Une initative de
Marie de Nazareth

Le courage de Marie de Magdala

vendredi 16 mars 29
Jérusalem

Vision de Maria Valtorta

       372.1 Dans le palais de Lazare, transformé en dortoir pour cette nuit, on voit des hommes assoupis un peu partout, mais pas de femmes. Peut-être les a-t-on conduites dans les pièces de l’étage. L’aube claire blanchit lentement Jérusalem, pénètre dans les cours du palais, éveille les premiers pépiements timides dans les feuillages des arbres qui les ombragent, et les premiers roucoulements des pigeons qui dorment dans l’encadrement de la corniche. Mais les hommes ne s’éveillent pas. Fatigués et rassasiés de nourriture et d’émotions, ils dorment et rêvent…

       Jésus sort sans bruit dans le vestibule et, de là, passe dans la cour d’honneur. Il se lave à une fontaine claire qui chante au centre, dans un carré de myrte au pied duquel poussent de petits lys très semblables à ce qu’on appelle des muguets français. Il met de l’ordre dans sa toilette et, toujours silencieusement, se dirige vers l’escalier qui mène aux étages supérieurs et à la terrasse au-dessus de la maison. Il y monte pour prier, pour méditer…

       Il va et vient à pas lents ; il n’y a pour le voir que les pigeons qui, en allongeant le cou et en s’inclinant, semblent se demander l’un à l’autre : “ Qui est-ce ? ” Puis il s’appuie au muret et se tient recueilli, immobile. Enfin il lève la tête, peut-être surpris par le premier rayon du soleil levant, derrière les collines qui cachent Béthanie et la vallée du Jourdain, et il contemple le panorama qui s’étend à ses pieds.

       372.2 Le palais de Lazare est certainement sur l’une des si nombreuses buttes qui font des rues de Jérusalem une succession de montées et de descentes, spécialement dans les moins belles. Il se dresse presque au centre de la ville, mais légèrement vers le sud-ouest.

       Il se trouve sur une belle route qui débouche sur le Siste, formant avec lui un T, et domine la ville basse. En face de lui, Bézéta, le mont Moriah et l’Ophel, et derrière ceux-ci la chaîne de l’Oliveraie ; en arrière, et appartenant déjà à l’endroit où le palais de Lazare se trouve, s’élève le mont Sion, tandis que sur les deux côtés le regard s’étend au sud vers les collines du midi, et qu’au nord Bézéta cache une grande partie du panorama. Mais au-delà de la vallée du Gihôn, la tête chauve et jaunâtre du Golgotha émerge dans la lumière rosée de l’aurore, toujours lugubre, même dans cette lumière joyeuse.

       Jésus la contemple… Son regard, bien que plus viril et plus pensif, me rappelle celui de Jésus à douze ans, dans la vision — il y a longtemps — de son entretien avec les docteurs. Mais maintenant comme alors, ce n’est pas un regard effrayé. Non : c’est le digne regard d’un héros qui examine le champ de sa dernière bataille.

       Puis il se tourne pour scruter les collines au sud de la ville et il dit : “ La maison de Caïphe ! ” et, des yeux, il trace tout un itinéraire de cet endroit à Gethsémani, puis au Temple, et encore au-delà de l’enceinte de la ville vers le Calvaire… Le soleil, pendant ce temps, s’est levé et la ville en est tout illuminée…

       372.3 Une série ininterrompue de coups vigoureux retentissent alors sur le portail du palais. Jésus se penche pour observer, mais la corniche fait fortement saillie, alors que le portail est très en retrait dans le mur épais, aussi ne peut-il voir qui frappe. En revanche, il entend aussitôt les cris des dormeurs qui se réveillent pendant que le portail ouvert par Lévi se referme avec fracas. Puis il entend son nom prononcé par bon nombre de voix d’hommes et de femmes… Il se hâte de descendre pour leur dire :

       « Me voici. Que voulez-vous ? »

       Dès qu’ils l’entendent, ceux qui l’appelaient prennent d’assaut l’escalier au pas de course et en criant. Ce sont les apôtres et les plus anciens disciples ; au milieu d’eux se trouve Jonas, le gardien de Gethsémani. Ils parlent tous à la fois, et on ne comprend rien.

       Jésus doit leur imposer fermement de s’arrêter et de se taire pour pouvoir les calmer. Il les rejoint pour leur demander aussitôt :

       « Que se passe-t-il ? »

       Autre vacarme produit par l’émotion, inutile car incompréhensible. Derrière ceux qui crient, apparaissent des visages effrayés ou stupéfaits de femmes et de disciples…

       « Ne parlez qu’un seul à la fois. Toi, Pierre, commence.

