Une initative de
Marie de Nazareth

Court passage à Béthanie

mardi 8 mai 29
Béthanie

Vision de Maria Valtorta

       415.1 Le crépuscule rougit le ciel quand Jésus arrive à Béthanie. En nage, couverts de poussière, les apôtres le suivent. Jésus et les Douze sont les seuls à braver la fournaise de la route à peine ombragée par les arbres qui continuent du mont des Oliviers jusqu’aux pentes de Béthanie.

       L’été fait rage, mais plus encore la haine. Les champs sont nus et brûlés, de vraies fournaises qui réverbèrent des souffles de feu. Mais les âmes des ennemis de Jésus sont encore plus dénuées, je ne dis pas seulement d’amour, mais d’honnêteté, de sens moral même humain, elles sont brûlées par la haine… Et il n’y a pour Jésus qu’une maison, qu’un refuge : Béthanie. C’est là qu’il trouve l’amour, le soulagement, la protection, la fidélité… Le Pèlerin persécuté s’y dirige, vêtu de blanc, le visage affligé, le pas fatigué de celui qui ne peut s’arrêter, parce que ses ennemis l’aiguillonnent par derrière, le regard résigné de celui qui déjà contemple la mort que chaque heure, chaque pas rapproche et que déjà il accepte pour obéir à Dieu…

       La maison, au milieu de son vaste jardin, est toute fermée et silencieuse, dans l’attente d’heures plus fraîches. Le jardin est vide et muet ; seul le soleil y règne en maître.

       415.2 De sa voix de baryton, Thomas hèle. Un rideau se déplace, un visage apparaît, on risque un regard… Puis un cri :

       « Le Maître ! »

       Les serviteurs accourent, suivis des maîtresses, étonnées, qui n’attendaient certainement pas Jésus à cette heure de feu.

       « Rabbouni !

       – Mon Seigneur ! »

       Marthe et Marie saluent de loin, déjà courbées, prêtes à se prosterner, ce qu’elles font dès l’ouverture du portail. Jésus n’est plus séparé d’elles.

       « Marthe, Marie, paix à vous et à votre maison.

       – Paix à toi, Maître et Seigneur… Mais comment donc arrives-tu à cette heure ? demandent les sœurs en congédiant les serviteurs pour que Jésus puisse parler librement.

       – Pour me reposer le corps et l’esprit là où je ne suis pas haï… » répond tristement Jésus en tendant les mains comme pour dire : « Voulez-vous de moi ? »

       Il s’efforce de sourire, mais c’est un bien triste sourire que dément son regard douloureux.

       « Ils t’ont fait du mal ? demande Marie en s’enflammant.

       – Que t’est-il arrivé ? » questionne Marthe. Et, maternelle, elle ajoute : « Viens, je vais te donner de quoi te restaurer. Depuis quand marches-tu, pour être si fatigué ?

       – Depuis l’aube… et je peux dire continuellement, car notre court arrêt dans la maison d’Elchias, le membre du Sanhédrin, a été pire qu’un long chemin…

       – Ils t’ont tourmenté ?…

       – Oui… et d’abord au Temple…

       – Mais pourquoi es-tu allé chez ce serpent ? demande Marie.

       – Ne pas m’y rendre n’aurait servi qu’à justifier sa haine : il m’aurait accusé de mépriser les membres du Sanhédrin. Mais désormais… que j’y aille ou non, la mesure de la haine des pharisiens est à son comble… et il n’y aura plus de trêve…

       – Nous en sommes là ? Reste avec nous, Maître. Ici, ils ne te feront aucun mal…

       – Je manquerais à ma mission… Beaucoup d’âmes attendent leur Sauveur. Je dois aller…

       – Mais ils t’empêcheront de te déplacer !

       – Non. Ils me persécuteront en me faisant marcher pour scruter chacun de mes pas, en me faisant parler pour étudier tous mes mots, en me surveillant comme les limiers suivent leur proie pour obtenir… quelque chose qui puisse passer pour une faute… et tout leur servira… »

       Marthe, toujours si réservée, éprouve tant de pitié qu’elle lève la main comme pour caresser la joue amaigrie de Jésus, mais elle interrompt son geste en rougissant, et dit :

       « Pardon ! Tu m’as fait la même peine que notre Lazare ! Pardonne-moi, Seigneur, de t’avoir aimé comme un frère souffrant !

