Une initative de
Marie de Nazareth

Yabeç change son nom en Marziam

samedi 25 mars 28
Béthanie

Vision de Maria Valtorta

       198.1 Par la route ombragée qui relie le mont des Oliviers à Béthanie – et je pourrais dire que la montagne avec ses verts contreforts arrive jusqu’à la campagne de Béthanie –, Jésus et ses disciples marchent rapidement jusqu’à la ville de Lazare.

       Il n’y est pas encore entré qu’on le reconnaît et que des messagers volontaires se répandent dans tous les sens pour annoncer sa venue. Grâce à cela, Lazare et Maximin accourent d’un côté, Isaac avec Timon et Joseph de l’autre, et en troisième lieu Marthe avec Marcelle, qui relève son voile afin de se baisser pour baiser le vêtement de Jésus ; tout de suite après surviennent Marie, femme d’Alphée, et Marie Salomé qui vénèrent le Maître, puis embrassent leurs fils. Pendant ce temps, le petit Yabeç — que Jésus tient toujours par la main —, ballotté au milieu de tous ces gens qui arrivent, écarquille les yeux avec stupéfaction ; de son côté, Jean d’En-Dor, se sentant étranger, se retire à part au fond du groupe. Et voici que s’avance, sur le sentier qui mène à la maison de Simon, la Mère de Jésus.

       Jésus laisse tomber la main de Yabeç et repousse doucement ses amis pour se hâter vers elle. Les mots bien connus déchirent l’air, se détachant comme un solo d’amour au-dessus du bourdonnement de la foule : « Mon Fils ! » ; « Maman ! » Ils s’embrassent ; on sent, dans le baiser, de Marie l’angoisse de celle qui a craint pendant si longtemps et qui, maintenant, au moment de la délivrance de la terreur qui l’a possédée, ressent la fatigue de l’effort qu’elle a fait à la mesure du danger qu’il a couru…

       Jésus, qui le comprend, lui fait une caresse et dit :

       « En plus de mon ange gardien, j’avais le tien, Mère, pour veiller sur moi. Il ne pouvait rien m’arriver de mal.

       – loué soit le Seigneur. Mais j’ai tant souffert !

       – Je voulais venir plus rapidement, mais j’ai dû emprunter une autre route pour t’obéir. Et cela a été un bien, parce que ton ordre, ma Mère, comme toujours, a produit de belles fleurs.

       – Ton obéissance, mon Fils !

       – Ton sage commandement, Mère… »

       Ils se sourient comme deux amoureux. Mais est-il possible que cette femme soit la mère de cet homme ? Où sont les seize années de différence ? La fraîcheur et la grâce du visage et du corps virginal font de Marie la sœur de son Fils qui est, lui, dans la plénitude de son splendide développement humain.

       « Tu ne me demandes pas la raison de cette belle floraison ? demande Jésus sans cesser de sourire.

       – Je sais que mon Jésus ne me cache rien.

       – Chère Maman ! »

       Il lui donne encore un baiser…

       Les gens qui se sont tenus à quelques mètres paraissent ne pas observer la scène. Mais je parie qu’il n’y en a pas un, de tous ces yeux qui semblent regarder ailleurs, qui ne se porte un instant sur ce doux tableau.

       198.2 Celui qui regarde plus que tout autre, c’est Yabeç. Jésus l’a abandonné quand il a couru embrasser sa Mère et ce pauvre enfant est resté seul car, dans l’empressement des questions et des réponses, on n’a plus prêté attention à lui… Il examine attentivement, puis incline la tête, lutte contre le chagrin… mais à la fin il n’y tient plus et fond en larmes en gémissant : « Maman ! Maman ! »

       Tous, et Jésus et Marie les premiers, se retournent, tous tentent d’y remédier ou se demandent quel est cet enfant.

       Marie, femme d’Alphée, accourt, ainsi que Pierre — ils étaient ensemble — en demandant tous deux :

       « Pourquoi pleures-tu ? »

       Mais avant que Yabeç, étreint par son grand chagrin, puisse retrouver son souffle pour parler, Marie accourt et le prend dans ses bras :

       « Oui, mon petit enfant, la Maman ! Ne pleure plus et excuse- moi si je ne t’ai pas vu plus tôt. Voici, mes amis, mon petit enfant… »

       On se rend compte que Jésus, en parcourant ces quelques mètres, doit lui avoir confié :

       « C’est un petit orphelin que j’ai pris avec moi. »

       Le reste, Marie l’a deviné. L’enfant pleure encore, mais avec moins de peine, et comme Marie le tient dans ses bras et l’em­brasse, il finit par sourire, son visage encore tout baigné de larmes.

