Une initative de
Marie de Nazareth

Guérison de l’esclave Aquila

mardi 7 août 29
Hippos

Vision de Maria Valtorta

       453.1 Jésus entre à Hippos par une claire matinée. Il doit avoir passé la nuit dans la maison de campagne d’un habitant de la ville venu pour l’entendre, pour entrer dans la ville aux premières heures d’un bruyant jour de marché. De nombreux citadins d’Hippos se trouvent autour de lui et beaucoup d’autres, avertis de l’arrivée du Rabbi, accourent à sa rencontre. Mais il n’y a pas qu’eux. Les habitants de la bourgade sur le lac sont présents eux aussi. Il manque seulement quelques femmes qui, à cause de leur état physique ou parce qu’elles ont des enfants trop petits, n’ont pu trop s’éloigner de leurs maisons.

       La ville, légèrement au-dessus du niveau du lac, s’étend sur les premières ondulations du haut plateau qui se trouve au-delà du lac et qui s’élève vers l’orient pour rejoindre au sud-est les monts de l’Auranitide, et au nord-est le groupe montagneux où trône le grand Hermon. Avec ses riches maisons de commerce et ses propriétés, elle a bel aspect. Et elle est importante comme nœud routier et centre de nombreuses régions d’au-delà du lac, comme l’indiquent les bornes routières qui portent les noms de Gamla, Gadara, Pella, Arbel, Bosra, Guerguesa, et d’autres encore.

       Elle est très peuplée et très fréquentée par des étrangers venus des villages voisins pour acheter, vendre, ou faire des affaires. Je vois dans la foule de nombreux Romains, civils ou militaires. Je ne sais pas si c’est particulier à cette ville ou à la région, mais les gens ne me paraissent pas si hostiles et butés envers les Romains. Il se peut que les affaires aient créé des liens, sinon d’amitié, du moins de relations, plus que dans les régions de l’autre rive.

       453.2 La foule grossit à mesure que Jésus s’avance vers le centre de la ville, jusqu’à ce qu’il s’arrête sur une vaste place plantée d’arbres, à l’ombre desquels se tient le marché, c’est-à-dire où se traitent les affaires les plus importantes ; en effet, le commerce de détail de vivres et d’objets se trouve au-delà de cette place, sur un terre-plein où le soleil frappe déjà très fort. Les acheteurs et les marchands s’en défendent par des toiles tendues sur des pieux qui donnent un peu d’ombre sur les marchandises exposées par terre. L’endroit est ainsi couvert de toiles multicolores qui s’élèvent un peu au-dessus de la terre, et il fourmille de gens dont les vêtements sont de toutes les couleurs. On dirait un pré orné de fleurs géantes, dont les unes sont immobiles et les autres circulent entre les étalages. Cela donne à l’esplanade un aspect assez agréable qu’elle n’a certainement plus lorsque, désencombrée de ses… boutiques préhistoriques, elle n’est plus qu’une place stérile et déserte, jaunâtre et désolée.

       Mais en ce moment, c’est tout un brouhaha. Comme ces gens du peuple crient ! Et que de paroles, que d’exclamations pour marchander une simple écuelle de bois, un blutoir, ou bien une poignée de graines ! Et au tapage des vendeurs et des acheteurs s’unit tout un chœur de mendiants qui forcent leurs voix pour qu’on les entende par dessus le bruit du marché.

       « Maître, tu ne peux pas parler ici ! » s’exclame Barthélemy. « Ta voix est puissante, mais elle ne peut couvrir un tel vacarme !

       – Nous allons patienter » répond Jésus. « Vous voyez ? Le marché se termine. Certains enlèvent déjà leurs marchandises. En attendant, allez donner l’obole aux mendiants avec les offrandes des riches d’ici. Ce sera le prologue et la bénédiction du discours, car l’aumône faite avec amour passe du degré de secours matériel à celui de l’amour du prochain, et il attire des grâces. »

       Les apôtres vont s’acquitter de cet ordre.

       453.3 Jésus se met à parler au milieu de la foule attentive :

       « Cette ville est riche et prospère, du moins de ce côté-ci. Je vous vois habillés de vêtements propres et élégants. Vos visages ont l’air épanouis. Tout me dit que vous ne souffrez pas misère. Maintenant, je vous demande si ceux qui se plaignent, là-bas, sont d’Hippos ou des mendiants occasionnels, venus d’ailleurs pour obtenir quelque secours. Soyez sincères…

       – Voilà : nous allons te le dire, bien que tes paroles constituent déjà un reproche. Certains sont venus de loin, la plupart sont d’Hippos.

