Une initative de
Marie de Nazareth

Provocations de Judas dans le groupe des apôtres

dimanche 6 mai 29
Plaine de Saron

Vision de Maria Valtorta

       410.1 « J’ai hâte d’arriver sur les montagnes ! » s’exclame Pierre en haletant.

       Il essuie la sueur qui coule le long de ses joues et de son cou.

       « Comment ? Toi qui détestais les montagnes, voilà que tu les désires ? » demande Judas d’un ton sarcastique.

       Voyant s’évanouir la peur d’être découvert, il est redevenu prétentieux et insolent.

       « Oui, vraiment, maintenant je les désire. A cette saison, elles sont agréables. Jamais autant que ma mer… Elle, ah !… D’ailleurs… je ne sais pas pourquoi les champs sont plus chauds après la moisson. C’est toujours le même soleil, pourtant…

       – Ce n’est pas qu’ils soient plus chauds. C’est qu’ils sont plus tristes et qu’on se lasse de les voir ainsi plus que lorsque les blés sont là, répond avec bon sens Matthieu.

       – Non, Simon a raison. Ils sont insupportablement chauds après la moisson. On n’a jamais connu pareille chaleur, dit Jacques, fils de Zébédée.

       – Jamais ? Et que fais-tu de celle que nous avons subie en allant chez Nikê ? réplique Judas.

       – Elle n’était pas aussi forte que celle-ci ! lui répond André.

       – Bien sûr ! L’été est en avance de quarante jours et le soleil tape en conséquence, insiste Judas.

       – C’est un fait que les chaumes dégagent plus de chaleur que les champs couverts d’épis, et cela aussi s’explique. Le soleil, qui auparavant s’arrêtait à la surface des épis, chauffe maintenant directement le sol nu et brûlé. Ce dernier réverbère sa chaleur vers le haut, au contraire du soleil dont les rayons descendent vers le bas, et l’homme se trouve pris entre deux feux » dit sentencieusement Barthélemy.

       Judas rit ironiquement et fait une profonde salutation à son compagnon :

       « Rabbi Nathanaël, je te salue et je te remercie de ta docte leçon. »

       Il est insolent comme jamais. Barthélemy le regarde… et se tait. Mais Philippe le défend :

       « Il n’y a pas de quoi ricaner ! Son explication est juste ! Tu ne voudrais sûrement pas nier une vérité que des millions de cerveaux de bon sens ont jugée vraie, logique, facile à constater.

       – Mais oui, mais oui ! Je sais bien que vous êtes savants, expérimentés, pleins de bon sens, bons, parfaits… Vous êtes tout ! Tout ! Moi seul suis la brebis noire du blanc troupeau !… Moi seul suis l’agneau bâtard, l’opprobre qui se révèle et prend des cornes de bélier… Moi seul suis le pécheur, l’imparfait, la cause de tout mal parmi nous, en Israël, dans le monde… peut-être aussi dans les étoiles… Je n’en peux plus ! Je n’en peux plus de voir que je suis le dernier, alors que des nullités comme ces deux imbéciles qui parlent avec le Maître sont admirés comme deux oracles saints, j’en ai assez de…

       – Ecoute, mon garçon… » commence à dire Pierre, qui rougit davantage sous l’effort qu’il fait pour se contenir qu’à cause de la chaleur.

       Mais Jude l’interrompt :

       « Tu évalues les autres selon ta propre mesure ? Cherche donc à être toi-même une “ nullité ” comme le sont mon frère Jacques et Jean, fils de Zébédée, et il n’y aura plus d’imperfections dans le groupe des apôtres.

       – N’ai-je pas raison ? L’imperfection, c’est moi. Ah ! c’en est trop ! Mais c’en est…

       – Oui, en effet je crois que Joseph nous a fait boire trop de vin… et avec cette chaleur, cela fait mal… Cela fait tourner le sang… » intervient très calmement Thomas pour changer en plaisanterie la dispute qui s’enflamme.

       410.2 Mais Pierre a épuisé ses ressources en patience. Serrant les dents, fermant les poings pour continuer de se dominer, il dit :

       « Ecoute, mon garçon. Il n’y a qu’un conseil à te donner : prends de la distance un moment…

       – Moi ? Moi, me séparer de vous ? Sur ton ordre ? Seul le Maître peut me donner des ordres, et c’est à lui seul que j’obéis. Qui es-tu, toi ? Un pauvre…

