Une initative de
Marie de Nazareth

Judas se sent découvert

samedi 28 avril 29
Béther

Vision de Maria Valtorta

       402.1 Je ne sais pas comment je vais faire pour écrire, à bout de forces comme je le suis à cause de continuelles crises cardiaques de jour et de nuit… Mais je vois, donc je dois écrire.

       Je vois Jésus devant le palais de Jeanne à Béther. A cet endroit, le jardin qui précède la maison s’élargit en deux ailes vertes qui l’encerclent, formant ainsi une petite place semi-circulaire, sans plantations au milieu, mais entourée de grands arbres très vieux. Leur feuillage touffu frémit sous la brise qui souffle sur le sommet de cette colline, et ils projettent une ombre agréable pour protéger du soleil quand il est à l’occident. Sous les frondaisons, une haie de roses décrit un demi-cercle coloré et parfumé au bord de l’esplanade.

       C’est le crépuscule. En effet, à cause de la position élevée du château, on voit nettement que le soleil est descendu d’un arc important de son orbite sur l’horizon, et qu’il va se coucher derrière les montagnes à l’occident. André les montre à Philippe en rappelant la peur qu’ils ont éprouvée, là-bas à Bet-Ginna, de devoir annoncer le Seigneur. On comprend que c’est sur ces monts que se trouve cette ville où le Seigneur, il y a un an, a guéri la fille de l’hôtelier, au commencement de son voyage vers les rives de la Méditerranée, si j’ai bon souvenir. Je suis seule, je ne puis me faire donner les fascicules des mois écoulés pour vérifier, et ma tête n’arrive pas à s’en souvenir.

       Les apôtres sont tous présents. Je ne sais pas comment s’est passée la rencontre de Jésus avec Judas. En apparence, il semble être on ne peut mieux : son visage ne trahit pas de réserve ni d’altération, et il est désinvolte, gai, comme si de rien n’était. C’est au point qu’il se montre vraiment aimable même avec les serviteurs les plus humbles, ce qui ne lui arrive pas facilement et qui disparaît complètement quand il est préoccupé.

       Elise est présente, ainsi qu’Anastasica, certainement venue avec les apôtres et la servante d’Elise. Il y a encore Kouza, très obséquieux, qui tient Mathias par la main ; et Jeanne près d’Elise, avec la petite Marie à ses côtés. Jonathas se tient derrière sa maîtresse.

       Jésus est abrité du soleil — qui tape encore dur sur la façade occidentale — par une toile tendue au moyen de cordes et de poteaux, comme un baldaquin. En face de lui se tiennent tous les serviteurs et jardiniers de Béther, non seulement ceux qui sont au service habituel de la propriété, mais aussi les employés temporaires venus du village qui dépend du château. Ils sont à l’ombre du demi-cercle, préservés du soleil par le feuillage des arbres, silencieux, en rangs, attendant la bénédiction du Seigneur, qui semble prêt à partir dès que le crépuscule marquera la fin du sabbat.

       402.2 Jésus est maintenant un peu à part, en train de s’entretenir avec Kouza. Je ne sais pas ce qu’ils disent, car ils parlent à voix basse, mais je remarque que Kouza se confond en inclinations et en protestations, en mettant sa main droite sur sa poitrine comme pour dire : “ Tu as ma parole, tu peux être sûr que, pour mon compte ”, etc.

       Par discrétion, les apôtres se sont groupés dans un coin. Mais personne ne peut les empêcher de regarder. Sur la figure de Pierre et de Barthélemy, on devine le simple intérêt de celui qui sait un peu de quoi il s’agit. Les visages des autres, Judas excepté, expriment de l’appréhension, de la tristesse, en particulier chez Jacques, fils d’Alphée, chez Jean, Simon et André. Jude, l’air sévère, semble presque inquiet, et Judas, qui veut paraître désinvolte, inspecte plus attentivement que tous et semble vouloir déchiffrer, d’après les gestes et le mouvement des lèvres, ce que Jésus et Kouza peuvent bien se dire.