       – Jonas est venu… Il a dit qu’ils étaient très nombreux et qu’ils t’ont cherché partout. Lui a été mal toute la nuit et, à l’ouverture des portes, il s’est rendu chez Jeanne et a appris que tu te trouvais ici. Mais qu’allons-nous devenir ? Il nous faut pourtant faire la Pâque ! »

       Jonas de Gethsémani corse la nouvelle :

       « Oui, ils m’ont même maltraité. J’ai dit que je ne savais pas où tu étais, que peut-être tu n’allais pas rentrer. Mais ils ont vu vos vêtements et ils ont compris que vous alliez revenir à Gethsémani. Ne me fais pas de mal, Maître ! Je t’ai toujours logé avec amour et, cette nuit j’ai souffert à cause de toi. Mais… mais…

       – N’aie pas peur ! Je ne te mettrai plus en danger dorénavant. Je ne séjournerai plus dans ta maison. Je me bornerai à venir en passant, pendant la nuit, pour prier… Tu ne peux pas me défendre cela… »

       Jésus est très doux envers Jonas de Gethsémani, qui est tout apeuré.

       372.4 Mais la voix d’or de Marie de Magdala l’interrompt avec véhémence :

       « Depuis quand, homme, as-tu oublié que tu es serviteur et que c’est notre bienveillance qui te permet de te donner des airs de maître ? A qui appartiennent la maison et l’oliveraie ? Nous seuls pouvons dire au Rabbi : “ Ne viens pas causer du tort à nos biens. ” Mais nous ne le faisons pas. Car ce serait un très grand bien si, pour le chercher, lui, les ennemis du Christ détruisaient les arbres, les murs et même faisaient s’écrouler les corniches : en effet, tout serait détruit pour avoir accueilli l’Amour, et l’Amour nous donnerait son amour, à nous ses fidèles amis. Qu’ils viennent donc ! Qu’ils piétinent ! Qu’ils détruisent ! Qu’est-ce que cela fait ? Il suffit que le Maître nous aime et qu’il soit indemne ! »

       Jonas est pris entre la peur des ennemis et celle de sa fougueuse maîtresse, et il murmure :

       « Et s’ils font du mal à mon fils ?… »

       Jésus le réconforte :

       « Ne crains rien, te dis-je. Je n’y séjournerai plus. Tu peux dire à ceux qui t’interrogent que le Maître n’habite plus à Gethsémani… Non, Marie ! C’est bien ainsi. Et laisse-moi faire ! Je te suis reconnaissant de ta générosité… Mais ce n’est pas mon heure, ce n’est pas encore mon heure ! Je suppose qu’il y avait des pharisiens…

       – Et des membres du Sanhédrin, et des hérodiens, et des sadducéens… et des soldats d’Hérode… et… tous… tous… Je ne peux m’empêcher de trembler de peur… Pourtant, tu le vois, Seigneur ? J’ai couru te prévenir… chez Jeanne… puis ici… »

       L’homme tient à faire remarquer que c’est en risquant sa tranquillité qu’il a rempli son devoir envers le Maître. Jésus sourit avec bonté, l’air compatissant :

       « Je le vois ! Je le vois ! Que Dieu t’en récompense. Maintenant, rentre en paix chez toi. Je te ferai savoir où envoyer les sacs, ou bien j’enverrai moi-même quelqu’un les chercher. »

       L’homme s’en va et, sauf Jésus et Marie très-sainte, personne ne lui épargne reproches et sarcasmes. Ceux de Pierre sont salés, ceux de Judas très salés, ceux de Barthélemy ironiques. Jude ne dit mot, mais il lui jette un de ces coups d’œil ! Les murmures et les regards moqueurs l’accompagnent même dans les rangs des femmes, pour se terminer à la fusée finale de Marie de Magdala qui répond à l’inclination du serviteur paysan :

       « Je ferai savoir à Lazare que pour le banquet… il doit aller se procurer des poulets bien engraissés sur les terres de Gethsémani.

       – Je n’ai pas de poulailler, maîtresse.

       – Toi, Marc et Marie : trois magnifiques chapons ! »

       Tout le monde se met à rire de cette sortie sans douceur et… expressive de Marie, sœur de Lazare, confuse de voir apeurés des gens qui dépendent d’elle, et furieuse de la gêne que va subir le Maître, obligé de perdre le nid douillet du Gethsémani.

       « Ne te fâche pas, Marie ! Paix ! Paix ! Tout le monde n’a pas ton cœur ! 

       – Oh ! non, malheureusement ! Si tous pouvaient avoir mon cœur, Rabbouni ! Même les lances et les flèches décochées contre moi ne me sépareraient pas de toi ! »

       Un murmure court parmi les hommes… Marie le saisit et répond vivement :

       « Oui. Nous le verrons ! Et espérons que ce sera bientôt, si cela peut servir à vous apprendre le courage. Rien ne me fera peur, si je peux servir mon Rabbi ! Servir ! Oui, servir ! Et c’est aux heures du danger que l’on sert, mes frères ! Aux autres… ce n’est pas servir ! C’est jouir !… Et ce n’est pas pour le plaisir que l’on doit suivre le Messie ! »

       Les hommes baissent la tête, piqués par cette vérité.