       – Pêcheur, ignorant, rustre, bon à rien. Tu as raison… Je n’ai pas besoin de toi pour me le dire. Et devant notre Yahvé omniprésent et qui voit tout, je t’assure que je préférerais la dernière place à la première ; j’affirme que je voudrais te voir, toi, ou tout autre à ma place — mais plutôt toi, pour que tu sois délivré du monstre de la jalousie qui te rend injuste —, et n’avoir qu’à obéir, à t’obéir, mon garçon… Et sois sûr que cela me coûterait moins d’effort que de devoir te parler en tant que “ premier ”. Mais c’est lui, le Maître, qui m’a établi le “ premier ” parmi vous… Et c’est à lui que je dois obéir pour commencer, à lui plus qu’à tout autre… Et toi, tu dois obéir. Et avec mon bon sens de pêcheur, je te dis, non pas de te séparer, comme tu l’as compris en voyant du feu dans mes paroles les plus fraîches, mais de t’éloigner pour un peu de temps, de rester seul, de réfléchir… Tu te tenais bien derrière tout le monde, de Béther à la vallée ? Fais de même maintenant aussi… Le Maître marche en tête… toi en dernier… Nous autres sommes au milieu… les nullités… Il n’y a rien de mieux que rester seul pour comprendre et se calmer… Crois-moi… cela vaut mieux pour tous, et pour toi d’abord… »

       Il le saisit par le bras et le tire hors du groupe, en ajoutant :

       « Reste ici pendant que nous rejoignons le Maître. Et puis… avance lentement, lentement… et tu verras passer… ton orage. »

       Et il le plante là pour rejoindre ses compagnons qui ont avancé de quelques mètres.

       410.3 « Ouf ! J’ai plus transpiré en lui parlant qu’en marchant… Quel caractère ! Mais pourra-t-on un jour obtenir quelque chose de lui ?

       – Jamais, Simon. Mon Frère s’obstine à le garder. Mais… il n’en fera jamais rien de bon, lui répond Jude.

       – C’est un vrai fléau que nous avons parmi nous ! » murmure André, qui achève : « Jean et moi, nous en avons presque peur et nous nous taisons toujours par crainte d’autres disputes.

       – C’est en effet la meilleure façon de faire, dit Barthélemy.

       – Moi, je n’arrive pas à me taire, avoue Jude.

       – J’y arrive mal moi aussi… Mais j’ai trouvé un truc pour le faire, déclare Pierre.

       – Lequel ? Lequel ? Apprends-nous ! disent-ils tous.

       – En travaillant comme un bœuf à la charrue. Un travail inutile, sûrement… mais qui me sert à me faire déverser ce qui bout en moi sur… quelque chose qui ne soit pas Judas.

       – Ah, j’ai compris ! C’est pour cela que tu as fait cette hécatombe d’arbustes à la descente de la vallée, hein ? lui demande Jacques, fils de Zébédée.

       – Oui… Mais aujourd’hui… ici… je n’avais rien à briser sans faire de dégâts. Il n’y a que des arbres fruitiers, et ç’aurait été dommage de les saccager… J’ai fait trois fois plus de efforts à… me briser moi-même… pour ne pas être le vieux Simon de Capharnaüm… J’en ai les os tout endoloris… »

       Barthélemy et Jude ont le même mouvement et les mêmes paroles : ils embrassent Pierre en s’écriant :

       « Et tu t’étonnes que Jésus t’ait donné la première place parmi nous ? Tu es pour nous un maître…

       – Moi ? Pour ça ? Cette bagatelle ! Je suis un pauvre homme… Mais je vous demande seulement de m’aimer en me donnant de bons conseils, des conseils affectueux et simples, de l’amour et de la simplicité pour que je devienne comme vous… Et uniquement par amour pour Jésus, qui a déjà tant de peines…

       – Tu as raison. Faisons en sorte, nous au moins, de ne pas lui en causer ! s’exclame Matthieu.

       – J’ai eu très peur quand Jeanne l’a appelé. Vous ne savez vraiment rien, vous deux qui étiez partis en avant ? demande Thomas.

       – Non, rien du tout. Mais nous avons pensé intérieurement que c’était celui qui est derrière qui… en a fait une belle, répond Pierre.

       – Tais-toi ! J’ai eu la même idée en entendant le Maître parler le jour du sabbat, avoue Jude.

       – Moi aussi, ajoute Jacques, fils de Zébédée.

       – Tiens !… Cela ne m’était pas venu à l’esprit… pas même en voyant Judas si sombre, ce soir-là, et aussi grossier, il faut bien le dire, remarque Thomas.

       – Bon ! N’en parlons plus. Et cherchons à… le rendre meilleur par beaucoup d’amour et de sacrifices, comme nous l’a appris Marziam…, dit Pierre.

       410.4 – Que peut bien faire Marziam ? demande André en souriant.

       – Nous serons bientôt avec lui. Je meurs d’impatience… ces séparations me coûtent vraiment.

       – Qui sait pourquoi le Maître les veut. Désormais… Marziam pourrait rester avec nous. Ce n’est plus un enfant et il n’est pas délicat, observe Jacques, fils de Zébédée.

