Une initative de
Marie de Nazareth

La main guérissante de Jésus

dimanche 22 avril 29
Yutta

Vision de Maria Valtorta

       396.1 Ma joie d’aujourd’hui :

       Je vois un lieu montagneux. J’ignore où cela se trouve. Il y a une gorge au milieu de monts dont les contreforts encadrent une vallée, au fond de laquelle bondit un torrent plein d’écume. Il est étroit mais, comme tous les cours d’eau de montagne, il bouillonne de petites cascades. Bien en face de moi, il se dirige vers le sud. Au-delà d’une autre pente qui tombe à pic et d’une autre vallée, on aperçoit plusieurs hauteurs éloignées.

       Je comprends qu’il s’agit d’un groupe de hauteurs, pas très élevées, certes, mais plus que des collines. Cela ressemble à beaucoup d’endroits de nos Apennins, par exemple dans la vallée de Magra ou aux environs de Porretta. La végétation est plus propice à l’élevage des moutons qu’à toute autre culture. Des prés verts descendent en pente douce ou s’élèvent çà et là sur des escarpements dont les parties les plus basses semblent prendre, à cette heure du crépuscule — me semble-t-il —, une teinte violet indigo. Ce doit être le début de l’été, car l’herbe est belle, déjà haute, mais pas encore brûlée par le soleil.

       De l’endroit où je suis, je vois un chemin muletier grimper vers une bourgade et entrer dans le groupe de maisons. C’est une route de montagne typique, pierreuse, sans cesse en dénivellation. Elle s’élève du sud vers le nord (toujours face à moi), pour pénétrer dans le village et aller à la rencontre du petit torrent, qui coule en sens inverse, pas du côté des habitations mais vers le fond du vallon.

       Il y a encore une autre route qui, de la vallée, escalade l’éperon sur lequel le hameau est construit. Etroite au point de ressembler plutôt à un sentier, elle longe la ligne de faîte. Plus bas, la montagne, couverte de verts pâturages, descend en pente raide jusqu’au petit torrent écumant, au-delà duquel des prés prennent d’assaut d’autres monts groupés à l’est.

       396.2 Jésus monte par ce chemin avec quelques apôtres seulement : je reconnais Pierre et André, Jean et Judas ; où sont les autres ? Jésus, vêtu de blanc, porte un manteau bleu foncé — plus précisément couleur de mer —. Il est tête nue et marche avec agilité, seul. Derrière, en groupe, les quatre apôtres discutent. Jésus, qui les précède de quelques mètres, ne dit rien. Il réfléchit et observe les alentours.

       A un certain moment, le sentier longe un muret de pierres sèches qui, me semble-t-il, délimite une propriété, comme pour empêcher la terre de s’ébouler dans la vallée. Jésus y entre. Pommiers, noyers et figuiers s’élèvent çà et là dans des pâtures très bien soignées. Tous sont entretenus méticuleusement et déjà couverts de fruits.

       Jésus s’arrête un instant à l’endroit exact où l’éperon de la montagne forme une sorte de triangle pointu, semblable à la proue d’un navire. Il s’appuie au muret et regarde en haut, en bas, autour de lui. Il attend que les apôtres montent, en particulier Pierre, qui est assez lent. Lorsqu’ils sont tous réunis, il leur dit quelque chose que je ne comprends pas, en se penchant légèrement pour parler, car il est bien plus grand qu’eux. J’ai beau ne pas entendre les mots, j’en devine le sens, car je vois Judas se diriger d’un pas leste vers une maison qui s’élève au bout du muret.

       Elle est bien différente de celle de Cana ! Elle n’a pas de terrasse sur le toit, mais est surmontée d’une espèce de dôme incliné, peut-être pour empêcher les neiges hivernales d’y stagner. Vu l’endroit, en effet, l’hiver doit apporter de la neige ou du moins des pluies en abondance. A la place de cette terrasse manquante, elle a d’un côté une aile en saillie sur laquelle arrive l’escalier, extérieur toujours, mais abrité comme par un toit débordant. Cette aile forme, au sol, un portique, et au-dessus une galerie couverte.

       La maison, toute blanche, se détache sur la verdure environnante. Au devant se trouve une vaste pelouse avec, au centre, un puits entouré d’arbres fruitiers plantés là par désir de créer un jardin, car des fleurs ont été semées tout autour, de manière à former des parterres ronds. J’ai l’impression qu’il s’agit de la demeure de personnes aisées et plus raffinées qu’à Cana.

