Une initative de
Marie de Nazareth

Parabole du carrefour

mardi 3 avril 29
Béthabara

Vision de Maria Valtorta

       385.1 La petite troupe, accrue du vieillard qui s’admire dans le vêtement d’un apôtre de petite taille, sort de la maisonnette.

       « Si tu veux rester, père… » va lui dire Jésus.

       Mais le vieil homme l’interrompt :

       « Non, non. Je viens moi aussi. Laisse-moi venir ! J’ai mangé hier ! J’ai dormi cette nuit, et dans un lit ! Je n’ai plus de douleur au cœur ! Je suis aussi fort qu’un jeune homme…

       – Alors viens. Tu resteras avec moi, avec Barthélemy et mon frère Jude. Quant à vous, marchez deux par deux, comme on l’a dit. Soyez tous de retour avant sexte. Allez, et que la paix soit avec vous. »

       Ils se séparent, les uns partant vers le fleuve, les autres vers les campagnes. Jésus les laisse partir puis, le dernier, il se met en route. Il traverse lentement le village, remarqué par les pêcheurs qui reviennent du fleuve ou qui s’y rendent, et par les ménagères actives qui se sont levées à l’aube pour frotter la lessive, arroser les jardins ou faire le pain. Mais personne ne parle.

       385.2 Seul un jeune garçon, qui pousse vers le fleuve sept brebis, interroge le vieillard :

       « Où vas-tu, Ananias ? Tu quittes le village ?

       – Je vais avec le Rabbi, mais je reviens avec lui. Je suis son serviteur.

       – Non. Tu es mon père. Tout vieillard juste est un père et une bénédiction pour l’endroit qui l’héberge et pour celui qui le secourt. Bienheureux ceux qui aiment et honorent les vieillards » dit Jésus d’un air solennel.

       L’enfant le regarde, intimidé, puis il murmure :

       « Moi, je donnais toujours un peu de mon pain à Ananias… » comme pour dire : « Ne me fais pas un reproche que je ne mérite pas.

       – Oui, Mikaël était bon avec moi. Il était l’ami de mes petits-enfants… et il l’est resté aussi du grand-père. Sa mère aussi n’est pas mauvaise et me secourait, mais elle a onze enfants, et ils vivent tous de la pêche… »

       Des femmes s’approchent avec curiosité et écoutent.

       « Dieu aidera toujours celui qui fait son possible pour le pauvre. Et il y a toujours moyen d’aider. Bien souvent, dire : “ Je ne peux rien faire ”, c’est mentir. Car, quand on le veut, on trouve toujours quelque bouchée superflue, quelque couverture usagée, quelque vêtement mis de côté pour les offrir à ceux qui n’en ont pas. Et le Ciel récompense les dons. Dieu te rendra, Mikaël, les bouchées que tu as données au vieillard. »

       Jésus fait une caresse à l’enfant et se met en route.

       Vexées, les femmes restent sur place, puis elles interrogent le garçon qui dit ce qu’il sait. Et la crainte s’empare des femmes regardantes qui avaient fermé leur cœur aux besoins du vieillard…

       385.3 Pendant ce temps, Jésus, arrivé à la dernière maison, se dirige vers un carrefour qui permet de se rendre de la route principale au hameau. De là, on voit qu’il passe sur cette route des caravanes qui reviennent vers les villes de Décapole et de Pérée.

       « Allons-y et prêchons. Veux-tu le faire, toi aussi, père ?

       – Je n’en suis pas capable. Que dois-je dire ?

       – Tu le peux. Ton âme connaît la sagesse du pardon et de la fidélité à Dieu, et aussi la résignation aux heures de souffrance. Et tu sais que Dieu secourt celui qui espère en lui. Va et dis-le aux pèlerins.

       – Ah ! cela, oui !

       – Jude, va avec lui. Moi, je reste avec Barthélemy au carrefour. »

       En effet, arrivé là, il se met à l’ombre d’un groupe de platanes feuillus et attend patiemment.

       Les champs aux alentours portent de belles moissons et de beaux vergers. Comme ils sont pleins de fraîcheur à cette heure matinale, on les contemple avec plaisir. Les caravanes passent sur la route… Peu de gens regardent les deux hommes adossés au tronc des platanes. Peut-être les prennent-ils pour des voyageurs fatigués. Néanmoins, certains reconnaissent Jésus et le montrent du doigt ou s’inclinent en le saluant.