       – Je suis le frère souffrant… Aimez-moi d’un pur amour de sœurs… 415.3 Mais que fait Lazare ?

       – Il s’affaiblit, Seigneur… » répond Marie.

       Et elle donne libre cours aux larmes que cet aveu, joint à la peine de voir son Maître ainsi affligé, lui fait monter aux yeux.

       « Ne pleure pas, Marie, ni pour lui ni pour moi. Nous accomplissons la volonté divine. On doit pleurer sur ceux qui ne savent pas le faire… »

       Marie se penche pour prendre la main de Jésus et en baise le bout des doigts.

       Pendant ce temps, ils sont arrivés à la maison et, à peine entrés, vont aussitôt voir Lazare, tandis que les apôtres se reposent en se rafraîchissant avec ce que leur apportent les serviteurs.

       Jésus se penche sur Lazare qui est de plus en plus émacié, et il l’embrasse en souriant pour soulager la tristesse de son ami.

       « Maître, comme tu m’aimes ! Tu n’as même pas attendu le soir pour venir à moi, par cette chaleur…

       – Mon ami, je profite de toi, et toi de moi. Le reste n’est rien.

       – C’est vrai, ce n’est rien. Même ma souffrance n’est rien pour moi… Maintenant, je sais pourquoi je l’endure, et ce que je peux faire grâce à elle. »

       Lazare a un sourire intime, spirituel.

       « C’est ainsi, Maître. On dirait presque que notre Lazare voit avec plaisir la maladie et… »

       Un sanglot brise la voix de Marthe qui se tait.

       « Mais oui, dis-le simplement : et la mort. Maître, dis-leur qu’elles doivent m’aider comme le font les lévites auprès des prêtres.

       – A quoi, mon ami ?

       – A consommer le sacrifice…

       – Pourtant, la mort te faisait trembler, il y a peu de temps ! Tu ne nous aimes donc plus ? Tu n’aimes plus le Maître ? Tu ne veux pas le servir ? » lui demande Marie avec plus de force, mais toute pâle de chagrin,

       Elle caresse la main jaunâtre de son frère.

       « C’est toi qui me poses cette question, justement toi, âme ardente et généreuse ? Ne suis-je pas ton frère ? N’ai-je pas le même sang et les mêmes amours que toi : Jésus, les âmes, et vous, mes sœurs bien-aimées ?… Mais depuis la Pâque, mon âme a accueilli une grande parole. Et j’aime la mort. Seigneur, je te l’offre pour tes intentions mêmes.

       – Tu ne me demandes donc plus la guérison ?

       – Non, Rabbouni. Je te demande ta bénédiction pour savoir souffrir et… mourir… et, si ce n’est pas trop demander, racheter… C’est toi qui l’as dit…

       – Je l’ai dit, et je te bénis pour te donner toute force. »

       Il lui impose les mains et l’embrasse.

       415.4 « Nous resterons ensemble et tu m’instruiras…

       – Pas maintenant, Lazare. Je ne reste pas. Je suis venu pour quelques heures seulement. Je partirai à la nuit tombée.

       – Mais pourquoi ? demandent-ils tous trois, déçus.

       – Parce que je ne puis m’attarder… Je reviendrai en automne. Et alors… je ferai un long séjour et j’agirai beaucoup ici… et dans les alentours… »

       Un silence empreint de tristesse s’installe. Puis Marthe le prie :

       « Dans ce cas, repose-toi au moins, et reprends des forces…

       – Rien ne me réconforte plus que votre amour. Faites se reposer mes apôtres et laissez-moi rester ici avec vous, comme ça, en paix… »

       Marthe sort en pleurant pour revenir avec des tasses de lait froid et des fruits précoces…

       « Les apôtres ont déjà mangé et, comme ils sont épuisés, ils dorment. Mon Maître, ne veux-tu vraiment pas prendre quelque repos ?

       – N’insiste pas, Marthe. L’aube ne sera pas encore arrivée qu’ils viendront me chercher ici, à Gethsémani, chez Jeanne, dans toute maison hospitalière. Mais je serai déjà loin.

       – Où vas-tu, Maître ? demande Lazare.

       – A Jéricho, mais pas par le chemin habituel… Je fais un détour vers Teqoa puis je reviens vers Jéricho.

       – C’est une route pénible en cette saison, murmure Marthe.

       – C’est justement pour cela qu’elle est solitaire. Nous voyagerons de nuit. Les nuits sont claires même avant le lever de la lune… et l’aurore arrive si tôt…

       – Et ensuite ? demande Marie.