       La route muletière passe devant la maison, de sorte qu’on peut y accéder facilement, et aussi bien par le raccourci. La haie de ronces ne forme pas un obstacle insurmontable, et encore moins les deux grilles rustiques qu’il suffit de pousser.

       396.3 Judas entre sans façons dans la maison, comme s’il connaissait parfaitement ses habitants. Il en sort aussitôt une femme épanouie, entourée de trois enfants, et tenant le plus petit dans les bras. Tout sourire, elle s’avance vers Jésus qui, entre-temps, est arrivé au puits.

       Je remarque que cette femme est une très belle brune et qu’elle doit avoir la trentaine. Ses cheveux, noirs et plutôt frisés, sont tirés en deux tresses qui lui entourent la tête. Ses yeux eux aussi sont noirs et grands. Elle a le nez aquilin et d’assez grosses lèvres, très rouges. Elle est grande et bien faite. Je note encore qu’elle est vêtue autrement que Marie et les autres femmes que j’ai vues à Cana : elle aussi porte un long habit d’un bleu très clair, mais elle s’enveloppe entièrement dans une sorte de châle bleu foncé qui l’enserre en modelant ses formes. Il passe sous les aisselles, des deux côtés, puis le pan supérieur tourne derrière son épaule gauche et monte sur la tête, qu’il voile. Les franges de la pointe retombent sur son front. Tout cela m’incite à penser qu’elle n’est pas galiléenne, car ses caractéristiques physiques et sa manière de s’habiller diffèrent de ce que j’ai déjà observé chez les femmes de Galilée.

       Le petit qu’elle tient dans les bras, aussi brun qu’elle, doit avoir deux ans tout au plus. C’est un bel enfant qui porte une chemise de laine blanche. La fratrie comprend aussi une fillette de six ans environ, toute bouclée, aux cheveux blonds tirant sur le châtain et vêtue de rose pâle, ainsi que deux garçons plus petits, portant une courte tunique de laine bleu clair comme leur mère. Ils doivent très bien connaître Jésus, car ils se pressent autour de lui en riant.

       396.4 La jeune mère le salue en souriant :

       « Entre, Maître, ma maison est la tienne ! »

       Jésus lui répond :

       « Que le Seigneur te récompense ! »

       Puis, étendant le bras droit — le gauche, replié sur sa poitrine, tient un pan de son manteau —, il caresse l’enfant. Je vois la belle main de mon Jésus toucher le front du bébé, qui fait des manières et, en riant, se cache la tête contre le cou de sa mère ; de ce nid, il guette Jésus et rit aux éclats pour l’inviter à réitérer son geste.

       Près du puits, sous un pommier chargé de fruits qui commencent à mûrir, il y a un banc de pierre, un siège. Jésus s’y assied, tandis que la femme rentre dans la maison chercher un broc. Jésus l’invite à lui donner l’enfant, qu’il pose sur ses genoux pendant qu’elle puise de l’eau ; elle revient avec une coupe pleine d’eau et une autre de lait, qu’elle offre à Jésus. Elle lui choisit encore des pommes mûres en écartant les vertes, et les lui donne. Elle pose le tout sur un plat posé sur le banc, à côté de Jésus. On comprend qu’elle a fait de même à d’autres reprises : elle sait ce qui lui plaît.

       Les apôtres ont suivi Judas et se désaltèrent eux aussi sous les arcades.

       Jésus commence par boire l’eau ; il tient toujours l’enfant contre lui et rit parce que le marmot lui tire les cheveux et la barbe. Les trois autres se tiennent autour de lui. Jésus prend les pommes, et les tend une par une aux trois plus grands, puis il en mange une lui aussi. Au petit, en revanche, il donne du lait de la coupe, puis en boit. Jésus est content. Il rit comme jamais je ne l’ai vu rire.

       La fillette va se placer contre ses genoux et, en toute confiance, pose la tête sur sa poitrine. Jésus caresse ses cheveux bouclés. Les deux petits garçons, qui s’étaient éloignés en courant, reviennent, l’un avec une colombe serrée sur son cœur, l’autre en traînant par l’oreille un agnelet de quelques jours qui bêle désespérément. Ils montrent à Jésus leurs trésors.

       Il s’y intéresse, mais, pris de pitié devant la condition des deux pauvres bêtes, il se fait confier la colombe, l’admire, puis la laisse s’envoler vers son nid. Ensuite, il hisse l’agneau sur le siège en le caressant, le garde en sûreté jusqu’au retour de la mère des enfants, et le ramène à sa place.

       La fillette, qui ne possède rien d’autre, se penche, fait un petit bouquet de fleurs et le tend à Jésus.