       – Et puis… s’il a fait tant de chemin l’an passé alors qu’il était si grêle, à plus forte raison le pourrait-il maintenant, constate Philippe.

       – Je suppose que c’est pour lui éviter d’assister à certaines scènes déplaisantes…, dit Matthieu.

       – Ou pour lui éviter certains contacts…, murmure Jude qui ne supporte vraiment pas Judas.

       – Peut-être avez-vous raison tous les deux, dit Pierre.

       – Mais non ! Il doit attendre d’avoir achevé sa croissance ! Vous verrez que l’an prochain il sera avec nous, affirme Thomas.

       – L’an prochain ! Le Maître sera-t-il encore avec nous ? » demande Barthélemy, pensif. « Ses discours me semblent si… suggestifs…

       – Ne parle pas de ça ! supplient les autres.

       – Je ne voudrais pas en parler, mais s’en abstenir n’éloigne pas ce qui est écrit.

       – Eh bien… Raison de plus pour nous de devenir bien meilleurs pendant ces mois… pour ne pas le faire souffrir et pour être prêts. Je veux lui dire que, maintenant que nous allons prendre du repos en Galilée, il nous instruise beaucoup, beaucoup, spécialement nous les douze… Nous allons bientôt arriver…

       – Oui, et il me tarde d’y être. Je suis âgé, et ces marches, par cette chaleur, me causent beaucoup d’ennuis secrets, avoue Barthélemy.

       – A moi aussi. J’ai été un dépravé et je suis plus vieux que l’on ne pense en comptant les années. La débauche… hein ! Maintenant je la ressens toute dans mes os… Et puis nous, fils de Lévi, nous souffrons de douleurs, vraiment par nature…

       410.5 – Quant à moi, j’ai été malade pendant des années… et cette vie, dans les cavernes, avec une nourriture peu abondante et misérable… tout cela se ressent…, se plaint Simon le Zélote.

       – Mais tu dis habituellement que, depuis que tu as été guéri, tu t’es toujours senti fort ? » demande derrière lui Judas qui les a rejoints. « L’effet du miracle est peut-être fini pour toi ? »

       Simon fait une moue typique sur son visage laid et expressif. Il semble dire : “ Il est ici ! Seigneur, donne-moi la patience ! ” Mais il répond avec la plus grande politesse :

       « Non. L’effet du miracle n’est pas terminé. Cela se voit, d’ailleurs : je n’ai plus été malade, je suis fort, résistant. Mais les années sont les années et les fatigues sont les fatigues. Et ces chaleurs qui nous mettent en nage comme si nous étions tombés dans un fossé, puis ces nuits qu’on peut dire glaciales en comparaison de la chaleur du jour, et qui gèlent la sueur sur nous, alors que la rosée finit d’humidifier nos vêtements déjà trempés de sueur, tout cela ne me fait sûrement pas de bien. Il me tarde donc d’être au repos pour m’occuper un peu de moi. Le matin, surtout si on dort à la belle étoile, je suis tout endolori. Si je deviens complètement malade, à quoi puis-je servir ?

       – A souffrir. Jésus dit que la souffrance vaut le travail et la prière, lui répond André.

       – D’accord, mais je préférerais le servir par l’apostolat, et…

       – Et tu es fatigué, toi aussi. Avoue-le. Tu en as assez de continuer cette vie sans la perspective d’heures agréables, mais au contraire avec la probabilité de persécutions et… de défaites. Tu commences à réfléchir que tu risques de redevenir un proscrit, dit Judas.

       – Je ne réfléchis à rien. Je dis seulement que je sens que je vais tomber malade.

       – Comme il t’a guéri une fois !… »

       Judas a un rire ironique.

       410.6 Barthélemy sent l’imminence d’une autre prise de bec et la détourne en appelant Jésus.

       « Maître ! Il n’y a rien pour nous ? Tu es toujours en avant !…

       – Tu as raison, Barthélemy. Mais nous allons nous arrêter. Tu vois cette petite maison ? Allons-y, car le soleil est trop fort. Nous reprendrons la route ce soir. Il faut nous hâter de retourner à Jérusalem, car la Pentecôte est toute proche.

       – De quoi discutiez-vous ? demande Jude à son frère.

       – Imagine-toi donc ! Nous avions commencé à parler de Joseph d’Arimathie, et nous en sommes arrivés à évoquer l’ancien domaine de Joachim à Nazareth et son habitude, tant que cela lui fut possible, de garder pour lui la moitié des récoltes et de donner le reste aux pauvres, chose dont les anciens de Nazareth se souviennent fort bien. Que de privations pour ces deux justes qu’étaient Anne et Joachim ! Forcément, ils ont obtenu le miracle d’une fille, de cette Fille !… Et Jésus et moi, nous nous remémorions nos années d’enfance… »

       La conversation continue tandis qu’ils se dirigent vers la maison au milieu des champs ensoleillés.

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