       Enfin, un homme arrête son âne et ceux de sa famille ; il en descend, et se dirige vers Jésus :

       « Que Dieu soit avec toi, Rabbi ! Je suis d’Arbel. Je t’ai entendu cet automne. Voici mon épouse, et sa sœur veuve, et encore ma mère. Cet homme âgé est son frère et ce jeune homme est le frère de ma femme. Et voici tous nos enfants. Ta bénédiction, Maître ! J’ai appris que tu as parlé au gué. Mais j’y suis arrivé le soir… Tu n’auras pas une parole pour nous ?

       – La Parole ne se refuse jamais. Mais attends quelques minutes parce que d’autres vont arriver… »

       En effet, les habitants du village rejoignent tout doucement la bifurcation. D’autres, qui sont déjà passés sur la route en direction du nord, reviennent sur leurs pas ; d’autres encore, intrigués, s’arrêtent et descendent de leurs montures, ou même restent en selle. Il se forme un petit auditoire qui ne cesse d’augmenter. Jude, fils d’Alphée, revient aussi avec le vieillard, en compagnie de deux malades et de personnes en bonne santé.

       385.4 Jésus commence à parler :

       « Ceux qui parcourent les voies du Seigneur, les voies indiquées par le Seigneur, et avec une bonne volonté, finissent par le trouver. En ce qui vous concerne, cela s’est produit après avoir fait votre devoir de juifs fidèles pour la Pâque sainte. Et voici que la Sagesse vous parle, comme vous le désirez, à cette bifurcation où la bonté divine nous fait nous rencontrer.

       Les carrefours que l’homme rencontre sur le chemin de sa vie sont bien nombreux, et les carrefours surnaturels encore plus que les matériels. Chaque jour, la conscience se trouve en face de bifurcations ou de carrefours entre le bien et le mal. Et il lui faut choisir avec soin pour ne pas se tromper. Si cela arrive, elle doit savoir revenir humblement en arrière lorsqu’on la rappelle et qu’on l’avertit. Et si le chemin du mal ou tout simplement celui de la tiédeur lui paraît plus beau, elle doit savoir choisir la voie raboteuse, mais assurée, du bien.

       Ecoutez une parabole.

       Un groupe de pèlerins, venus de régions lointaines pour chercher du travail, se trouva aux frontières d’un Etat. Il y avait là des embaucheurs envoyés par divers patrons. Certains cherchaient des hommes pour les mines et d’autres pour des champs et des bois, d’autres encore voulaient trouver des serviteurs d’un riche infâme, ou des soldats pour un roi qui résidait au sommet d’une montagne, dans son château auquel on accédait par une route très escarpée.

       Le roi voulait avoir des troupes, mais il exigeait qu’elles ne soient pas tant de violence que de sagesse, afin de les envoyer dans les villes sanctifier ses sujets. Aussi vivait-il là-haut, comme dans un ermitage, pour former ses serviteurs sans que les distractions mondaines les corrompent en freinant ou en anéantissant leur formation spirituelle. Il ne promettait pas d’importantes gratifications ni une vie facile, mais il donnait l’assurance que le servir procurerait sainteté et récompense.

       Ainsi parlaient ses envoyés à ceux qu’ils rejoignaient aux frontières. De leur côté, les envoyés des patrons de mines ou des propriétaires de champs disaient :

       “ Ce ne sera pas une vie facile, mais vous serez libres et vous gagnerez de quoi vous payer quelques distractions. ”

       Ceux qui cherchaient des serviteurs pour le maître infâme promettaient immédiatement une nourriture abondante, des loisirs, des jouissances, des richesses :

       “ II vous suffit de consentir à ses caprices exigeants — oh ! nullement pénibles ! — et vous profiterez de la vie comme autant de satrapes. ”

       Les pèlerins se consultèrent mutuellement. Ils ne voulaient pas se séparer… Ils demandèrent :

       “ Mais les champs et les mines, le palais du jouisseur et celui du roi sont-ils voisins ? ”

       “– Oh, non ! ” répondirent les embaucheurs. “ Venez à ce carrefour et nous vous montrerons les différentes routes. ”

       Ils s’y rendirent.

       “ Regardez : cette route splendide, ombragée, fleurie, plane, avec des sources fraîches, descend au palais du seigneur ” dirent les embaucheurs de serviteurs.

