Une initative de
Marie de Nazareth

A Alexandroscène, chez les frères d’Hermione

lundi 8 janvier 29
Alexandroscène

Vision de Maria Valtorta

       328.1 Ils ont de nouveau rejoint la route, après avoir fait un long détour à travers champs et après avoir passé le torrent sur un petit pont de planches branlantes permettant seulement le passage des personnes : une passerelle plutôt qu’un pont.

       Et la marche continue à travers la plaine qui se rétrécit au fur et à mesure que les collines se rapprochent du littoral, au point qu’après un autre torrent avec l’indispensable pont romain, la route de plaine se fait route de montagne, en bifurquant après le pont en une voie moins rapide qui s’éloigne vers le nord-est à travers une vallée, tandis que celle que choisit Jésus, d’après l’indication de la borne romaine : “ Alexandroscène - m. V° ”, est un véritable escalier dans la montagne rocheuse et escarpée plongeant son museau dans la Méditerranée, qui se découvre de plus en plus à la vue à mesure que l’on monte. Seuls les piétons et les ânes prennent cette piste, ces gradins pourrait-on dire. Mais, peut-être parce que c’est un raccourci intéressant, le chemin est encore très fréquenté et les gens observent avec curiosité le groupe galiléen, si inhabituel, qui le suit.

       « Ce doit être le Cap de la Tempête, dit Matthieu en montrant le promontoire qui s’avance dans la mer.

       – Oui, voilà, au-dessous, le village dont nous a parlé le pêcheur, signale Jacques, fils de Zébédée.

       – Mais qui peut bien avoir construit cette route ?

       – Les Phéniciens peut-être… Qui sait depuis combien de temps elle existe !

       – Du sommet, nous allons voir Alexandroscène au-delà de laquelle se trouve le Cap Blanc. Mon Jean, tu vas voir une grande étendue de mer ! » dit Jésus. Et il passe son bras autour des épaules de l’apôtre.

       « J’en serai heureux. Mais il va bientôt faire nuit. Où allons-nous faire halte ?

       – A Alexandroscène. Tu vois ? La route commence à descendre. Au-dessous se trouve la plaine jusqu’à la ville que l’on voit là-bas.

       328.2 – C’est la ville de la femme d’Antigonée… Comment pourrions-nous lui faire plaisir ? demande André.

       – Tu sais, Maître ? Elle nous a dit : “ Allez à Alexandroscène. Mes frères y ont des comptoirs et ils sont prosélytes. Parlez-leur du Maître. Nous sommes fils de Dieu, nous aussi… ” et elle pleurait parce qu’elle était mal vue comme belle-fille… de sorte que jamais ses frères ne viennent la voir et qu’elle est sans nouvelles d’eux, explique Jean.

       – Nous chercherons les frères de cette femme. S’ils nous accueillent comme pèlerins, nous pourrons lui donner ce plaisir…

       – Mais comment allons-nous faire pour dire que nous l’avons vue ?

       – Elle est au service de Lazare. Nous sommes des amis de Lazare, dit Jésus.

       – C’est vrai. C’est toi qui parleras…

       – Oui. Mais hâtez le pas pour trouver la maison. Savez-vous où elle se trouve ?

       – Oui, près du Camp. Ils ont beaucoup de relations avec les Romains auxquels ils vendent toutes sortes de choses.

       – C’est bien. »

       328.3 Ils parcourent rapidement la route plane, belle, une vraie route consulaire qui communique certainement avec celles de l’intérieur, ou plutôt qui se poursuit vers l’intérieur après avoir lancé son prolongement rocheux, en gradins, le long de la côte, à cheval sur le promontoire.

       Alexandroscène est une ville plus militaire que civile. Elle doit avoir une importance stratégique que j’ignore. Blottie comme elle l’est entre les deux promontoires, elle semble être une sentinelle préposée à la garde de ce coin de mer. Maintenant que l’œil peut voir l’un et l’autre cap, on se rend compte qu’il s’y dresse nombre de tours fortifiées qui forment une chaîne avec celles de la plaine et de la ville où, vers la côte, trône le Camp imposant.

       Ils entrent dans la ville après avoir franchi un autre petit torrent situé tout près des portes et se dirigent vers la masse hostile de la forteresse en jetant autour d’eux des regards curieux, et ils deviennent eux aussi objets de curiosité.

       Les soldats sont très nombreux et ils semblent en bons termes avec les habitants, ce qui fait bougonner les apôtres :

       « Ces Phéniciens ! Ils n’ont aucune fierté ! »

       328.4 Ils arrivent aux magasins des frères d’Hermione alors que les derniers acheteurs en sortent, chargés des marchandises les plus variées qui vont des draps aux nappes, et des fourrages aux grains, à l’huile et aux aliments. Odeurs de cuir, d’épices, de paille, de laine grège emplissent le large porche par lequel on arrive dans une cour vaste comme une place ; les nombreux dépôts sont installés sous ses portiques.

       Un homme brun et barbu accourt :

       « Que voulez-vous ? Des vivres ?

