Une initative de
Marie de Nazareth

L’hostilité de Massada, cité-forteresse

lundi 16 avril 29
Masada

Vision de Maria Valtorta

       392.1 Ils sont en train de monter par un sentier de chèvres vers une ville qui semble être un nid d’aigle sur un sommet alpin. Ils grimpent avec beaucoup de difficultés, de l’occident vers l’orient, en tournant le dos à une chaîne de montagne ininterrompue qui fait déjà partie de l’ensemble des monts de Judée. Par une avancée puissante, semblable au contrefort d’une muraille colossale, elle s’avance vers l’extrémité sud de la rive occidentale de la Mer Morte. C’est vraiment un pic élevé, solitaire, escarpé, tels que les aiment les aigles pour leurs amours royales, dédaigneux des témoins et de toute société.

       « Quel chemin, mon Dieu ! gémit Pierre.

       – Pire encore que celui de Jiphtaël, confirme Matthieu.

       – Cependant, ici il ne pleut pas, il n’y a pas d’humidité, on ne glisse pas. C’est déjà quelque chose… constate Jude.

       – Hé ! oui ! C’est une consolation… Mais il n’y a pas que cela. Pas de danger que les ennemis te prennent ! Ce n’est pas l’homme qui peut te faire tomber, il y faudrait un tremblement de terre ! dit Pierre en s’adressant à la cité-forteresse, ceinturée par l’anneau étroit de ses défenses, avec ses maisons tassées, serrées les unes contre les autres comme les grains d’une grenade dans l’écrin de sa peau épaisse.

       – Tu crois cela, Pierre ? demande Jésus.

       – Si je le crois ? Bien plus, je le vois ! »

       Jésus hoche la tête et ne réplique rien.

       « Il aurait peut-être mieux valu arriver du côté de la mer. Si Simon avait été là… lui, il connaît ces parages, soupire Barthélemy, qui n’en peut plus.

       – Quand nous serons dans la ville et que vous verrez l’autre chemin, vous me remercierez d’avoir choisi celui-là. Par ici, un homme peut monter, quoique avec difficulté. Par l’autre sentier, une chèvre y parvient difficilement, répond Jésus.

       – Comment le sais-tu ? Quelqu’un t’en a-t-il parlé, ou bien… ?

       – Je le sais. D’ailleurs, c’est de ce côté que se trouve la bru d’Ananias. Je veux d’abord lui parler.

       – Maître… il n’y aura pas des dangers là-haut ?… C’est que… d’ici, il est impossible de sortir rapidement, et s’ils nous poursuivent… nous ne rentrerons plus chez nous. Regarde ces précipices et ces pierres tranchantes ! dit Thomas.

       – Ne craignez rien. Nous n’allons pas trouver une Engaddi — il y en a bien peu en Israël —, mais il ne nous arrivera rien de mal.

       – C’est que… tu sais que c’est une forteresse d’Hérode ?

       – Eh bien ? N’aie pas peur, Thomas ! Tant que ce n’est pas l’heure, rien n’arrive de vraiment grave. »

       392.2 Après une longue marche, ils parviennent enfin près des murs à l’aspect peu engageant. Le soleil est maintenant très haut, mais l’altitude tempère la chaleur.

       Ils entrent dans la cité en passant sous l’arche d’une porte étroite, sombre. Les murs des bastions sont puissants, avec des tours épaisses et des meurtrières.

       « Quel piège à gibier ! lance Matthieu.

       – Moi, je pense aux malheureux qui ont transporté ici ces matériaux, ces blocs, ces plaques de fer… dit Jacques, fils d’Alphée.

       – L’amour saint de la patrie et de l’indépendance ont rendu légers les fardeaux aux hommes de Jonathan Maccabée. L’amour pervers de soi-même et la terreur de la colère du peuple a imposé un joug pesant, non à des sujets, mais à des gens tombés plus bas que des esclaves, par la folle volonté d’Hérode le Grand. Mais, baptisée dans le sang et les larmes, elle périra dans le sang et les larmes quand viendra l’heure de la punition divine.

       – Mais, Maître, les habitants y sont-ils pour quelque chose ?

       – Pour rien et pour tout. Quand les sujets rivalisent avec leurs chefs par les fautes ou les bonnes actions, ils partagent leurs récompenses ou leurs châtiments. 392.3Mais voici la maison : c’est la troisième de la seconde rue, avec le puits devant. Allons-y… »

       Jésus frappe à la porte fermée d’une maison haute et étroite. Un enfant lui ouvre.

       « Es-tu parent d’Ananias ?