       – N’y a-t-il donc pas de travail pour eux ? J’ai remarqué que l’on construit beaucoup ici, et il devrait s’en trouver pour tous…

       – Ce sont presque toujours les Romains qui embauchent pour les travaux…

       – Presque toujours. Tu dis vrai, car j’ai vu aussi des habitants de la ville qui dirigent des travaux, dont un certain nombre occupent des gens qui ne sont pas d’ici. Pourquoi ne pas secourir d’abord les habitants d’Hippos ?

       – Parce que… Il est difficile de travailler ici. C’est que, il y a quelques années surtout, avant que les Romains ne fassent de belles routes, il était fatigant d’apporter ici les matériaux et d’ouvrir des routes… Et beaucoup se sont rendus malades ou ont été estropiés… Aujourd’hui, ils sont mendiants, car ils ne peuvent plus travailler.

       – Mais vous profitez bien du travail qu’ils ont fait ?

       – Bien sûr, Maître ! Vois comme notre ville est belle, pratique, avec des eaux abondantes dans des citernes profondes et de belles routes qui communiquent avec d’autres riches villes. Vois ces édifices solides. Vois tous ces travaux. Vois…

       – Je vois tout. Or ceux qui ont contribué à construire tout cela vous demandent aujourd’hui un pain en pleurant ? Oui, dites-vous ? Dans ce cas, puisque vous profitez de ce qu’ils vous ont aidés à posséder, pourquoi ne leur donnez-vous pas un peu de joie ? Du pain, sans qu’ils le demandent ; une couche, pour qu’ils ne soient pas contraints à partager les tanières des animaux sauvages ; un secours dans leurs maladies. Si elles étaient soignées, ils pourraient trouver le moyen de faire encore quelque chose au lieu de s’avilir dans une oisiveté forcée et dégradante. Comment pouvez-vous vous asseoir avec satisfaction à table et partager joyeusement une nourriture abondante avec vos enfants, en sachant que non loin de là des frères ont faim ? Comment pouvez-vous aller vous reposer dans un lit confortable alors que vous savez que dehors, dans la nuit, il y a des hommes sans couche et sans abri ? Ne vous brûlent-elles pas la conscience, ces pièces de monnaie que vous renfermez dans vos coffres-forts, sachant que beaucoup n’ont pas un sou pour s’acheter un pain ?

       453.4 Vous m’avez dit que vous croyez au Seigneur très-haut et que vous observez la Loi, que vous connaissez les prophètes et les livres de la Sagesse. Vous m’avez dit que vous croyez en moi et que vous êtes avides de mon enseignement. Alors faites preuve de bonté, car Dieu est amour et prescrit l’amour : la Loi est amour, les prophètes et les livres de la Sagesse conseillent l’amour et ma Doctrine est une doctrine d’amour. Sacrifices et prières sont vains, s’ils n’ont comme base et comme autel l’amour du prochain, et spécialement du pauvre indigent, à qui il est possible de témoigner de l’amour sous toutes ses formes en lui procurant du pain, un lit, des vêtements, du réconfort et un enseignement, en le conduisant à Dieu.

       La misère, par son avilissement, amène l’âme à perdre cette foi en la Providence qui est salutaire pour tenir bon dans les épreuves de la vie. Comment pouvez-vous prétendre que les malheureux soient toujours bons, patients, pieux, quand ils voient que ceux qui reçoivent tous les bienfaits de la vie et — selon les idées communes — de la Providence, ont le cœur dur, sont sans religion véritable — car il manque à leur religion la première et la plus essentielle des parties : l’amour —, sont sans patience et qu’eux, qui ont tout, ne savent même pas supporter les supplications des affamés ? Lancent-ils des imprécations contre Dieu et contre vous ? Mais qui les amène à ce péché ? Ne pensez-vous jamais, vous, riches citoyens d’une ville prospère, que vous avez un grand devoir : celui d’amener à la Sagesse ceux que vous abandonnez par votre manière d’agir ?