       « Viens que je t’essuie toutes ces larmes. Tu ne dois plus pleurer ! Donne-moi un baiser… »

       Yabeç… ne demandait que cela et, après tant de caresses d’hommes barbus, il est heureux d’embrasser la joue si douce de Marie.

       198.3 Pendant ce temps, Jésus a recherché et trouvé Jean d’En-Dor, et il va le prendre dans le coin où il se tient, à l’écart. Tandis que les apôtres saluent Marie, Jésus vient à elle tenant par la main Jean d’En-Dor :

       « Mère, voici l’autre disciple. Ces deux fils, c’est ton ordre qui les a obtenus.

       – Ton obéissance, mon Fils », répète Marie. Et elle salue l’homme en disant : « La paix est avec toi. »

       L’homme, cet homme rude, inquiet, qui avait déjà bien changé depuis ce matin où le caprice de Judas avait amené Jésus à En-Dor, finit de se dépouiller de son passé alors qu’il s’incline devant Marie. Je crois qu’il en est ainsi, tant le visage qui se redresse après la profonde inclination paraît serein, réellement “ pacifié ”.

       198.4 Tout le monde se dirige vers la maison de Simon : Marie avec Yabeç dans ses bras, Jésus qui tient par la main Jean d’En-Dor et puis, autour et derrière, Lazare et Marthe, les apôtres avec Maximin, Isaac, Joseph, Timon.

       Ils entrent dans la maison sur le seuil de laquelle le vieux serviteur de Simon vénère Jésus et son maître.

       « Paix à toi, Joseph, ainsi qu’à cette maison », dit Jésus en levant la main pour bénir, après l’avoir posée sur la tête blanche du vieil homme.

       Une fois passé leur premier mouvement de joie, Lazare et Marthe se montrent un peu tristes, et Jésus les interroge :

       « Pourquoi donc, mes amis ?

       – Parce que tu n’es pas avec nous, et parce que tout le monde vient à toi excepté l’âme que nous voudrions tout à toi.

       – Affermissez votre patience, votre espérance, votre prière. Et puis, je suis avec vous. Cette maison !… Cette maison n’est que le nid d’où le Fils de l’homme volera chaque jour vers de chers amis, si voisins dans l’espace mais, à considérer les choses surnaturellement, infiniment plus proches dans l’amour. Vous êtes dans mon cœur et je suis dans le vôtre. Peut-on être plus proches que cela ? Mais ce soir nous serons ensemble. Veuillez vous asseoir à ma table.

       – Ah ! Pauvre de moi ! Et moi qui reste à flâner ici ! Viens, Salomé, nous avons du travail ! »

       Le cri de Marie, femme d’Alphée, fait sourire tout le monde, alors que la bonne parente de Jésus se lève rapidement pour vaquer à ses occupations.

       Mais Marthe la rejoint :

       « Marie, ne te fais pas de souci pour la nourriture. Je vais donner des ordres. Contente-toi de préparer les tables. Je t’enverrai les sièges qui seront nécessaires et tout ce qu’il faut. Viens, Marcelle. Je reviens tout de suite, Maître.

       198.5 – J’ai vu Joseph d’Arimathie, Lazare. Il vient lundi ici avec des amis.

       – Oh ! Alors, ce jour-là, tu m’appartiens !

       – Oui. Il vient pour que nous soyons ensemble, et aussi pour organiser une cérémonie qui concerne Yabeç. Jean, conduis l’enfant sur la terrasse. Il s’amusera. »

       Jean, toujours obéissant, se lève aussitôt de sa place, et peu après on entend le babil de l’enfant et le bruit de ses petits pieds sur la terrasse qui entoure la maison.