       “ – Regardez : cette voie est poussiéreuse et traverse des campagnes paisibles mène aux champs. Elle est exposée au soleil, mais vous voyez qu’elle est belle malgré tout ” dirent les embaucheurs pour les champs.

       “ – Regardez : celle ainsi sillonnée par de lourdes roues et couverte de taches sombres indique la direction des mines. Elle n’est ni belle ni désagréable… ” dirent ceux qui embauchaient pour les mines.

       “ – Regardez : ce sentier escarpé, taillé dans le roc, brûlé par le soleil, couvert de ronces et entrecoupé de ravins qui ralentissent la marche, mais permettent de se défendre plus aisément contre les attaques des ennemis, ce sentier conduit vers l’orient, à ce château sévère mais sacré, où les esprits se forment au bien ” dirent les envoyés du roi.

       385.5 Les pèlerins examinaient. Ils calculaient… Ils étaient tentés par plusieurs solutions dont une seule était totalement bonne. Peu à peu, ils se séparèrent. Ils étaient dix : trois penchèrent pour les champs… et deux pour les mines. Ceux qui restaient se regardèrent et deux d’entre eux dirent :

       “ Venez avec nous chez le roi. Nous n’aurons pas de gros gains et nous ne profiterons pas de la vie sur cette terre, mais nous serons saints pour l’éternité. ”

       “ – Ce sentier-là ? Il faudrait être fou ! Aucun rendement ? Pas de jouissance ? Ce n’était pas la peine de tout quitter et de nous exiler pour obtenir encore moins que ce que nous avions dans notre patrie. Nous voulons gagner de l’argent et profiter de la vie… ”

       “ – Mais vous perdrez le Bien éternel ! N’avez- vous pas entendu que le maître est infâme ? ”

       “ – Fariboles ! Après quelque temps nous le quitterons, mais nous aurons mené la belle vie et nous serons riches. ”

       “ – Vous ne vous en libérerez plus. Les premiers ont mal fait de suivre l’attrait de l’argent. Mais vous ! Vous suivez l’attrait du plaisir. Ah ! n’échangez pas votre sort éternel contre une heure qui s’enfuit ! ”

       “ – Vous êtes des imbéciles, si vous croyez à des promesses idéales. Nous, nous marchons vers la réalité. Adieu !… ”

       Et ils prirent vivement la belle route ombragée, fleurie, agrémentée de sources fraîches, en pente douce, au bout de laquelle brillait au soleil le palais magique du jouisseur.

       Les deux hommes qui restaient s’engagèrent dans le sentier escarpé en pleurant et en priant. Après quelques pas, ils faillirent se décourager tant il était difficile. Mais ils persévérèrent. Et la chair se faisait de plus en plus légère à mesure qu’ils avançaient. La fatigue se trouvait allégée par une étrange jubilation. Ils arrivèrent, haletants, égratignés, au sommet de la montagne et furent admis en présence du roi. Ce dernier leur exposa tout ce qu’il exigeait d’eux pour en faire des hommes valeureux et acheva :

       “ Pensez-y pendant huit jours, puis vous me donnerez votre réponse. ”

       Ils réfléchirent beaucoup et soutinrent de durs combats contre le Tentateur qui voulait les effrayer, contre la chair qui disait : “ Vous me sacrifiez ”, contre le monde dont les souvenirs les séduisaient encore. Mais ils vainquirent. Ils restèrent. Ils devinrent des héros du bien.

       385.6 Arriva la mort, c’est-à-dire la glorification. Du haut des Cieux, ils virent dans l’abîme ceux qui étaient allés chez le patron infâme. Enchaînés même au-delà de la vie, ils gémissaient dans l’obscurité de l’enfer.

       “ Dire qu’ils voulaient être libres et profiter de la vie !” s’exclamèrent les deux saints.

       Les trois damnés, effrayants, les virent et les maudirent, maudirent tout, et Dieu pour commencer, en clamant :

       “ Vous nous avez tous trompés ! ”

       “ – Non, vous ne pouvez pas dire cela. On vous avait avertis du danger. Vous avez voulu votre mal ” répondirent les bienheureux, qui restaient sereins même en entendant les railleries et les blasphèmes obscènes lancés contre eux.

