Une initative de
Marie de Nazareth

Début du troisième sabbat à Nazareth

vendredi 29 juin 29
Nazareth

Vision de Maria Valtorta

       435.1 Le sabbat est un jour de repos, on le sait. Les hommes se reposent donc, de même que les outils, recouverts ou soigneusement rangés à leur place.

       Maintenant que le rouge crépuscule d’un vendredi d’été est en train de s’éteindre, voici que Marie, assise à son plus petit métier à l’ombre du grand pommier, se lève, le recouvre et, avec l’aide de Thomas, le rentre à sa place dans la maison. Auréa, assise sur un tabouret à ses pieds, est occupée à coudre d’une main encore mal assurée les vêtements que lui avaient donnés les Romaines, remis à sa mesure par Marie. Celle-ci l’invite à plier soigneusement son travail, et à le remettre sur la console de sa chambre. Pendant que la fillette obtempère, elle entre avec Thomas dans l’atelier où Jésus s’empresse, avec Simon le Zélote, de ranger les scies, les raboteuses, ce qui sert de tournevis, les marteaux, les pots de peinture et de colle, et de nettoyer les établis et le sol de la sciure et des copeaux de bois. Du travail fait jusqu’alors, il ne reste que deux planches mises en équerre et serrées dans l’étau pour que la colle durcisse dans les emboîtements (peut-être un futur tiroir) et un tabouret à moitié peint, aux teintes encore fraîches qui dégagent une odeur acide.

       435.2 Auréa entre aussi et va se pencher sur le travail au burin de Thomas ; elle l’admire et, un peu curieuse et instinctivement un brin coquette, demande à quoi cela sert et si cela lui irait bien.

       « Cela t’irait bien, mais il te va mieux d’être bonne. Ce sont des ornements qui n’embellissent que le corps, mais ne sont pas utiles à l’âme. Au contraire, en développant la coquetterie, elles peuvent lui être nocives.

       – Dans ce cas, pourquoi en fabriques-tu ? » demande avec logique la fillette. « Tu veux donc faire du mal à une âme ? »

       Thomas, toujours débonnaire, sourit à cette observation :

       « Le superflu fait du mal à un esprit faible, mais pour un esprit qui est fort, l’ornement reste ni plus ni moins ce qu’il est : une broche nécessaire pour maintenir le vêtement en place.

       – Pour qui le fais-tu ? Pour ton épouse ?

       – Je n’ai pas d’épouse et n’en aurai jamais.

       – Alors, pour ta sœur ?

       – Elle en a plus qu’il ne lui en faut.

       – Alors, pour ta mère ?

       – Pauvre vieille ! Que veux-tu qu’elle en fasse ?

       – Mais c’est pour une femme…

       – Oui, mais pas pour toi.

       – Oh ! Je n’y pense même pas… Et puis, à présent que tu m’as dit que ces choses font du mal à une âme faible, je n’en voudrais pas. J’enlèverai même ces bordures aux vêtements. Je ne veux pas nuire à ce qui appartient à mon Sauveur !

       – Brave fillette ! Tu vois, avec ta volonté, tu as fait un travail plus beau que le mien.

       – Tu dis ça par gentillesse !

       – Je le dis parce que c’est vrai ! 435.3 Regarde : j’ai pris ce bloc d’argent, je l’ai réduit en feuilles à mesure que j’en avais besoin et puis, avec un outil — ou plutôt beaucoup d’outils —, je lui ai donné cette forme. Mais il me reste à faire le plus important : en réunir les différentes parties, et d’une manière naturelle. Pour l’instant, il n’y a de terminées que ces deux petites feuilles et la fleur qui va avec elles. »

       Thomas lève entre ses gros doigts une tige aérienne de muguet enserrée entre ses feuilles, qui imite à la perfection un modèle naturel. Cela fait un certain effet de voir cette breloque aux reflets d’argent pur entre les doigts robustes et bronzés de l’orfèvre.

       « Oh ! que c’est beau ! Il y en avait des quantités dans l’île et on nous laissait les cueillir avant le lever du soleil. C’est que nous, les blondes, nous ne devions jamais nous mettre au soleil, pour avoir plus de valeur. Les brunes, au contraire, on les faisait rester dehors, au soleil, jusqu’à se sentir mal, pour brunir davantage. Ils… Comment dit-on quand on vend une chose pour une autre ?

       – Eh bien !… Par tromperie… par escroquerie… je ne sais pas.

       – Voilà : ils trompaient leurs clients en prétendant qu’elles étaient nées en Arabie ou dans le Haut-Nil. Ils en ont vendu une en la disant descendante de la reine de Saba.

       – Rien que ça ! Mais c’étaient les acheteurs qui étaient trompés, pas elles. On dit alors : escroquer. Quelle race ! Ce sera une belle surprise pour l’acheteur, quand il verra s’éclaircir le teint de la… fausse Ethiopienne ! Tu entends cela, Maître ? Que de combines nous ignorons !