       – Oui… et aussi un logement, si tu ne dédaignes pas de loger des pèlerins. Nous arrivons de loin, et nous ne sommes jamais venus ici. Accueille-nous au nom du Seigneur. »

       L’homme regarde attentivement Jésus, qui parle au nom de tous. Il le scrute… Puis il dit :

       « En réalité, je n’offre pas le logement, mais tu me plais. Tu es galiléen, n’est-ce pas ? Les Galiléens valent mieux que les judéens. Il y a trop de moisissure chez eux. Ils ne nous pardonnent pas d’avoir un sang qui n’est pas pur. Mais eux, ils feraient mieux d’avoir l’âme pure. Viens, entre ici, j’arrive tout de suite. Je ferme parce qu’il va faire nuit. »

       En effet, c’est déjà le crépuscule, et il fait encore plus sombre dans la cour que domine le Camp puissant.

       Ils entrent dans une pièce et s’asseyent sur des sièges disposés çà et là. Ils sont fatigués…

       L’homme revient avec deux autres, l’un plus âgé, l’autre plus jeune ; il montre les hôtes qui se lèvent en saluant, et dit :

       « Voici. Que vous en semble ? Ils me paraissent honnêtes…

       – Oui. Tu as bien fait » dit le plus âgé à son frère puis, s’adressant aux hôtes, ou plutôt à Jésus qui semble manifestement leur chef, il demande :

       « Comment vous appelez-vous ?

       – Jésus de Nazareth, Jacques et Jude de Nazareth aussi, Jacques et Jean de Bethsaïde, et aussi André, et enfin Matthieu de Capharnaüm.

       – Comment vous trouvez-vous ici ? Etes-vous persécutés ?

       – Non, nous évangélisons. Nous avons parcouru plus d’une fois la Palestine, de la Galilée à la Judée, d’une mer à l’autre et nous avons été jusqu’au-delà du Jourdain, dans l’Auranitide. Maintenant nous sommes venus ici… pour enseigner.

       – Un rabbi ici ? Cela nous étonne, n’est-ce pas, Philippe et Elie ? demande le plus âgé.

       – Beaucoup. De quelle caste es-tu ?

       – D’aucune. Je suis de Dieu. Les hommes bons, dans le monde, croient en moi. Je suis pauvre, j’aime les pauvres, mais je ne méprise pas les riches, auxquels j’enseigne l’amour, la miséricorde et le détachement des richesses, de même que j’apprends aux pauvres à aimer leur pauvreté en faisant confiance à Dieu, qui ne laisse périr personne.

       328.5 Au nombre de mes amis riches et de mes disciples, il y a Lazare de Béthanie…

       – Lazare ? Nous avons une sœur mariée à l’un de ses serviteurs.

       – Je le sais. C’est pour cela aussi que je suis venu, pour vous dire qu’elle vous salue et vous aime.

       – Tu l’as vue ?

       – Pas moi. Mais ceux qui sont avec moi, envoyés par Lazare à Antigonée.

       – Oh ! Dites-moi : que fait Hermione ? Est-elle vraiment heureuse ?

       – Son mari et sa belle-mère l’aiment beaucoup. Son beau-père la respecte… dit Jude.

       – Mais il ne lui pardonne pas son sang maternel. Dis-le.

       – Il est en passe de le lui pardonner. Il nous en a fait de grands éloges. Et elle a quatre enfants très beaux et gentils. Cela la rend heureuse. Mais vous êtes toujours dans son cœur et elle a dit de vous amener le Maître divin.

       – Mais… comment… Tu es le… Tu es celui qu’on appelle le Messie, toi ?

       – Je le suis.

       – Tu es vraiment le… On nous a dit à Jérusalem que tu existes, et que l’on t’appelle le Verbe de Dieu. Est-ce vrai ?

       – Oui.

       – Mais l’es-tu pour ceux de là-bas ou bien pour tous ?

       – Pour tous. Pouvez-vous croire que je le suis ?

       – Croire ne coûte rien, surtout quand on espère que ce que l’on croit peut alléger ce qui fait souffrir.

       – C’est vrai, Elie. Mais ne parle pas ainsi. C’est une pensée très impure, beaucoup plus que le sang mêlé. Réjouis-toi, non pas dans l’espoir que disparaisse ce mépris d’autrui qui te fait souffrir comme homme, mais réjouis-toi dans l’espoir de conquérir le Royaume des Cieux.

       – Tu as raison. Je suis à moitié païen, Seigneur…

       – Ne te rabaisse pas. Je t’aime toi aussi et c’est aussi pour toi que je suis venu.

       328.6 – Ils doivent être fatigués, Elie. Tu les retiens par tes discours. Allons dîner, après quoi nous les emmènerons se reposer. Il n’y a pas de femmes ici… Aucune israélite n’a voulu de nous et nous désirions une d’elles… Pardonne-nous donc si la maison te parait froide et sans ornements.

       – Votre bon cœur me la rendra chaude et ornée.

       – Combien de temps restes-tu ?

       – Pas plus d’un jour. Je veux aller vers Tyr et Sidon et je voudrais être à Aczib avant le sabbat.

       – C’est impossible, Seigneur ! Sidon est loin !

       – Demain, je voudrais parler ici.

       – Notre maison est comme un port. Sans en sortir, tu auras des auditeurs à ta convenance, d’autant plus que demain, il y a un gros marché.

       – Dans ce cas, allons-y, et que le Seigneur vous récompense de votre charité. »

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