       J’ai entendu que l’on me disait : “ Nous voudrions tous être tes disciples pour t’annoncer. ” C’est à tous que je réponds : vous le pouvez. Ces gens qui viennent, craintifs, honteux avec leurs vêtements déchirés, leurs visages émaciés, sont ceux qui attendent la Bonne Nouvelle, celle qui est apportée surtout aux pauvres, pour que l’espérance d’une vie glorieuse, après la réalité de leur triste vie présente, leur soit un réconfort surnaturel. Vous pouvez mettre en pratique mes enseignements avec assez peu d’efforts matériels, mais avec davantage d’efforts spirituels — car les richesses pourraient mettre en péril la sainteté et la justice —. Eux peuvent suivre ma Loi avec leurs peines de toutes sortes. Mais le manque de pain, l’insuffisance des vêtements, l’absence de toit, tout cela les amène à se demander : “ Comment puis-je croire que Dieu est pour moi un Père, si je n’ai pas ce qu’a l’oiseau dans l’air ? ” Comment les duretés du prochain peuvent-elles leur faire croire qu’il faut s’aimer comme des frères ? Vous avez le devoir de les convaincre, par votre amour actif, que Dieu est Père et que vous êtes leurs frères. Il y a une Providence, et vous en êtes les serviteurs, vous, les riches du monde. Considérez qu’être ses intermédiaires est le plus grand honneur que Dieu vous fait et l’unique moyen de rendre saintes les richesses dangereuses.

       453.5 Et agissez comme si, en chacun d’eux, vous me voyiez moi-même. Je suis en eux. J’ai voulu être pauvre et persécuté pour être comme eux, et pour que le souvenir du Christ pauvre et persécuté persiste au cours des siècles, jetant une lumière surnaturelle sur ceux qui sont dans cette situation, comme le Christ, une lumière qui vous les fasse aimer comme d’autres moi-même. Car je suis dans le mendiant qu’on rassasie, dont on calme la soif, que l’on habille, que l’on loge. Je suis dans l’orphelin recueilli par amour, dans le vieillard qu’on secourt, dans la veuve qu’on aide, dans le pèlerin qu’on loge, dans le malade qu’on soigne. Et je suis encore dans l’affligé qu’on réconforte, dans celui qu’on rassure face à ses doutes, dans l’ignorant qu’on instruit. Je suis là où on reçoit l’amour. Et tout ce vous aurez fait à un frère dépourvu de moyens matériels ou spirituels, c’est à moi que vous l’aurez fait. Car je suis le Pauvre, l’Affligé, l’Homme des douleurs, et cela pour procurer richesse, joie, vie surnaturelles à tous les hommes qui, bien des fois, — ils ne le savent pas, mais c’est ainsi — ne sont riches qu’extérieurement, et joyeux d’une joie seulement apparente. En fait, ils sont tous pauvres des vraies richesses et des vraies joies, car ils sont privés de la grâce à cause de la Faute originelle.

       Vous le savez : sans la Rédemption, il n’y a pas de grâce, et sans grâce, il n’y a ni joie ni vie éternelle.

       Pour vous donner la grâce et la vie éternelle, je n’ai pas voulu naître roi ou puissant, mais pauvre, enfant du peuple, humble. En effet, la couronne n’est rien, pas plus que le trône ou la puissance, pour celui qui vient du Ciel afin de conduire au Ciel. Ce qui importe, en revanche, c’est l’exemple qu’un vrai Maître doit montrer pour donner de la force à sa Doctrine. Car les plus nombreux ne sont pas les puissants et les nantis, mais les pauvres et les malheureux. Et la bonté est pitié.

       C’est pour cela que je suis venu et que le Seigneur a oint son Christ : pour que j’annonce la Bonne Nouvelle aux hommes doux et que je guérisse ceux qui ont le cœur brisé, pour que j’annonce la liberté aux esclaves, la libération aux prisonniers, pour que je console ceux qui pleurent, pour que je remette aux enfants de Dieu — à ceux qui savent le rester dans la joie comme dans la douleur —, leur diadème, le vêtement de justice, et pour que je les transforme de leur état d’arbres sauvages en arbres du Seigneur, en ses champions, en ses gloires.

       453.6 Je suis tout à tous, et je veux qu’ils soient avec moi dans le Royaume des Cieux, lequel est ouvert à tous pourvu qu’on sache vivre dans la justice. La justice réside dans la pratique de la Loi et dans l’exercice de l’amour. On n’accède pas à ce Royaume par les droits de la fortune, mais par une sainteté héroïque. Que celui qui désire y entrer me suive et fasse ce que je fais : qu’il aime Dieu par dessus tout et son prochain comme moi, je l’aime ; qu’il ne blasphème pas le Seigneur, qu’il sanctifie ses fêtes, honore ses parents, ne lève pas une main violente sur son semblable, ne commette pas d’adultère, ne vole pas son prochain d’aucune façon, ne fasse pas de faux témoignages, ne désire pas le bien d’autrui, mais qu’il soit content de son sort en le considérant toujours comme transitoire, et comme une route et un moyen pour conquérir un sort meilleur et éternel ; qu’il aime les pauvres, les affligés, les petits de la terre, les orphelins, les veuves, et qu’il ne pratique pas l’usure. Celui qui agira ainsi, quelles que soient sa nation et sa langue, sa condition et sa fortune, pourra entrer dans le Royaume de Dieu dont moi, j’ouvre les portes.