       « Cet enfant, explique Jésus à sa Mère, à ses amis, aux femmes, parmi lesquelles se trouve Marthe qui s’est empressée pour ne pas perdre une minute de joie auprès du Maître, c’est le petit-fils d’un paysan de Doras. Je suis passé par Esdrelon…

       – Est-il vrai que les champs sont désolés et qu’il veut les vendre ?

       – Pour être désolés, ils le sont ! Pour ce qui est de la vente, je l’ignore. Un paysan de Yokhanan m’en a parlé, mais je ne sais pas si c’est sûr.

       – S’il vendait… je les achèterais volontiers pour te procurer un asile même au milieu de ce nid de serpents.

       – Je ne crois pas que tu y parviennes. Yokhanan est décidé à les acquérir.

       – Nous verrons… Mais continue ton récit. Qui sont ces paysans ? Il a dispersé tous ceux qui s’y trouvaient.

       – Oui. Ceux-ci viennent de ses terres de Judée, au moins le vieillard qui est le parent de l’enfant. Il le gardait dans le bois comme un animal sauvage, pour que Doras ne l’aperçoive pas… et il y était depuis l’hiver…

       – Oh, le pauvre enfant ! Mais pourquoi ? »

       Les femmes sont toutes bouleversées.

       « Parce que son père et sa mère ont été ensevelis sous l’éboulement qui a eu lieu aux environs d’Emmaüs. Tous : père, mère, frères. Lui, il a échappé à la mort parce qu’il n’était pas à la maison. On l’a conduit chez son vieux grand-père. Mais que pouvait faire un paysan de Doras ? Toi, Isaac, tu as parlé de moi comme d’un sauveur, même pour ce cas.

       – Ai-je mal fait, Seigneur ? demande humblement Isaac.

       – Tu as bien fait. Dieu le voulait. Le vieillard m’a confié l’enfant qui doit aussi devenir majeur ces jours-ci.

       – Oh, le pauvre ! Il est si petit à douze ans ! Mon Jude mesurait le double à cet âge-là… Et Jésus ? Quelle fleur ! » dit Marie, femme d’Alphée.

       Salomé ajoute :

       « Même mes fils étaient bien plus forts ! »

       Et Marthe murmure :

       « Vraiment, il est petit ! Je croyais qu’il n’avait pas encore dix ans.

       – Ah ! La faim, c’est effroyable ! Or il a souffert de la faim depuis qu’il est au monde. Et maintenant… Que pouvait bien lui donner le vieil homme, si là-bas tout le monde meurt de faim ? dit Pierre.

       – Oui, il a beaucoup souffert. Mais il est très bon et intelligent. Je l’ai pris pour consoler le vieillard et l’enfant.

       198.6 – Tu l’adoptes ? demande Lazare.

       – Non. Je ne le peux pas. »

       – Dans ce cas, c’est moi qui le prends. »

       Pierre voit se dissiper son espoir et pousse un vrai gémissement :

       « Seigneur ! Tout pour lui ? »

       Jésus sourit :

       « Lazare, tu as déjà beaucoup fait et je t’en suis reconnaissant. Mais cet enfant, je ne peux te le confier. C’est “ notre ” enfant à nous tous. Il fait la joie des apôtres et du Maître. De plus, il grandirait ici dans le luxe. Je veux lui faire don de mon manteau royal : “ l’honnête pauvreté ”, celle que le Fils de l’homme veut pour lui-même, pour pouvoir approcher les plus grandes misères sans humilier personne. Tu as reçu encore récemment un cadeau de moi…

       – Ah oui ! Le vieux patriarche et sa fille. La femme est très active, et le vieil homme est bon.

       – Où sont-ils maintenant ? Je veux dire : à quel endroit ?

       – Mais ici, à Béthanie ! Crois-tu que j’aurais voulu éloigner la bénédiction que tu m’envoyais ? La femme travaille au lin. Ce travail demande des mains légères et expertes. Quant au vieillard, étant donné qu’il voulait absolument travailler, je l’ai mis aux ruches. Hier – n’est-ce pas, ma sœur ? –, sa longue barbe était toute dorée : les abeilles, en essaimant, s’y étaient toutes attachées, et il leur parlait comme à ses filles. Il est heureux.

       – Je le crois bien ! Sois béni ! Dit Jésus.

       – Merci, Maître. 198.7 Mais cet enfant t’occasionnera des frais ! Me permettrais-tu au moins…

       – C’est moi qui m’occupe de son vêtement de fête ! » s’écrie Pierre.

