il tourne ses yeux magnifiques sur une assistance originaire de toute la Palestine. Son regard a un éclat insoutenable… Plusieurs baissent la tête et éperonnent leurs montures, ou s’éloignent à pied…

       483.10 Jésus baisse les yeux sur le Samaritain agenouillé à ses pieds, et son regard se fait très doux. Il lève la main en un geste de bénédiction et dit :

       « Lève-toi et pars. Ta foi a sauvé en toi quelque chose de plus que ta chair. Avance dans la lumière de Dieu. Va. »

       L’homme baise de nouveau la poussière et, avant de se lever, il demande :

       « Un nom, Seigneur ! Donne-moi un nom nouveau, puisque tout est neuf en moi, et pour toujours.

       – Dans quelle terre nous trouvons-nous ?

       – Dans le pays d’Ephraïm.

       – Alors, tu t’appelleras désormais Ephrem, parce que c’est deux fois que la Vie t’a donné la vie. Va. »

       L’homme se lève et s’éloigne.

       Les gens de l’endroit et quelques pèlerins voudraient bien retenir Jésus, mais lui les subjugue par son regard, qui n’est pas sévère, mais très doux au contraire. Il doit néanmoins dégager une puissance certaine, car personne ne fait un geste pour le retenir.

       Alors Jésus quitte la route sans entrer dans le petit village, traverse un champ, puis un ruisseau et un sentier, il monte sur le coteau oriental couvert de forêt, et s’y enfonce avec ses disciples en disant :

       « Pour ne pas nous tromper, nous allons suivre la route, mais en restant dans le sous-bois. Après ce tournant, la route s’appuie à cette montagne. Nous y trouverons bien quelque grotte pour dormir, et nous franchirons à l’aube Ephraïm… »

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