       – Nous passerons de l’autre côté du Jourdain et, à la hauteur de la Samarie du nord, nous franchirons le fleuve pour revenir de ce côté.

       – Va vite à Nazareth. Tu es fatigué, dit Lazare.

       – Auparavant, je dois aller sur les rives de la mer… Puis… je me rendrai en Galilée, mais ils me persécuteront même là-bas…

       – Tu auras toujours ta Mère pour te réconforter… dit Marthe.

       – Oui, pauvre Maman !

       – Maître, Magdala est à toi. Tu le sais, lui rappelle Marie.

       – Je sais, Marie… Je connais tout le bien et tout le mal…

       415.5 – Etre ainsi séparés !… pour si longtemps ! Me retrouveras-tu vivant, Maître ?

       – N’en doute pas. Ne pleurez pas… Il faut s’habituer même aux séparations. Elles sont utiles pour éprouver la force des affections. On comprend mieux les cœurs quand on porte sur eux un regard spirituel, de loin. Lorsque, n’étant plus séduit par le plaisir humain de la présence de l’être aimé, on peut méditer sur son esprit et sur son amour… on comprend davantage le moi de celui qui est loin… Je suis certain qu’en pensant à votre Maître, vous le comprendrez mieux quand vous verrez et contemplerez en paix mes actions et mes affections.

       – Oh ! Maître ! Mais nous, nous n’avons pas de doutes sur toi !

       – Ni moi sur vous. Je le sais, mais vous me connaîtrez encore mieux. Et je ne vous dis pas de m’aimer, car je connais votre cœur. Je vous demande seulement de prier pour moi. »

       Les trois pleurent… Jésus est si triste !… Comment ne pas pleurer ?

       « Que voulez-vous ? Dieu avait envoyé l’amour parmi les hommes. Mais les hommes y ont substitué la haine… Or la haine divise non seulement les ennemis entre eux, mais elle s’insinue pour séparer les amis. »

       Après un long silence, Lazare dit :

       « Maître, quitte la Palestine pour quelque temps…

       – Non. Ma place est ici pour vivre, évangéliser, mourir.

       – Mais tu as pourvu à la sécurité de Jean et de la grecque. Va avec eux.

       – Non. Eux, il fallait les sauver. Moi, je dois sauver. Et c’est la différence qui explique tout. L’autel est ici, et c’est ici qu’est la chaire. Je ne puis aller ailleurs. Du reste… croyez-vous que cela changerait ce qui est décidé ? Non. Ni sur terre ni au Ciel. Cela obscurcirait seulement la pureté spirituelle de la figure messianique. Je serais le “ lâche ” qui sauve sa vie en fuyant. Je dois donner l’exemple aux hommes de maintenant et à venir que, dans les affaires de Dieu, dans les œuvres saintes, il ne faut pas être lâche…

       – Tu as raison, Maître » soupire Lazare…

       415.6 Ecartant le rideau, Marthe dit :

       « Tu as raison… Le soir s’avance. Il n’y a plus de soleil… »

       Marie se met à sangloter avec désolation, comme si cette parole avait eu le pouvoir de dissoudre sa force morale, qui réduisait ses pleurs à des larmes silencieuses. Maintenant, ils sont plus déchirant que lorsque, dans la maison du Pharisien, elle implorait le pardon du Sauveur…

       « Pourquoi pleures-tu ainsi ? demande Marthe.

       – Parce que tu as dit vrai, ma sœur ! Il n’y a plus de soleil… Le Maître s’en va… Il n’y a plus de soleil pour moi… pour nous…

       – Soyez en paix. Je vous bénis et que ma bénédiction reste sur vous. Et maintenant, laissez-moi avec Lazare, qui est fatigué et a besoin de silence. Je me reposerai en veillant mon ami. Occupez-vous des apôtres et veillez à ce qu’ils soient prêts pour l’heure des ombres… »

       Les deux sœurs se retirent et Jésus reste silencieux, recueilli en lui-même, assis à côté de son ami affaibli qui, satisfait de cette présence, s’endort avec un léger sourire sur le visage.

       415.7 Jésus dit :

       « Vous placerez ici la vision de Jésus et du mendiant sur la route de Jéricho que tu as eue le 17 mai 1944, et, juste après, celle de la conversion de Zachée, que tu as eue le 17 juillet 1944. »

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