       Tout le monde rit de son impulsivité.

       « Très bien, mais il aura besoin d’autres vêtements. Simon, sois gentil. Moi aussi, je suis sans enfants. Permets que Marthe et moi nous nous consolions en lui faisant faire de petits habits. »

       Pierre, ainsi sollicité, s’émeut tout de suite :

       « Les habits… oui… mais le vêtement de mercredi, c’est moi qui m’en charge. Le Maître me l’a promis, et il a dit que j’irai avec sa Mère l’acheter demain. »

       Pierre dit tout cela par crainte de quelque changement à son détriment.

       Jésus sourit :

       « Oui, Mère. Je te prie d’accompagner Simon, demain. Sinon, cet homme va mourir d’angoisse. Tu le conseilleras pour le choix.

       – Moi, j’ai dit : vêtement rouge et ceinture verte. Cela ira très bien, mieux que cette couleur qu’il porte maintenant.

       – Le rouge ira très bien, répond doucement Marie. Jésus lui aussi portait un vêtement rouge. Mais je dirais que, sur le rouge, il vaudrait mieux une ceinture rouge, ou du moins avec une broderie rouge.

       –  Moi, je faisais cette proposition parce que je vois que Judas, qui est brun, est très beau avec ces bandes vertes sur son habit rouge.

       – Mais elles ne sont pas vertes, mon ami ! Dit en riant Judas.

       – Non ? Et quelle couleur est-ce alors ?

       – On appelle cette couleur “ veine d’agate ”.

       – Et que veux-tu que j’en sache ? ! Elle me paraissait verte. Je l’ai vue aussi sur les feuilles… »

       Marie intervient avec bienveillance :

       « Simon a raison. C’est exactement la couleur que prennent les feuilles aux premières pluies de Tisri…

       – Voilà ! Et comme les feuilles sont vertes, je disais que la ceinture était verte » conclut Pierre, satisfait.

       La douce Marie a apporté paix et joie jusque dans ce petit détail.

       198.8 « Appelez l’enfant ! » demande Marie.

       Il arrive aussitôt, avec Jean.

       « Comment t’appelles-tu ? demande Marie avec une caresse.

       – Je m’appelle… je m’appelais Yabeç. Mais maintenant j’attends un nom…

       – Tu en attends un ?

       – Oui, Yabeç veut un nom qui signifie que je l’ai sauvé. Tu le chercheras, Mère. Un nom d’amour et de salut. »

       Marie réfléchit… puis elle dit :

       « Marjiam (Maarhgziam). Tu es la petite goutte dans la mer de ceux qui sont sauvés par Jésus. Il te plaît ? Ce nom, outre le salut, sera aussi mon souvenir de moi.

       – Il est très beau, dit l’enfant tout content.

       – Mais n’est-ce pas un nom de femme ? demande Barthélemy.

       – Avec un “ l ” final au lieu d’un “ m ”, quand cette petite goutte d’humanité sera adulte, vous pourrez changer son nom en nom d’homme. Maintenant, il porte le nom que lui a donné la Mère. N’est-ce pas ? »

       L’enfant approuve et Marie le caresse.

       Sa belle-sœur tâte le petit manteau de Yabeç et l’interpelle :

       « C’est de la belle laine, mais elle a une de ces couleurs ! Qu’en dis-tu ? Je le teindrai en rouge très foncé. Cela ira bien.

       – nous le ferons demain soir, car alors il aura son nouveau vêtement. Maintenant, nous ne pouvons le lui enlever. »

       Marthe dit à l’enfant :

       « Viendrais-tu avec moi, mon petit ? Je t’emmène tout près d’ici pour voir plein de choses, et puis on revient ici… »

       Yabeç ne refuse pas. Il ne refuse jamais rien… mais il paraît un peu intimidé de partir avec une femme presque inconnue. Il dit timidement et avec gentillesse :

       « Est-ce que Jean pourrait venir avec moi ?

       – Mais bien sûr ! »

       Et ils s’en vont.