       Les femmes disciples, silencieuses, respectueuses, observent elles aussi. Jeanne esquisse un sourire involontaire, d’une tristesse un peu ironique, et elle semble avoir pitié de son époux quand Kouza, élevant la voix à la fin de l’entretien, proclame :

       « Ma dette de reconnaissance est telle qu’en aucune manière je ne pourrai jamais m’en acquitter. C’est pourquoi je t’accorde ce que j’ai de plus cher : ma Jeanne… Mais tu dois comprendre mon prévoyant amour pour elle… L’indignation d’Hérode… sa légitime défense… auraient éclaté en représailles sur nos biens, sur… sur notre influence… Or Jeanne est habituée à cette position, elle est délicate, elle en a besoin… Je veille sur ses intérêts. Mais, maintenant que je suis sûr qu’Hérode n’aura pas à s’emporter contre moi, comme si j’étais un serviteur complice de son ennemi, je te jure que je ne ferai rien d’autre que te servir avec une joie totale, en accordant à Jeanne une complète liberté…

       – C’est bien. Mais rappelle-toi que troquer les biens éternels contre un honneur humain provisoire, cela revient à échanger son droit d’aînesse contre un plat de lentilles. Et bien pire encore… »

       Les femmes disciples, mais aussi les apôtres ont entendu ces mots. A la plupart, ils font l’effet d’un discours académique, mais Judas y a trouvé une intonation particulière, si bien qu’il change de couleur et de physionomie, en jetant un regard à la fois effrayé et irrité sur Jeanne… Je comprends que Jésus ne lui a pas encore parlé de ce qui est arrivé, et que Judas commence seulement maintenant à soupçonner que son jeu est découvert.

       402.3 Jésus s’adresse à Jeanne :

       « Eh bien, maintenant faisons plaisir à ma bonne disciple. Comme tu l’as désiré, je parlerai à tes serviteurs avant de partir. »

       Il s’avance à la limite de l’ombre, qui s’allonge de plus en plus à mesure que le soleil descend — bien lentement — ; on dirait déjà une orange coupée à sa base, et cette coupure augmente tandis que l’astre disparaît derrière les montagnes de Bet-Ginna en laissant une rougeur de feu sur le ciel clair.

       « Mes chers amis Kouza et Jeanne, et vous, leurs bons serviteurs qui connaissez déjà le Seigneur par mon disciple Jonathas depuis de longues années, et aussi grâce à Jeanne depuis qu’elle est ma disciple fidèle, écoutez.

       J’ai fait mes adieux à tous les villages de Judée, où j’ai des disciples plus nombreux, grâce au travail des premiers d’entre eux, les bergers, et à la manière dont ils ont répondu au Verbe qui est passé en instruisant pour sauver. Maintenant, je prends congé de vous, car jamais plus je ne reviendrai dans ce magnifique eden. Sa beauté ne lui vient pas seulement des rosiers et de la paix qui y règne, pas seulement de la bonne maîtresse qui en est la reine, mais de ce que ici on croit au Seigneur et qu’on vit selon sa Parole. Un paradis ! Oui. Qu’était le paradis d’Adam et d’Eve ? Un magnifique jardin où l’on vivait sans pécher et où retentissait la voix de Dieu, aimée, accueillie avec joie par ses deux premiers enfants…

       402.4 Eh bien, je vous exhorte à veiller pour que n’arrive pas ce qui est survenu dans l’Eden : pour que ne s’y insinue pas le serpent du mensonge, de la calomnie, du péché, pour qu’il ne morde pas votre cœur en vous séparant de Dieu. Veillez et restez fermes dans la foi… Ne vous troublez pas. Ne faites pas d’actes d’incrédulité. Cela pourrait se produire, car le Maudit surgira, essaiera de pénétrer partout, comme il l’a déjà fait en beaucoup d’endroits, pour détruire l’œuvre de Dieu. Tant qu’il ne fait qu’y entrer, lui le Malin, l’Astucieux, l’Infatigable, et qu’il scrute, tend l’oreille, dresse des embûches, bave, tente de séduire, il y a encore peu de mal. Rien ni personne ne peut l’en empêcher. Il l’a bien fait au paradis terrestre… Mais le plus grand mal, c’est de le laisser séjourner sans le chasser. L’ennemi que l’on ne chasse pas finit par devenir le maître des lieux, car il s’y installe et y construit ses abris et ses citadelles. Faites-lui tout de suite la chasse, mettez-le en fuite avec l’arme de la foi, de la charité, de l’espérance dans le Seigneur. Mais le plus grand mal, le mal suprême, ensuite, c’est quand, non seulement on lui permet de vivre tranquillement parmi les hommes, mais quand on le laisse pénétrer de l’extérieur à l’intérieur, se faire un nid dans le cœur de l’homme. Ah ! dans ce cas… !