       Ils virent aussi les travailleurs des champs et des mines en diverses régions du purgatoire ; eux aussi les virent et leur dirent :

       “ Nous n’avons été ni bons ni mauvais, et maintenant nous expions notre tiédeur. Priez pour nous ! ”

       “ – Oui, nous le ferons ! Mais pourquoi donc n’êtes-vous pas venus avec nous ? ”

       “ – C’est que si nous n’avons pas été des démons, nous sommes des pauvres hommes… Nous n’avons pas fait preuve de générosité. Nous avons préféré ce qui passe — bien qu’honnête — à ce qui est éternel et saint. Maintenant, nous apprenons à connaître et à aimer avec justice. ”

       La parabole est finie. Tout homme est à un perpétuel carrefour. Bienheureux ceux qui se montrent fermes et généreux dans la volonté de suivre les chemins du bien. Que Dieu soit avec eux, et que Dieu touche et convertisse ceux qui ne le sont pas et les amène à l’être. Allez en paix.

       385.7 – Et les malades ?

       – Qu’a donc cette femme ?

       – Des fièvres malignes qui lui tordent les os. Elle est allée jusqu’aux eaux miraculeuses de la Grande Mer, mais sans nul soulagement. »

       Jésus se penche sur la malade et lui demande :

       « Qui crois-tu que je sois ?

       – Celui que je cherchais : le Messie de Dieu. Aie pitié de moi qui t’ai tant cherché !

       – Que ta foi te donne la santé des membres comme celle du cœur. Et toi, homme ? »

       L’homme ne répond pas. La femme qui l’accompagne parle pour lui :

       « Un cancer lui ronge la langue. Il ne peut parler, et il meurt de faim. »

       En effet l’homme est un vrai squelette.

       « As-tu la foi qui peut te guérir ? »

       De la tête, l’homme fait signe que oui.

       « Ouvre la bouche » ordonne Jésus.

       Il approche son visage de l’horrible bouche rongée par le cancer, souffle dedans, et dit :

       « Je veux ! »

       Un moment d’attente puis deux cris :

       « Mes os redevenus sains ! Marie, je suis guéri ! Regardez ! Regardez ma bouche. Hosanna ! Hosanna ! »

       Il veut se lever, mais vacille à cause de sa faiblesse.

       « Donnez-lui à manger, ordonne Jésus, qui fait mine de se retirer.

       – Ne t’en va pas ! D’autres malades vont arriver ! D’autres reviendront sur leurs pas… Pour eux, pour eux aussi ! crie la foule.

       – Chaque matin, de l’aurore à l’heure de sexte, je viendrai ici. Que quelques hommes de bonne volonté s’occupent de rassembler les pèlerins.

       – Moi, moi, Seigneur ! disent plusieurs.

       – Que Dieu vous bénisse pour cela. »

       Et Jésus retourne vers le village avec ses premiers compagnons et d’autres, arrivés par petits groupes pendant qu’il parlait, tous suivis de quelques personnes.

       385.8 « Mais où sont Pierre et Judas ? demande Jésus.

       – Ils sont allés à la ville voisine avec beaucoup d’argent. Ils font des achats…

       – Oui. Judas a accompli un miracle et il est en fête, précise en souriant Simon le Zélote.

       – André aussi, et il a une brebis en souvenir. Il a guéri la jambe cassée d’un berger, qui l’a récompensé de cette manière. Nous la donnerons au père. Le lait fait du bien aux vieillards… » dit Jean en caressant Ananias, radieux.

       Ils rentrent et préparent un peu de nourriture…

       Ils allaient s’asseoir à table quand, chargés comme des ânes et suivis d’une charrette remplie de ces claies qui servent de lits aux pauvres de Palestine, arrivent les deux manquants.

       « Pardon, Maître. Mais il fallait tout cela. Maintenant, nous serons bien » dit Pierre.

       Et Judas :

       « Remarque que nous avons pris le strict nécessaire, propre et pauvre, comme tu l’aimes. »

       Et ils se mettent à décharger pour congédier le charretier.

       « Douze lits et douze nattes… quelques nappes… ici, les graines… là, les colombes, et puis l’argent. Et demain, beaucoup de monde. Ouf ! quelle chaleur ! Mais maintenant tout va bien. Qu’est-ce que tu as fait, Maître ?… »

       Et pendant que Jésus fait son récit, ils s’asseyent à table, heureux.

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