       – J’entends. Mais le plus triste, ce n’est pas l’escroquerie… C’est le sort de ces fillettes…

       – C’est vrai : ce sont des âmes profanées pour toujours, perdues…

       – Non : Dieu peut toujours intervenir…

       – Pour moi, il l’a fait. Tu m’as sauvée !… » dit Auréa en tournant vers le Seigneur un regard clair, serein. Et elle ajoute : « Et j’en suis si heureuse ! »

       Alors, ne pouvant aller embrasser Jésus, elle va passer son bras autour du cou de Marie en penchant sa tête blonde sur l’épaule de la Vierge en un geste d’amour et de confiance.

       Les deux têtes blondes se détachent sur le mur sombre, chacune avec ses nuances respectives. Cela forme un groupe très doux.

       Mais Marie pense au dîner. Elles se séparent et s’éloignent.

       435.4 « On peut entrer ? dit à la porte de la pièce qui donne sur la rue la voix un peu rauque de Pierre.

       – Simon ! Ouvrez !

       – Simon ! Il n’a pas su rester loin d’ici ! s’exclame Thomas pendant qu’en riant il court ouvrir.

       – Simon ! C’était à prévoir… » dit en souriant Simon le Zélote.

       Mais ce n’est pas seulement le visage de Pierre qui s’encadre dans la porte. Il y a tous les apôtres du lac, tous, sauf Barthélemy et Judas. Jude et Jacques, fils d’Alphée, sont là aussi.

       « Paix à vous ! Mais pourquoi êtes-vous venus par cette chaleur ?

       – Parce que… nous ne pouvions plus rester au loin. Cela fait deux semaines et demie, tu sais ? Tu comprends ? Deux semaines et demie que nous ne te voyons plus ! »

       Pierre semble dire : “ Deux siècles ! C’est énorme ! ”

       « Mais je vous avais demandé d’attendre Judas à chaque sabbat.

       – Oui. Mais, aux deux sabbats, il n’est pas venu… et le troisième, c’est nous qui venons. Nathanaël est resté là-bas, parce qu’il ne va pas trop bien, et il recevra Judas, s’il vient… Mais ce ne sera sûrement pas le cas… En passant par Tibériade avant de nous rejoindre, pour aller vers le grand Hermon, Benjamin et Daniel nous ont dit l’avoir vu à Tibériade et… Bon, je t’en parlerai plus tard… dit Pierre, qui s’est tu lorsque son frère a tiré son vêtement.

       – C’est bien. Tu me raconteras… Pourtant, vous désiriez tant vous reposer et, maintenant que vous le pouvez, vous faites ces courses ! Quand êtes-vous partis ?

       – Hier soir, sur un lac qui était un miroir. Nous avons débarqué à Tarichée pour éviter Tibériade afin de… de ne pas rencontrer Judas…

       – Pourquoi ?

       – Parce que, Maître, nous voulions profiter de toi en paix.

       – Vous êtes égoïstes !

       – Non. Lui, il a ses propres joies… Je ne sais pas qui lui procure tant d’argent pour en jouir… Oui, j’ai compris, André, ne tire plus si fort mon habit. Je n’ai que celui-là, tu le sais. Veux-tu me faire repartir en guenilles ! »

       André rougit. Les autres rient. Jésus sourit.

       « Bien. Nous sommes aussi descendus à Tarichée parce que… ne me fais pas de reproches… Ce sera la chaleur, ce sera que loin de toi je deviens mauvais, ce sera que penser que Judas s’est séparé de toi pour s’unir à… Cesse de me tirer la manche ! Tu vois que je sais m’arrêter à temps !… Donc, Maître, ce sera pour bien des raisons… moi, je ne voulais pas pécher, et si j’avais vu Judas, je l’aurais fait. C’est pourquoi je me suis dirigé vers Tarichée et, à l’aube, nous nous sommes mis en route.

       – Etes-vous passés par Cana ?

       – Non. Nous ne voulions pas allonger notre chemin… Mais malgré cela, il a été très long. Et le poisson allait se gâter… Nous l’avons donné dans une maison, pour y être abrités pendant quelques heures, les plus chaudes. Et nous sommes partis au milieu de l’heure suivant none… C’était un vrai four !…

       – Vous pouviez vous épargner tout cela : je n’aurais pas tardé à venir…

       – Quand ?

       – Une fois le soleil sorti du Lion.

       – Tu penses donc que nous pouvions rester si longtemps sans toi ? Mais nous aurions défié mille chaleurs comme celle-là pour venir à toi et te voir. Notre Maître ! Notre Maître adoré ! »

       Et Pierre embrasse son Trésor retrouvé.