       – Je porte son nom, car c’est le père de mon père.

       – Appelle ta mère. Dis-lui que je viens de la ville où se trouve Ananias et le tombeau de son époux défunt. »

       L’enfant part et revient.

       « Elle a répondu qu’elle n’a pas envie d’avoir des nouvelles du vieillard, et que tu peux t’en aller. »

       Jésus prend un visage très sévère.

       « Je ne partirai pas avant de lui avoir parlé. Mon enfant, va lui dire que Jésus de Nazareth, en qui croyait son mari, est ici, et qu’il veut s’entretenir avec elle. Dis-lui de ne pas avoir peur. Le vieil homme n’est pas avec nous… »

       Le garçon s’éloigne de nouveau. L’attente est longue. Des gens se sont arrêtés pour observer et certains interrogent les disciples. Mais l’ambiance est dure, indifférente ou ironique… Les apôtres essaient de se montrer polis, mais ils sont visiblement impressionnés. Et ils le sont davantage quand surviennent des notables de la cité et des gens armés, les uns et les autres avec des visages… de galériens qui n’inspirent guère confiance.

       Jésus, sur le seuil, adossé au chambranle, les bras croisés, attend patiemment, l’air absorbé.

       392.4 La femme arrive enfin. Grande, brune, l’œil dur, le profil accentué, elle n’est ni laide ni vieille, mais son expression lui en donne l’air.

       « Que veux-tu ? Dépêche-toi, j’ai à faire, dit-elle avec hauteur.

       – Je ne veux vraiment rien, rassure-toi. Je t’apporte seulement le pardon d’Ananias, son affection, sa prière…

       – Je ne le reprends pas ! Inutile de m’en prier. Je ne veux pas de vieux pleurnicheurs. Tout est fini entre nous. Du reste, je vais bientôt me remarier et je ne puis imposer ce grossier paysan à la maison d’un riche. J’en ai assez de l’erreur d’avoir accepté d’épouser son fils ! Mais j’étais alors une jeune sotte et je ne regardais qu’à la beauté de l’homme. Malheur à moi ! Malheur à moi ! Qu’il soit maudit, le motif qui l’a mis sur mon chemin ! Que soit anathème jusqu’au souvenir de… »

       On dirait une machine…

       « Assez ! Respecte les vivants et les morts que tu ne méritais pas d’avoir, femme plus aride qu’un silex. Malheur à toi ! Oui, malheur ! Car tu n’as aucun amour pour le prochain, donc Satan est en toi. Mais tremble, femme ! Tremble que les larmes du vieillard, que celles de ton époux, que tu as certainement accablé par ton manque d’amour, ne deviennent une pluie de feu sur ce qui t’est cher ! Tu as des enfants, femme !…

       – Des enfants ! Ah ! si je pouvais ne pas en avoir ! Même ce dernier lien serait rompu ! Du reste, je ne veux rien entendre. Je ne veux pas t’écouter. Va-t’en ! Je suis chez moi, dans la maison de mon frère. Je ne te connais pas. Je ne veux pas me rappeler le vieillard. Je ne… »

       Elle crie comme une pie plumée toute vivante. C’est une véritable harpie…

       « Prends garde à toi ! dit Jésus.

       – Tu me menaces ?

       – Je te rappelle à Dieu, à sa Loi, par pitié pour ton âme. Quels enfants veux-tu élever avec ces sentiments ? Ne crains-tu pas le jugement de Dieu ?

       – Oh, assez ! Saül, va appeler mon frère et dis-lui de venir avec Jonathas. Je vais t’en faire voir ! A toi…

       – Non, pas besoin. Ton âme ne sera pas forcée par Dieu. Adieu. »

       Et Jésus, fendant la foule, s’éloigne.

       392.5 La rue est étroite entre les hautes maisons. Mais l’essentiel de la défense de la ville, conçue dans ce but, se trouve dans sa partie orientale, où elle surplombe tout sur des centaines de mètres et où l’étroit ruban d’un sentier qui serpente, d’une raideur vraiment impressionnante, monte de la plaine, des rives de la mer, vers le sommet du pic.

       C’est justement là que Jésus va. Il s’y trouve une petite place pour les machines de guerre. Il commence à parler en répétant une nouvelle fois son invitation au Royaume des Cieux, dont il donne les grandes lignes.

       Il s’apprête à les développer quand, se frayant un chemin dans la petite foule plus curieuse que croyante, s’avancent des notables qui discutent entre eux. A peine arrivent-ils en face de Jésus, que, parlant confusément et n’ayant en commun que l’intention de le chasser, ils lui ordonnent :

       « Va-t’en ! Ici, il y a assez de nous pour éduquer les fils d’Israël.

