Une initative de
Marie de Nazareth

Parabole de la grenade

mercredi 12 septembre 29
Ephraïm

Vision de Maria Valtorta

       484.1 Jésus croit en effet pouvoir, aux premières lueurs de l’aube, traverser Ephraïm encore silencieuse et dont les rues sont désertes, sans que personne le voie. Par prudence, il fait le tour de la ville sans y entrer, malgré l’heure plus que matinale.

       Mais quand, du petit chemin qu’ils ont pris pour la contourner, ils débouchent sur la grand-route, ils se trouvent en face de toute la population, pourrait-on dire. Il s’y joint les habitants d’autres villages par lesquels ils sont déjà passés, qui montrent Jésus aux Ephraïmites dès son arrivée. Heureusement, les pharisiens, les scribes et leurs semblables sont absents.

       Les habitants d’Ephraïm envoient en avant les notables du village dont l’un, après un solennel salut, dit au nom de tous :

       « Nous avons appris que tu étais parmi nous et que tu n’avais pas dédaigné d’avoir pitié de certains. Nous savions déjà que tu avais été plein de pitié pour les Sichémites, et nous avons désiré te voir. Or Celui qui voit les pensées des hommes t’a conduit parmi nous. Fais halte ici et parle car, nous aussi, nous sommes fils d’Abraham.

       484.2 – Il ne m’est pas permis de m’arrêter…

       – Nous savons qu’on te recherche, mais pas de ce côté. Cette ville est à la limite du désert et des Montagnes du sang. Ils n’aiment pas passer ici. Et puis cette fois, après les premiers, nous n’en avons plus vu un seul.

       – Je ne puis rester…

       – Le Temple t’attend, nous le savons. Mais crois en nous. Vous nous considérez comme des proscrits, parce que nous ne nous inclinons pas devant les grands-prêtres d’Israël. Mais le grand-prêtre serait-il Dieu ? Nous sommes loin, mais pas assez pour ne pas savoir que vos prêtres ne sont pas moins indignes que les nôtres. Et nous pensons que Dieu ne peut plus être avec eux. Non, le Très-Haut ne se cache plus dans les fumées de l’encens. On pourrait cesser d’en brûler, et entrer dans le Saint des Saints sans avoir peur d’être réduit en cendres par la splendeur de Dieu qui repose sur sa gloire. Or nous, nous adorons Dieu en le sentant hors des pierres abandonnées des temples vides. Et nous ne disons pas que notre temple est plus vide que le vôtre, si vous voulez nous accuser d’avoir un temple d’idoles. Tu vois que nous sommes équitables. C’est pourquoi, écoute-nous. »

       Le notable se fait solennel :

       « Il vaudrait mieux que tu t’arrêtes pour adorer le Père parmi ceux qui, au moins, reconnaissent qu’ils ont un esprit de religion aussi vide de vérité que les autres, qui ne veulent pas l’admettre et nous offensent. Seuls, repoussés comme des lépreux, sans prophètes ni docteurs, nous avons su, du moins, rester unis en sentant que nous étions frères. Et notre loi, c’est de ne pas trahir, car il est écrit : “ Tu ne prendras pas le parti du plus grand nombre pour commettre le mal, et dans un procès, tu ne dévieras pas de la vérité pour suivre la majorité. ” Il est écrit : “ Tu ne feras pas périr l’innocent ni le juste, car je déteste l’impie. Tu n’accepteras pas de présents, car ils aveuglent les yeux des sages et troublent les paroles des justes. Tu ne molesteras pas l’étranger, car vous savez ce que signifie être étranger sur la terre d’autrui. ” Et dans les bénédictions dites, justement, du Garizim, cette montagne chère au Seigneur puisqu’il l’a choisie comme montagne de bénédiction, toutes sortes de bienfaits sont promis à l’homme qui s’en tient à la vraie Loi du Pentateuque. Or, si nous repoussons comme des idoles les paroles des hommes, mais gardons celles de Dieu, pouvons-nous donc être traités d’idolâtres ? La malédiction de Dieu est sur celui qui frappe en cachette le prochain et accepte une récompense pour condamner à mort un innocent. Nous ne voulons pas être maudits par Dieu à cause de nos actes. Car nous ne le serons pas sous prétexte que nous sommes samaritains, puisque Dieu est le Juste qui récompense le bien là où il le trouve. C’est ce que nous espérons du Seigneur. »

       Il se recueille un instant, puis reprend :

       « C’est à cause de tout cela que nous te disons : il vaudrait mieux pour toi rester parmi nous. Le Temple te hait et il te cherche pour te faire souffrir. Et pas lui seulement. Tu resteras toujours “ trop ” parmi ceux qui te rejettent comme un opprobre. Ce n’est pas des juifs que te viendra l’amour.