       372.5 Marie traverse les rangs et vient se placer en face de Jésus.

       « Que décides-tu, Maître ? C’est la parascève. Où vas-tu passer la Pâque ? Ordonne… et, si j’ai trouvé grâce auprès de toi, permets-moi de t’offrir un de mes cénacles, de penser à tout…

       – Tu as trouvé grâce auprès du Père des Cieux, grâce donc auprès du Fils du Père, pour lequel tout mouvement du Père est sacré. Mais si j’accepte le cénacle, laisse-moi aller au Temple pour immoler l’agneau, en bon juif…

       – Et s’ils t’arrêtent ? demandent plusieurs.

       – Ils ne me prendront pas. La nuit, dans l’obscurité, comme le font les scélérats, ils peuvent l’oser, mais au milieu des foules qui me vénèrent, non. Ne devenez pas lâches !

       – Et puis, maintenant, il y a Claudia ! » s’écrie Judas. « Le Roi et le Royaume ne sont plus en péril !

       – Judas, je t’en prie ! Ne les fais pas s’effondrer en toi ! Ne leur dresse pas d’embûches en toi. Mon Royaume n’est pas de ce monde. Je ne suis pas un roi comme ceux qui sont sur les trônes. Mon Royaume est spirituel. Si tu le réduis à la petitesse d’un royaume humain, tu lui dresses des embûches et tu le fais s’effondrer en toi.

       – Mais Claudia…

       – Claudia est une païenne. Elle ne peut donc connaître la valeur de l’esprit. C’est déjà beaucoup qu’elle voie et soutienne celui qui, pour elle, est un sage… Nombreux sont ceux en Israël qui ne me prennent même pas pour un sage !… Mais tu n’es pas païen, mon ami ! fais en sorte que ta rencontre providentielle avec Claudia ne te sois pas dommageable. De même, veille à ne pas te comporter de telle sorte qu’un don de Dieu, destiné à raffermir ta foi et ta volonté de servir le Seigneur, devienne pour toi un malheur spirituel.

       – Et comment cela serait-il possible, Seigneur ?

       – Facilement. Et pas en toi seulement. Si un don accordé pour venir au secours de la faiblesse de l’homme, au lieu de le fortifier et de lui faire désirer toujours plus le bien surnaturel ou même simplement le bien moral, en vient à l’appesantir du poids des appétits humains et à l’écarter de la voie droite, pour prendre des chemins qui le font descendre, alors ce don devient un dommage. L’orgueil suffit pour que cela se produise. Il suffit pour cela d’être désorienté par une chose qui vous exalte et vous fait perdre de vue la Fin suprême et bonne. En es-tu convaincu ? La démarche de Claudia doit seulement te donner l’occasione de réfléchir à son parcours : si une païenne a senti la grandeur de ma doctrine et la nécessité de son triomphe, toi, et tous les disciples avec toi, c’est avec une plus grande force que vous devez sentir tout cela et, en conséquence, vous y donner tout entiers. Mais toujours spirituellement. Toujours…

       372.6 Et maintenant, prenons une décision. Où dites-vous qu’il serait bien de consommer la Pâque ? Je veux que votre âme soit en paix pour cette Cène rituelle, pour entendre Dieu qu’on n’entend pas dans le trouble. Nous sommes nombreux, mais il me serait doux que nous soyons tous ensemble, afin que vous puissiez dire : “ Nous avons consommé une Pâque avec lui. ” Choisissez donc un endroit où, en nous divisant selon les règles rituelles de façon à former des groupes suffisants pour consommer chacun son propre agneau, on puisse pourtant dire : “ Nous étions unis, et chacun pouvait entendre la voix de l’autre. ” »

       On cite tel ou tel endroit. Mais les sœurs de Lazare l’emportent.

       « Oh, Seigneur ! Ici ! Nous enverrons chercher notre frère. Ici ! les salles et les pièces sont nombreuses. Nous serons ensemble, en suivant le rite. Accepte, Seigneur ! Le palais a des salles qui peuvent recevoir au moins deux cents personnes réparties par groupes de vingt. D’ailleurs, nous ne sommes pas si nombreux. Fais-nous ce plaisir, Seigneur ! Pour notre Lazare si triste… si malade… » Les deux sœurs pleurent en achevant : «… qu’on ne peut penser qu’il passe une autre Pâque…

       – Qu’en dites-vous ? Pensez-vous qu’il faut l’accorder à nos sœurs si bonnes ? dit Jésus en s’adressant à tous.

       – Moi, je dirais que oui, fait Pierre.

       – Moi aussi » approuve Judas, en même temps que beaucoup d’autres.

       Ceux qui ne disent rien consentent.

       « Chargez-vous-en, alors. Quant à nous, allons au Temple pour montrer que celui qui est sûr d’obéir au Très-Haut n’a pas peur et n’est pas un lâche. Allons, et paix à ceux qui restent. »

       Jésus descend le reste de l’escalier, traverse le vestibule et sort avec ses disciples dans la rue pleine de monde.

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