       – Va-t’en ! Nos femmes n’ont pas besoin de subir des reproches de ta part, galiléen !

       – Va-t’en, perturbateur ! Comment te permets-tu de t’en prendre à la femme d’un hérodien, dans l’une des villes préférées du grand Hérode ? Tu as usurpé, dès ta naissance, ses droits souverains ! Hors d’ici ! »

       Jésus les regarde, spécialement ces derniers, et leur dit un seul mot :

       « Hypocrites !

       – Vas-tu filer ! »

       C’est un vrai tumulte de voix discordantes. Chacun pour son compte accuse ou défend sa caste. On ne comprend plus rien. Sur l’étroite petite place, des femmes crient et s’évanouissent, des enfants pleurent, des hommes armés cherchent à se frayer un chemin en descendant de la forteresse proprement dite. Ce faisant, ils blessent des gens entassés sur la place qui réagissent en lançant des imprécations contre Hérode et ses soldats, contre le Messie et ses disciples. C’est un beau vacarme ! Les apôtres, serrés autour de Jésus, les seuls à le défendre plus ou moins courageusement, lancent à leur tour des injures salées, et il y en a pour tous.

       Jésus les appelle :

       « Sortons d’ici. Faisons le tour par derrière la ville et nous nous en irons…

       – Et pour toujours, tu sais ? Pour toujours ! hurle Pierre, rouge de colère.

       – Oui, pour toujours… »

       Ils défilent, l’un derrière l’autre, et le dernier, malgré les instances des siens, c’est Jésus. Les gardes, tout en se moquant du “ prophète éconduit ” — comme ils disent en faisant toutes sortes de plaisanteries —, ont assez de bon sens pour se hâter de fermer la porte des remparts et s’y adosser, leurs armes tournées vers la place.

       392.6 Jésus marche sur un étroit sentier qui longe les murs, un sentier large de deux paumes ; au-dessous, c’est le vide, la mort. Les apôtres le suivent en évitant de regarder l’abîme effrayant.

       Et les voilà de nouveau devant la porte par laquelle ils sont entrés. Jésus, sans s’arrêter, commence la descente. La cité a aussi fermé la porte de ce côté…

       A plusieurs mètres de la ville, Jésus s’arrête et pose la main sur l’épaule de Pierre,  qui dit en essuyant sa sueur :

       « Nous l’avons échappé belle ! Maudite ville ! Et maudite femme ! Ah ! pauvre Ananias ! Elle est pire que ma belle-mère ! Quel serpent !

       – Oui, elle a le cœur froid des serpents… Simon-Pierre, qu’en dis-tu ? Malgré toutes ses défenses, cette ville te paraît-elle sûre ?

       – Non, Seigneur. Elle n’a pas Dieu en elle. Je dis qu’elle aura le même sort que Sodome et Gomorrhe.

       – Tu as raison, Simon ! Elle est en train d’amonceler contre elle les foudres de la colère divine. Et ce n’est pas tant pour m’avoir chassé que parce que, chez elle, tous les commandements du Décalogue sont violés. Marchons, maintenant. Une grotte nous accueillera dans son ombre fraîche en ces heures de soleil. Et, au crépuscule, nous nous dirigerons vers Kérioth tant que la lune le permettra…

       – Mon Maître ! gémit Jean avec un sanglot inattendu.

       – Mais qu’as-tu ? » demandent tous les autres.

       Jean ne s’explique pas. Il pleure en se cachant le visage dans les mains, un peu penché… On dirait déjà le Jean torturé du jour de la Passion…

       « Ne pleure pas ! Viens ici… Nous avons encore de douces heures devant nous » dit Jésus en l’attirant à lui.

       Cela console son cœur, mais ses larmes augmentent.

       « Oh ! Maître ! Mon Maître ! Comment vais-je faire ? Comment vais-je faire ?

       – Mais pour quoi, mon frère ?

       – Pour quoi, mon ami ? » demandent Jacques et les autres.

       Jean hésite à parler, puis il lève la tête et, jetant ses bras au cou de Jésus et l’obligeant à se pencher vers son visage bouleversé, il crie et s’adresse à lui au lieu de répondre à ceux qui l’interrogent :

       « Pour te voir mourir !

       – Dieu viendra à ton secours, car tu es son enfant bien-aimé ! Son aide ne te fera pas défaut. Ne pleure plus. Allons ! Allons… »

       Et Jésus reprend la route en tenant par la main l’apôtre aveuglé par les larmes…

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