       « Dire que, lorsque nous sommes ensemble, vous ne faites que vous plaindre du temps, de la longueur du chemin…

       – Parce que nous sommes sots. Lorsqu’on est ensemble, on ne se rend pas bien compte de ce que tu es pour nous… Mais nous voici ici. Nous avons déjà une place : les uns chez Marie, femme d’Alphée, les autres chez Simon, son fils, ou chez Ismaël, chez Aser, ou encore chez Alphée, tout près d’ici. Maintenant nous nous reposons, et demain soir, nous repartirons, plus contents.

       435.5 – Au dernier sabbat, nous avons eu Myrta et Noémie, venues pour revoir la fillette, dit Thomas.

       – Tu vois que l’on vient ici dès qu’on le peut ?

       – Oui, Pierre. Et vous, qu’avez-vous fait pendant ce temps ?

       – Nous avons pêché… verni les barques… réparé les filets… Désormais, Marziam sort souvent avec les employés, ce qui fait diminuer les reproches de ma belle-mère contre “ le paresseux qui fait mourir de faim sa femme après avoir été jusqu’à lui amener un bâtard ”. Quand on pense que Porphyrée n’a jamais été aussi bien que maintenant qu’elle a Marziam, pour le cœur et… pour tout le reste… Les brebis sont passées de trois à cinq, et bientôt il y en aura davantage…, ce qui n’est pas négligeable pour une petite famille comme la nôtre ! Et Marziam, avec la pêche, supplée à ce que je ne fais plus que bien rarement. Mais cette femme a une langue de vipère, bien que sa fille en ait une de colombe… Mais toi aussi, tu as travaillé, je vois…

       – Oui, Simon. Nous avons tous travaillé : mes frères dans leur maison, moi, avec ceux-ci dans la mienne, pour faire plaisir à nos mères et leur permettre de se reposer.

       – Eh bien ! nous aussi, déclarent les fils de Zébédée.

       – Et moi, pour satisfaire mon épouse, en travaillant aux ruches et aux vignes, dit Philippe.

       – Et toi, Matthieu ?

       – Moi, je n’ai personne à qui donner de la joie… Je m’en suis donc donné à moi-même en écrivant ce que j’ai le plus envie de me rappeler…

       – Dans ce cas, nous te raconterons la parabole du bois peint, C’est moi qui l’ai provoquée, moi qui suis un peintre très inexpérimenté… dit Simon le Zélote.

       – Mais tu as vite appris le métier. Regardez comme il a bien poli ce siège ! » s’exclame Jude.

       L’accord entre eux est parfait. Et Jésus, le visage plus reposé depuis qu’il est chez lui, étincelle de la joie d’avoir ses chers apôtres autour de lui.

       435.6 Auréa entre et elle reste, interdite, sur le seuil.

       « Oh ! la voilà ! Regardez comme elle est bien mise ! Vraiment, on dirait une petite juive, avec ce vêtement ! »

       Auréa devient pourpre et ne sait que dire, mais Pierre est si débonnaire et paternel, qu’elle se ressaisit aussitôt :

       « Je m’efforce de le devenir et… avec ma Maîtresse, j’espère l’être bientôt… Maître, je vais dire à ta Mère qu’ils sont ici… »

       Et elle se retire aussitôt.

       « C’est une bonne petite, déclare Simon le Zélote.

       – Oui. Je voudrais qu’elle reste pour nous, les Israélites. Barthélemy a perdu une bonne occasion et une joie, en la refusant…, dit Thomas.

       – Barthélemy est très attaché aux… traditions, intervient Philippe pour l’excuser.

       – C’est son unique défaut » observe Jésus.

       Marie entre…

       « Paix à toi, Marie, disent les arrivants.

       – Paix à vous… Je ne savais pas que vous étiez ici. Je vais m’en occuper tout de suite… Venez, en attendant…

       – Notre mère va venir de la maison avec tout ce qu’il faut pour le dîner, et Salomé aussi. Ne te préoccupe de rien, Marie, dit Jacques, fils d’Alphée.

       – Allons au jardin… Le vent du soir se lève et on y est bien… » dit Jésus.

       Ils passent dans le jardin et s’asseyent çà et là, en conversant fraternellement, tandis que les colombes se disputent en roucoulant le dernier repas qu’Auréa répand sur le sol… Puis on arrose les parterres fleuris ou simplement plantés de légumes nécessaires à l’homme. Ce sont les apôtres qui veulent s’en charger, joyeusement, pendant que Marie, femme d’Alphée, qui est arrivée, prépare avec Auréa et Marie le repas des hôtes. Et l’odeur des mets qui grésillent se mêle à celui de la terre arrosée, comme les cris des oiseaux qui se disputent vivement une place dans les feuillages se mêlent aux voix graves ou aigües des apôtres…

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