       484.3 – Je ne puis rester, mais je me rappellerai vos paroles. Je vous dis, de toute façon, de persévérer dans l’observance des lois de justice que vous avez rappelées et qui découlent du précepte de l’amour du prochain. Ce précepte forme, avec celui de l’amour pour Dieu, le commandement principal de la religion ancienne et de la mienne. Pour celui qui vit en juste, le chemin du Ciel n’est pas loin. Il suffira d’un pas pour amener sur le chemin du Royaume de Dieu ceux qui marchent sur le sentier voisin, séparés seulement par un point d’honneur désormais, plus que par conviction.

       – Ce Royaume, c’est le tien !

       – Oui, c’est le mien. Mais non pas le Royaume tel que l’imaginent les hommes, royaume de pouvoir temporel juste, et à l’occasion violent pour être puissant. Il s’agit plutôt d’un Royaume qui commence dans le cœur des hommes, auxquels le Roi spirituel donne un code spirituel, et offrira une récompense spirituelle. Il donnera le Royaume. Il ne s’y trouvera pas exclusivement des Judéens, des Galiléens ou des Samaritains, mais toutes les personnes qui, sur la terre, auront eu une foi unique : la mienne, et qui dans le Ciel porteront un nom unique : saints. Les races et les divisions entre races restent sur la terre, limitées à elle. Dans mon Royaume, il n’y aura pas de races différentes, mais uniquement celle des enfants de Dieu. Les fils d’Un Seul ne peuvent appartenir qu’à une seule souche. 484.4 Maintenant, laissez-moi partir. Le chemin que je dois parcourir avant la nuit est encore long.

       – Tu vas à Jérusalem ?

       – A Ensémès.

       – Alors nous allons t’indiquer un chemin que nous sommes seuls à connaître pour aller au gué, sans halte et sans risques. Tu n’as ni charges ni chars, tu peux donc le prendre. Tu y seras à none, et il te sera utile de connaître ce sentier. Mais repose-toi une heure parmi nous, accepte le pain et le sel, et donne-nous en échange ta parole.

       – Qu’il en soit comme vous voulez, mais restons là où nous sommes. La journée est si douce et l’endroit si beau… »

       Ils se tiennent en effet dans une cuvette qui est toute en vergers. Au milieu coule un petit torrent que les premières pluies ont alimenté. Eclairé par le soleil, il descend vers le Jourdain en grondant entre les pierres, qui le brisent en écume nacrée. Les arbustes, qui ont résisté à l’été, semblent jouir sur les deux rives des embruns de l’eau réduite en écume, et brillent en frémissant doucement sous une brise tempérée qui apporte un parfum de pommes mûres et de moût en fermentation.

       Jésus se rend auprès du torrent et s’assied sur un rocher. Au-dessus de sa tête s’étend l’ombre légère d’un saule et, à côté de lui, les eaux riantes s’écoulent vers la vallée. Les gens s’installent sur l’herbe qui a poussé sur les deux rives.

       Entre-temps, du village on apporte du pain, du lait qu’on vient de traire, des fromages, des fruits et du miel, et on offre le tout à Jésus pour qu’il se restaure avec ses apôtres. Et ils le regardent manger, après qu’il a offert et béni la nourriture, simple comme un mortel, souverainement beau, et spirituellement imposant comme un dieu. Il porte un vêtement en laine blanche tirant sur l’ivoire comme celle que l’on file à la maison, ainsi qu’un manteau bleu foncé jeté sur ses épaules. Le soleil, qui filtre à travers le feuillage du saule, fait briller dans ses cheveux des étincelles d’or qui se déplacent en même temps que les feuilles. Un rayon parvient à lui caresser la joue gauche en faisant de la boucle souple qui termine la mèche retombant le long de la joue, un écheveau de fils d’or dont la couleur se retrouve, plus pâle, dans la barbe soyeuse et légère qui recouvre le menton et le bas du visage. La peau, couleur d’ivoire ancien, laisse apparaître dans la lumière du soleil la délicate broderie des veines sur les joues et sur les tempes, et l’une d’elles traverse du nez aux cheveux le front lisse et haut…

       Je pense que c’est justement de cette veine que j’ai vu couler tant de sang à cause d’une épine qui la transperçait durant la Passion… Toujours, quand je vois Jésus si beau et si ordonné dans sa tenue virile, je me rappelle ce à quoi l’ont réduit les souffrances et les insultes que lui ont infligées les hommes…

       484.5 Tout en prenant son repas, Jésus sourit à des enfants qui se sont serrés contre ses genoux en y posant la tête, ou le regardent manger comme s’ils voyaient je ne sais quoi. Arrivé aux fruits et au miel, il leur en donne, en mettant des grains de raisin ou de la mie de pain couverte de miel coulant dans la bouche des plus petits, comme si c’étaient des oisillons.

       Un enfant — manifestement, il aime ça et espère en obtenir lui aussi — passe en courant à travers la foule en direction d’un verger et en revient les bras serrés contre sa poitrine pour en faire un petit panier vivant où reposent trois grenades d’une beauté et d’une grosseur merveilleuses, puis il les offre avec insistance à Jésus.