       Venez à moi, vous tous dont la volonté est droite. Ne vous effrayez pas de ce que vous êtes ou de ce que vous avez été. Je suis l’Eau qui lave le passé et fortifie pour l’avenir. Venez à moi, vous qui avez ignoré la sagesse. Elle se trouve dans ma parole. Venez à moi, refaites-vous une vie nouvelle sur d’autres idées. Ne craignez pas de ne pas savoir, de ne pouvoir agir. Ma Doctrine est facile et mon joug est léger. Je suis le Rabbi qui donne sans demander d’autre compensation que votre amour. Si vous m’aimez, vous aimerez ma Doctrine — donc aussi votre prochain —, et vous obtiendrez la Vie et le Royaume.

       Riches, défaites-vous de votre attachement aux richesses et achetez avec elles le Royaume par toutes sortes d’œuvres d’amour miséricordieux pour le prochain. Pauvres, renoncez à votre avilissement et marchez sur la route de votre Roi. Avec Isaïe, je vous dis : “ Vous qui avez soif, venez boire de l’eau, vous qui n’avez pas d’argent venez acheter. ” Avec l’amour, vous achèterez ce qui est amour, ce qui est nourriture impérissable, la nourriture qui rassasie et fortifie réellement.

       453.7 Ô hommes, femmes, riches et pauvres d’Hippos, je m’en vais, et cela pour obéir à la Volonté de Dieu. Mais je veux partir moins affligé que lorsque je suis arrivé. C’est votre promesse qui soulagera mon affliction. Pour votre bien, vous les riches, pour le bien de votre ville, soyez miséricordieux à l’avenir envers les plus petits d’entre vous. Promettez-le-moi. Tout est beau, ici. Mais comme le nuage noir d’un orage donne un aspect effrayant à la ville la plus belle, il plane, ici, comme une ombre qui fait disparaître la beauté : c’est votre dureté de cœur. Enlevez-la, et vous serez bénis. Rappelez-vous : Dieu a promis de ne pas détruire Sodome s’il s’y était trouvé dix justes. Vous ignorez l’avenir. Moi, je le connais. Et en vérité, je vous dis qu’il est lourd de punition, plus qu’un nuage de grêle en été. Sauvez votre ville par votre justice, par votre miséricorde. Le ferez-vous ?

       – Nous le ferons, Seigneur, en ton nom. Parle-nous, parle-nous encore ! Nous avons été durs et pécheurs. Mais toi, tu nous sauves. Tu es le Sauveur. Parle-nous…

       – Je serai avec vous jusqu’à ce soir. Mais je parlerai par mes œuvres. Maintenant que le soleil frappe, que chacun rentre chez lui et médite mes paroles.

       – Et toi, où vas-tu, Seigneur ? Viens chez moi ! Chez moi ! »

       Tous les riches d’Hippos veulent l’avoir chez eux et ils se disputent presque pour faire valoir le motif pour lequel Jésus doit privilégier l’un ou l’autre.

       Il lève la main pour imposer silence, et l’obtient non sans peine :

       « Je reste avec eux. »

       Et il désigne les pauvres qui, serrés en tas, en marge de la foule, le regardent de l’œil de quelqu’un qui, toujours méprisé, se sent aimé. Et il répète :

       « Je reste avec eux pour les consoler et partager le pain avec eux, pour leur donner un avant-goût de la joie du Royaume où le Roi sera assis parmi ses sujets au même banquet d’amour. Et en attendant, puisque leur foi est peinte sur leurs visages et dans leurs cœurs, je leur dis : “ Qu’il vous soit fait ce que dans votre cœur vous demandez, et que vos âmes et vos corps jubilent dans le premier salut que vous donne le Sauveur. ” »

       Ces pauvres peuvent être une bonne centaine. Les deux tiers au moins sont handicapés, aveugles ou visiblement malades ; l’autre tiers est composé d’enfants qui mendient pour leurs mères veuves ou pour leurs grands-parents… Eh bien, c’est un spectacle prodigieux : les bras estropiés, les hanches disloquées, les échines déformées, les yeux éteints, les gens épuisés qui se traînent, tout l’étalage douloureux des maladies et des malheurs dus à des accidents de travail ou à des excès de fatigue ou de privations, tout disparaît et reprend un état normal. Tous ces malheureux se reprennent à vivre et à se sentir capables de se suffire à eux-mêmes. Leurs cris remplissent la vaste place et y résonnent.