       396.5 Même avec ces enfants, le Seigneur est le Maître et, tout en gardant le plus petit dans les bras, il parle aux grands des fleurs “ si jolies, de toute taille, créées par le Père céleste. Aux yeux de Dieu, elles sont aussi belles que les enfants lorsqu’ils sont bons. Donc, pour être bon, il faut leur ressembler : elles ne font de mal à personne, mais offrent à tous parfum et joie, et elles accomplissent toujours la volonté du Seigneur en naissant et en s’épanouissant là où il le veut, et en se laissant cueillir si cela lui plaît ”.

       Il parle des colombes “ si fidèles à leur nid et si propres qu’elles ne se posent jamais sur des choses sales. Elles se souviennent toujours de leur maison, et Dieu les aime précisément parce qu’elles sont fidèles et pures. Les enfants de Dieu doivent ressembler à ces tourterelles qui aiment la maison du Seigneur et y établissent leur nid d’amour, et qui, pour en être dignes, savent se garder pures ”.

       Il en vient ensuite aux agnelles “ si douces, si patientes, si résignées, qui fournissent de la laine, du lait et leur chair ; les agneaux se laissent immoler pour notre bien et nous donnent un bel exemple d’amour et de douceur. Ils sont tellement aimés de Dieu qu’il appellera son Fils ‘ Agneau ’. Le Seigneur aime comme des fils de prédilection ceux qui savent garder une âme d’agneau jusqu’à leur mort ”.

       Pendant que Jésus parle, d’autres enfants entrent dans le jardin. Des adultes eux aussi viennent l’écouter. D’autres mères présentent à Jésus leurs bébés, dont certains sont malades, afin qu’il les caresse et les prenne un moment sur son cœur. Les plus grands y pensent d’eux-mêmes.

       396.6 Jésus est entouré d’une nichée d’enfants. Il en a devant lui, à côté, derrière lui, entre les jambes. Il ne peut plus bouger ! Mais il rit au milieu de cette haie agitée et même un peu bagarreuse. Tous voudraient la première place. Or les “ petits maîtres ” de maison n’ont pas l’intention de la céder, ce qui donne à Jésus l’occasion d’être Maître une nouvelle fois :

       « Il ne faut pas être égoïste, même dans le bien. Je sais que vous m’aimez, et cela me réjouit. Moi aussi, je vous aime, mais encore plus si vous laissez les autres venir à moi : un peu pour chacun, en bons frères. Aux yeux de Dieu et aux miens, vous êtes tous frères et égaux. Mieux, ceux qui font preuve d’obéissance et d’amour à l’égard de leurs compagnons sont encore plus aimés par Dieu et par moi. »

       L’essaim, pour bien montrer qu’il est… obéissant et aimant, s’écarte subitement. Ils sont tous bons (!). Jésus rit.

       Mais le groupe innocent ne tarde pas à revenir, malgré les mères qui voudraient empêcher ce sans-gêne irrespectueux, et surtout malgré les disciples. Judas est le plus intransigeant, Jean le moins. Il est assis dans l’herbe et rit lui aussi, entouré d’enfants. Mais Judas fait les gros yeux et ronchonne. Même Pierre rouspète.

       Les gamins, serrés autour de Jésus, ne s’en soucient guère. Ils regardent les bougons avec un air de défi, et seul leur respect pour le Seigneur les retient de faire quelque grimace aux deux hommes. Ils se sentent protégés par Jésus, qui a ouvert les bras et attiré à lui le plus d’enfants possible : c’est un vrai bouquet de fleurs vivantes !

       Certains lui présentent des jouets… cassés. Avec une petite branche, il remet l’axe des roues d’un petit chariot et ajuste, à l’aide d’une ficelle et le renfort d’un morceau de bois, la jambe d’un cheval de bois qu’un petit brun lui montre. De jeunes bergers qui ont laissé un instant leur troupeau sur la route — la nuit tombe désormais — s’approchent de Jésus. Il leur fait une caresse et les bénit. L’un d’eux porte une agnelle blessée. Comme Jésus ne veut pas que son jeune ami soit grondé par son patron, il arrête le sang de la pauvre bête et la lui rend.

       396.7 Une mère entre et se fraye un chemin. Elle tient dans ses bras un enfant au teint cireux, très malade. Il s’abandonne complètement sur la poitrine de sa mère. Jésus, qui a déjà touché d’autres enfants gravement atteints présentés par leur mère, ouvre les bras et prend sur son cœur le petit mourant — ou peu s’en faut —. La mère le supplie en priant.