       Pourtant, beaucoup l’ont déjà accueilli dans leur cœur pour faire échec au Christ. Ils ont donné asile à Satan avec ses mauvaises passions en chassant le Christ. Si encore ils n’avaient pas eu la connaissance du Christ et de sa vérité, si elle avait été superficielle, comme on noue des relations entre voyageurs en se rencontrant au hasard d’une route, en ne se regardant souvent qu’un instant, en inconnus qui se voient pour la première et dernière fois, parfois pour échanger seulement quelques mots pour s’enquérir du bon chemin, pour demander une pincée de sel, de l’amadou pour allumer le feu ou un couteau pour apprêter la viande, si telle avait été la connaissance du Christ des cœurs qui, maintenant et davantage demain, de plus en plus, chassent le Christ pour faire place à Satan, on pourrait encore avoir pitié d’eux et les traiter avec miséricorde parce qu’ils sont dans l’ignorance du Christ. Mais malheur à ceux qui me connaissent pour ce que je suis réellement, qui se sont nourris de ma parole et de mon amour et maintenant me chassent pour accueillir Satan qui les séduit par des promesses trompeuses de triomphes humains dont la réalité sera l’éternelle damnation.

       Vous, vous qui êtes humbles et ne rêvez pas aux trônes ou aux couronnes, vous qui ne cherchez pas les gloires humaines, mais la paix et le triomphe de Dieu, son Royaume, son amour, la vie éternelle, et cela seulement, ne les imitez jamais. Veillez ! Veillez ! Gardez-vous purs de toute corruption, forts contre les insinuations, contre les menaces, contre tout. »

       Judas, qui a compris que Jésus sait quelque chose, est devenu un masque terreux. Ses yeux dardent des éclairs mauvais sur le Maître et sur Jeanne… Il se retire derrière ses compagnons, comme pour s’appuyer au mur. En réalité, il le fait pour cacher son dépit.

       402.5 Jésus reprend, après une brève interruption qui semble destinée à séparer la première partie de son instruction de la seconde :

       « Il fut un temps où Nabot de Jezréel possédait une vigne près du palais d’Achab, roi de Samarie. Comme il la tenait de ses aïeux, elle était très chère à son cœur, presque sacrée, car c’était l’héritage que lui avait laissé son père, après l’avoir reçu lui-même de son propre père, ce dernier du sien, et ainsi de suite. Des générations d’ancêtres avaient travaillé durement dans cette vigne pour la rendre toujours plus florissante et plus belle. Nabot l’aimait beaucoup. Achab lui dit : “ Cède-moi ta vigne qui jouxte ma maison : elle me sera très utile pour en faire un jardin pour moi et pour ceux qui vivent avec moi. En échange, je te donnerai une vigne meilleure, ou de l’argent si tu préfères. ” Mais Nabot répondit : “ Je regrette de te déplaire, ô roi, mais je ne peux te faire ce plaisir. Cette vigne est un héritage de mes pères et elle est sacrée à mes yeux. Dieu me garde de te céder le patrimoine de mes aïeux. ”

       Méditons cette réponse. Trop rares sont ceux qui réfléchissent à cela, en Israël. La plupart — ceux dont j’ai parlé tout à l’heure — chassent volontiers le Christ pour accueillir Satan, sans respect pour l’héritage de leurs ancêtres, pourvu qu’ils aient beaucoup d’argent ou de terrain — c’est-à-dire des honneurs à profusion et l’assurance de n’être pas supplantés facilement. Ils consentent donc à céder ce qui leur vient de leurs pères, c’est-à-dire l’idée messianique telle qu’elle est en vérité, comme elle a été révélée aux saints d’Israël : elle devrait être sacrée jusque dans ses moindres détails, pas négligée, ni altérée, ni rabaissée par des limitations humaines. Combien ne troquent-ils pas la lumineuse idée messianique, toute sainte et spirituelle, contre un fantoche de royauté humaine agité comme un épouvantail pour s’opposer aux autorités et à la vérité, et blasphémer contre elles !

       402.6 Moi, qui suis Miséricorde, je n’arrive pas à les condamner par les terribles malédictions de Moïse contre les transgresseurs de la Loi. Mais derrière la Miséricorde, il y a la Justice. Que nul ne l’oublie ! Pour ma part, — et si l’un d’eux se trouve dans l’assistance, qu’il reçoive de bonne grâce cet avertissement — je leur rappelle d’autres paroles de Moïse dites à ceux qui voulaient être plus grands que ce que Dieu avait fixé pour eux.