       453.8 Un Romain se fraie avec peine un passage dans la foule en délire et rejoint Jésus qui, à son tour, s’efforce de se diriger vers les pauvres qu’il a guéris et qui le bénissent de leur place, ne pouvant fendre la foule compacte.

       « Salut, Rabbi d’Israël. Ce que tu as fait, est-ce seulement pour ceux de ton peuple ?

       – Non, homme, ni ce que j’ai fait, ni ce que j’ai dit. Mon pouvoir est universel parce qu’universel est mon amour. Et ma doctrine est universelle parce que, pour elle, il n’y a pas de castes, ni de religions, ni de nations qui la limitent. Le Royaume des Cieux est pour l’humanité qui sait croire au vrai Dieu. Et je suis pour ceux qui savent croire dans la puissance du vrai Dieu.

       – Moi, je suis païen, mais je crois que tu es un dieu. J’ai un esclave qui m’est cher, un vieil esclave qui me suit depuis mon enfance. Aujourd’hui, la paralysie le tue lentement, en le faisant beaucoup souffrir. Mais c’est un esclave, et peut-être que toi…

       – En vérité, je te dis que je ne connais qu’un esclavage qui me donne du dégoût : celui du péché, du péché obstiné. En effet, celui qui pèche et se repent rencontre ma pitié. Ton esclave va être guéri. Va, et guéris-toi de ton erreur en entrant dans la vraie foi.

       – Tu ne viens pas chez moi ?

       – Non, homme.

       – Vraiment… j’ai trop demandé. Un dieu n’entre pas dans les maisons des mortels. Cela ne se lit que dans les contes… Mais personne n’a jamais logé Jupiter ou Apollon.

       – Parce qu’ils n’existent pas. Mais Dieu, le vrai Dieu, entre dans la maison de l’homme qui croit en lui et il y apporte la guérison et la paix.

       – Qui est le vrai Dieu ?

       – Celui qui est.

       – Pas toi ? Ne mens pas ! Je sens que tu es Dieu…

       – Je ne mens pas. Tu l’as dit, je le suis. Je suis le Fils de Dieu venu pour sauver aussi ton âme, comme j’ai sauvé ton esclave bien-aimé. N’est-ce pas lui qui vient t’appeler à grands cris ? »

       453.9 Le Romain se retourne. Il voit un vieillard suivi par d’autres et qui, enveloppé dans une couverture, accourt en criant :

       « Marius ! Marius ! Mon maître !

       – Par Jupiter ! Mon esclave ! Il court ! Ah !… j’ai dit : par Jupiter ! Non, je dis : par le Rabbi d’Israël. Je… Je… »

       L’homme ne sait plus comment s’exprimer.

       Les gens ouvrent volontiers leurs rangs pour laisser passer le vieillard hors de lui.

       « Je suis guéri, maître ! J’ai senti un feu dans mes membres et entendu un ordre : “ Lève-toi ! ” Il me semblait que c’était ta voix. Je me suis levé… je tenais debout… J’ai essayé de marcher… j’y parvenais… J’ai touché mes escarres… plus de plaies. J’ai crié. Nérée et Quintus sont accourus. Ils m’ont dit où tu étais. Je n’ai pas attendu d’avoir mes vêtements. Désormais, je vais pouvoir encore te servir… »

       A genoux, le vieillard pleure en baisant les vêtements du Romain.

       « Pas moi ! C’est lui, le Rabbi, qui t’a guéri. Il faudra croire, Aquila. Lui, c’est le vrai Dieu. Il a guéri ceux-ci par sa voix, et toi… avec je ne sais quoi… On doit croire… Seigneur… je suis païen mais… voilà… Non. C’est trop peu. Dis-moi où tu vas, et je te ferai honneur. »

       Il avait offert une bourse, mais il la reprend.

       « Je vais sous ce portique sombre, avec eux.

       – Je te ferai un don pour eux. Salut, Rabbi. Je le raconterai à ceux qui ne croient pas…

       – Adieu. Je t’attends sur les chemins de Dieu. »

       Le Romain s’éloigne avec ses esclaves. De son côté, Jésus s’en va avec ses pauvres et avec les apôtres et les femmes disciples.

       Le portique — c’est plutôt une rue couverte qu’un portique — est ombragé et frais, et la joie est si grande que l’endroit paraît beau, bien qu’il soit très ordinaire en lui-même. De temps à autre, un habitant vient apporter des oboles. L’esclave du Romain revient avec une lourde bourse. Et Jésus donne des paroles de lumière et des réconforts d’argent. Les apôtres reviennent avec des vivres de toutes sortes. Jésus rompt le pain et bénit la nourriture pour la distribuer aux pauvres, à ses pauvres…

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