       Jésus prend les fruits, en ouvre deux pour faire autant de parts qu’il a de petits amis, et il les distribue. Puis il se lève et commence à parler en tenant dans la main gauche, bien en vue, la magnifique grenade.

       484.6 « A quoi comparerai-je le monde en général, et la Palestine en particulier, elle qui était autrefois, et dans la pensée de Dieu, unie en une seule nation avant d’être divisée par une erreur et une haine tenace entre frères ? A quoi comparerai-je Israël et ce à quoi il s’est volontairement réduit ? A cette grenade.

       Et en vérité, je vous dis que les dissentiments qui existent entre Juifs et Samaritains, se reproduisent sous des formes et dans des mesures différentes, mais avec un même fond d’hostilité, entre tous les pays du monde, et parfois entre les provinces d’une même nation.

       On prétend que ces mésententes sont insurmontables comme s’il s’agissait d’obstacles créés par Dieu lui-même. Non. Le Créateur n’a pas fait autant d’Adam et autant d’Eve qu’il y a de races opposées les unes aux autres, de tribus, de familles qui sont dressées l’une contre l’autre comme des ennemis. Il a fait un seul Adam et une seule Eve, et d’eux sont venus tous les hommes, qui se sont répandus ensuite pour peupler la terre, comme si c’était une seule maison qui augmente le nombre de ses pièces au fur et à mesure que grandissent les enfants et qu’ils se marient pour engendrer des descendants à leurs pères.

       Alors pourquoi tant de haine entre les hommes, tant de barrières, tant d’incompréhensions ? Vous avez dit : “ Nous savons être unis, car nous sentons que nous sommes frères. ” Ce n’est pas assez. Vous devez aimer également ceux qui ne sont pas samaritains.

       Regardez ce fruit : vous en connaissez la saveur et non seulement la beauté. Fermé comme il l’est, il vous promet déjà le doux suc qu’il contient. Une fois ouvert, il réjouit aussi la vue par ses rangées serrées de grains semblables à autant de rubis enfermés dans un coffre-fort. Mais malheur à l’imprudent qui le mord sans l’avoir débarrassé des membranes très amères séparant les groupes de grains. Il s’intoxiquerait les lèvres et les viscères, et il rejetterait le fruit en disant : “ C’est du poison. ”

       Il en est de même des séparations et des haines entre un peuple et un autre, entre une tribu et une autre : elles rendent “ poison’’ ce qui avait été créé pour être douceur. Elles sont inutiles et ne font, comme dans ce fruit, que créer des frontières qui réduisent l’espace, compriment et font souffrir. Elles sont amères et, à celui qui mord le voisin qu’il n’aime pas pour l’offenser et le faire souffrir, elles donnent une amertume qui empoisonne l’âme.

       Sont-elles indestructibles ? Non. La bonne volonté les supprime, comme la main d’un enfant enlève ces cloisons amères qui se trouvent dans le doux fruit que le Créateur a fait pour les délices de ses enfants.

       Le premier à avoir cette bonne volonté, c’est le même et unique Seigneur, qui est le Dieu des Judéens comme des Galiléens, et des Samaritains comme des Batanéens. Il le montre en envoyant l’unique Sauveur qui sauvera les uns et les autres sans demander autre chose que la foi en sa Nature et sa Doctrine. Le Sauveur qui vous parle passera pour abattre les barrières inutiles, pour effacer le passé qui vous a divisés, et pour mettre à la place un présent qui vous rend frères en son nom. Vous tous, qui êtes d’ici ou de l’autre côté des frontières, vous n’avez qu’à le seconder, et la haine tombera, ainsi que l’avilissement qui provoque la rancœur, et l’orgueil qui suscite l’injustice.

       Voici mon commandement : que les hommes s’aiment comme des frères, puisqu’ils le sont. Qu’ils s’aiment comme le Père des Cieux les aime et comme les aime le Fils de l’homme qui, par la nature humaine qu’il a prise, se sent frère des hommes, et qui par sa Paternité se sent maître de vaincre le Mal avec toutes ses conséquences. Vous avez dit : “ Il est dans notre loi de ne pas trahir. ” Alors commencez par ne pas trahir vos âmes en les privant du Ciel. Aimez-vous les uns les autres, aimez-vous en moi, et la paix atteindra l’âme des hommes, comme cela vous a été promis. Alors viendra le Règne de Dieu, qui est un Règne de paix et d’amour pour tous ceux qui ont une volonté sincère de servir le Seigneur leur Dieu.

       484.7 Je vous quitte. Que la Lumière de Dieu illumine vos cœurs… Partons… »

       Il s’enveloppe dans son manteau, passe son sac en bandoulière, et prend la tête du groupe, avec d’un côté Pierre, de l’autre le notable qui a parlé au début. Derrière viennent les apôtres, et plus en arrière — car il n’est pas possible d’avancer de front sur le sentier qui longe le torrent — des jeunes Ephraïmites…

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