       Moïse dit à Coré, Datân et Abiram, qui se prétendaient égaux à Moïse et Aaron, et qui se révoltaient de n’être que des fils de Lévi dans le peuple d’Israël : “ Demain, le Seigneur fera connaître qui lui appartient et il fera approcher de lui les saints : ceux qu’il aura choisis s’avanceront vers lui. Mettez du feu dans vos encensoirs et, au-dessus, de l’encens en présence du Seigneur. Puis venez, vous et les vôtres, avec Aaron. Et nous verrons bien qui le Seigneur choisit. Vous passez la mesure, fils de Lévi ! ”

       En bons juifs, vous connaissez la réponse de Dieu à ceux qui voulaient s’élever un peu trop, en oubliant que Dieu seul choisit les places de ses fils, et élit avec justice, à la fonction exacte. Moi aussi, je dois dire : “ Certains veulent s’élever un peu trop haut et ils seront punis de telle sorte que les bons comprennent qu’ils ont blasphémé le Seigneur. ”

       Ceux qui troquent l’idée messianique, telle que l’a révélée le Très-Haut, contre leur pauvre idée, humaine, lourde, bornée, vindicative, ne ressemblent-ils pas aux hommes qui voulaient juger le saint qui était en Moïse et en Aaron ? A votre avis, ceux qui, pour atteindre leur but, la réalisation de leur pauvre projet, veulent d’eux-mêmes prendre des initiatives, en les prétendant orgueilleusement plus justes que celles de Dieu, ne veulent-ils pas trop s’élever et devenir illégalement race d’Aaron, alors qu’ils sont de la race de Lévi ? Ceux qui rêvent d’un pauvre roi d’Israël et le préfèrent au Roi des rois spirituel, ceux qui, à cause de leurs pupilles malades, sécrètent l’orgueil et la cupidité qui leur donnent une image déformée des vérités éternelles écrites dans les livres saints, et auxquels la fièvre d’une humanité pleine de désirs charnels rend incompréhensibles les paroles claires de la Vérité révélée, ne sont-ils pas de ces hommes qui vendent contre un rien sans valeur l’héritage de toute leur race ? L’héritage le plus sacré ?

       Mais si eux le font, moi, je n’échangerai pas l’héritage du Père et de nos ancêtres, et je mourrai fidèle à cette promesse qui existe depuis le moment où la Rédemption fut nécessaire, à cette obéissance qui est de toujours. Car je n’ai jamais déçu mon Père, et jamais je ne le ferai par peur d’une mort, si horrible soit-elle. Que mes ennemis fassent comparaître de faux témoins, qu’ils feignent des pratiques et un zèle parfaits, cela ne changera rien à leur crime et à ma sainteté. Mais ceux qui en seront complices après en avoir été corrompus, et croiront pouvoir étendre la main sur ce qui est à moi, trouveront sur la terre les chiens et les vautours qui dévoreront leur sang, leur corps, et en enfer les démons qui se repaîtront de leur esprit sacrilège et déicide.

       402.7 Je vous ai dit cela pour que vous le sachiez, pour que chacun le sache. Ainsi, que l’homme mauvais se repente, pendant qu’il peut encore le faire, à l’exemple d’Achab, et que le bon ne soit pas troublé à l’heure des ténèbres.

       Adieu, fils de Béther. Que le Dieu d’Israël soit toujours avec vous et que la Rédemption fasse descendre sa rosée sur un champ pur, afin qu’y germent toutes les semences répandues dans vos cœurs par le Maître qui vous a aimés jusqu’à la mort. »

       Jésus les bénit et les regarde s’en aller lentement.

       Le crépuscule est arrivé. Seule reste, en souvenir du soleil, une lueur rouge qui s’atténue lentement en violacé. Le repos sabbatique est fini.

       Jésus peut partir. Il embrasse les enfants, salue les femmes disciples, puis Kouza. Et sur le seuil du portail, il se retourne encore et dit à haute voix, de manière que tous entendent :

       « Je parlerai, quand je pourrai le faire, à ces créatures. Mais toi, Jeanne, veille à leur faire savoir ceci : je ne suis l’ennemi que du Péché, et je suis le Roi seulement des âmes. Souviens-t’en, toi aussi, Kouza. Et ne crains rien. Personne n’a rien à craindre de moi, pas même les pécheurs puisque je suis le Salut. Seuls les impénitents jusqu’à la mort auront à craindre du Christ, qui sera le Juge après avoir été le Tout Amour… Que la paix soit avec vous. »

       Il sort en premier, et commence la descente…

           Le dessin de Maria Valtorta, que nous reproduisons ici, se trouve sur un feuillet cousu à la dernière page manuscrite du chapitre suivant. On y lit les quatre points cardinaux et, dans le rond au sud-est, Béther.

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