       Jésus l’écoute et la regarde. Puis il observe le pauvre petit être décharné et exsangue, le caresse et l’embrasse en le berçant un peu, parce qu’il pleure. Le petit garçon — ou la petite fille, je ne vois pas bien parce que l’enfant a les cheveux longs jusqu’aux oreilles — ouvre à demi les yeux avec un triste sourire. Jésus lui parle tout doucement. Comme il murmure, je ne comprends pas ce qu’il dit. Le petit malade sourit encore.

       Jésus le rend à sa mère en pleurs, et la fixe de ses yeux dominateurs :

       « Femme, aie foi. Demain matin, ton enfant jouera avec ceux-ci. Va en paix ! »

       Puis il trace un signe de bénédiction sur le petit visage livide.

       396.8 Et à ce moment-là, Père, j’ai l’impression de m’approcher de mon Jésus et de lui dire :

       « Maître, qu’y a-t-il dans ta main pour que tout se répare, guérisse ou change d’aspect quand tu le touches ? »

       C’est une question vraiment très naïve, mais Jésus y répond avec une divine bonté :

       « Rien, ma fille, hormis le fluide de mon immense amour. Regarde ma main, observe-la. »

       Et il me tend sa main droite.

       Je la prends avec vénération, du bout des doigts, sur le bout des doigts. Je n’ose pas davantage, car mon cœur bat à rompre. Jamais je n’ai touché Jésus. J’ai été touchée par lui, mais moi je n’aurais jamais osé. Maintenant, je le touche. Je sens la tiédeur de ses doigts. Je sens sa peau lisse, ses ongles très longs (non pas qu’ils soient mal taillés, mais leur forme sur la dernière phalange est longue). Je vois ses grands doigts fins, sa paume fortement concave, je remarque que le métacarpe est beaucoup plus court que les doigts, j’observe au début du poignet la dentelle des veines.

       Jésus me laisse sa main avec bienveillance. Il s’est maintenant levé alors que moi, je suis à genoux. Par conséquent je ne le vois pas de face, mais je devine qu’il sourit, car cela s’entend quand il dit :

       «  Tu vois, âme que j’aime, qu’il n’y a rien de spécial. Mes années de travail m’ont laissé l’aptitude à réparer les jouets des enfants, et je m’en sers, car cela aussi permet d’attirer à moi les créatures que je préfère : les enfants. Mon humanité, qui se rappelle avoir été ouvrière, agit ici. Ma divinité est à l’œuvre quand je guéris les enfants malades, tout comme je le fais à l’égard des jouets malades et des agneaux. Je n’ai rien d’autre que mon amour et ma puissance de Dieu. Et je ne les répands avec une pareille joie sur personne d’autre que ces innocents que je vous donne en modèle pour entrer dans le Royaume des Cieux. Je me repose, au milieu d’eux. Ils sont simples et francs. Moi, qui suis le Trahi et qui ai horreur des traîtres, je trouve de la paix auprès d’eux, car ils ne savent pas trahir. Moi qui serai celui dont beaucoup vont se méfier, je trouve ma joie auprès de ces enfants qui ne connaissent pas la méfiance. Et moi qui serai renié par des hommes qui, réfléchissant en adultes, penseront à leur propre sécurité aux heures de tempête, je trouve mon réconfort auprès de ces petits qui croient en moi sans imaginer que, de leur foi, il puisse leur provenir un bien ou un mal. Ils croient parce qu’ils m’aiment. Toi aussi, sois pure comme un enfant, comme l’un de ceux-ci. Alors tu obtiendras le Royaume des Cieux, qui s’ouvre sous la poussée impatiente de Jésus, brûlant d’avoir auprès de lui ceux qu’il a le plus aimés parce qu’ils l’ont le plus aimé. Maintenant, va en paix. Je te caresse comme l’un de ces petits pour te faire plaisir. Va en paix. »

       396.9 Notez que cette vision m’est venue alors que, écœurée par une réponse désagréable — et ce n’était pas la première, aujourd’hui ! —, je pleurais, découragée, pleine de tristesse et de dégoût devant ce que je constate dans l’âme d’autrui. Aussitôt, cette vision m’a calmée, puis réjouie. Mais quand ensuite j’ai pu avoir la joie de sentir les doigts de Jésus, j’ai éprouvé la douceur de l’extase effacer toute amertume.

       Je garde la sensation d’avoir touché la main de Jésus et pose les yeux sur ma main qui écrit. Elle me semble aussi sainte que si elle avait été au contact d’une relique. Que mon Jésus soit béni !

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