       198.9 Pendant leur absence, les conversations se poursuivent entre les différents groupes : récits, commentaires, soupirs sur la dureté des hommes…

       Isaac raconte ce qu’il a pu apprendre sur Jean-Baptiste. Certains prétendent qu’il est à Machéronte, d’autres à Tibériade. Les disciples ne sont pas encore de retour…

       « Mais ne l’avaient-ils pas suivi ?

       – Si. Mais, près de Docco, ceux qui l’avaient arrêté ont traversé le fleuve avec leur prisonnier, et on ne sait pas s’ils sont remontés vers le lac ou descendus à Machéronte. Jean, Mathias et Siméon se sont lancés à leur recherche pour s’informer et ils ne l’abandonneront sûrement pas.

       – Et toi, Isaac, tu n’abandonneras certainement pas ce nouveau disciple. Pour l’instant, il reste avec moi. Je veux qu’il fasse la Pâque avec moi.

       – Moi, je la ferai à Jérusalem, chez Jeanne. Elle m’a vu et m’a offert une chambre pour moi et mes compagnons. Ils viennent tous, cette année. Et nous serons avec Jonathas.

       – Même ceux du Liban ?

       – Eux aussi. Mais les disciples de Jean ne pourront peut-être pas venir.

       – Ceux de Yokhanan viennent, tu le sais ?

       – Vraiment ? Je serai à la porte, près des prêtres qui immolent. Je les verrai et je les amènerai avec moi.

       – Attends-les pour la dernière heure. Ils n’ont qu’un temps limité. Mais ils ont l’agneau.

       – Moi aussi. Magnifique. C’est Lazare qui me l’a donné. Nous immolerons celui-ci, et l’autre, le leur, leur servira pour le retour. »

       198.10 Marthe rentre avec Jean et l’enfant qui porte une petite chemise de lin blanc avec un vêtement de dessus rouge. Sur le bras, il a aussi un petit manteau rouge.

       « Tu les reconnais, Lazare ? Tu vois que tout sert ? »

       Le frère et la sœur se sourient.

       Jésus dit :

       « Je te remercie, Marthe.

       – Oh mon Seigneur ! J’ai la manie de tout garder. Je l’ai héritée de ma mère. J’ai encore beaucoup de vêtements de mon frère. Ils me sont chers parce que ma mère les a touchés. De temps en temps, j’en enlève une pièce pour quelque enfant. Je vais maintenant les donner à Marziam. Ils sont un peu longs, mais on peut les raccourcir. Lazare, devenu majeur, n’en a plus voulu… Un beau caprice, un vrai caprice d’enfant… et ma mère lui a cédé parce qu’elle adorait son Lazare. »

       Marthe le caresse avec amour, et Lazare prend sa très belle main, la baise et dit :

       « Et pas toi ? »

       Ils se sourient.

       « C’est providentiel, soulignent plusieurs.

       – Oui, mon caprice a été un bienfait. Peut-être me sera-t-il pardonné pour cette raison. »

       Le dîner est prêt et chacun gagne sa place…

       198.11 La nuit est tombée quand Jésus peut rester en paix avec sa Mère. Ils sont montés sur la terrasse et, assis l’un à côté de l’autre sur un siège, main dans la main, ils se parlent et s’écoutent.

       C’est d’abord Jésus qui raconte tout ce qui s’est passé. Puis c’est Marie qui dit :

       « Mon Fils, après ton départ, tout de suite après, une femme est venue chez moi… Elle te cherchait. Une grande misère. Et une grande rédemption. Mais cette femme a besoin de ton pardon pour persévérer dans sa résolution. Je l’ai confiée à Suzanne en lui disant que c’était une femme que tu avais guérie. C’est vrai. J’aurais pu la garder avec moi si notre maison n’était pas désormais une mer où tous font voile… et beaucoup avec des intentions malveillantes. Et la femme éprouve du dégoût pour le monde, désormais. Veux-tu savoir de qui il s’agit ?

       – C’est une âme. Mais dis-moi son nom pour que je puisse l’accueillir sans faire d’erreur.

       – C’est Aglaé, la romaine, mime et pécheresse que tu as commencé à sauver à Hébron, qui t’a cherché et trouvé à la Belle Eau, qui a déjà souffert de son honnêteté reconquise. Et combien !… Elle m’a tout dit… Quelle horreur !…

       – Son péché ?

       – Cela et… je dirais plus encore : quelle horreur est le monde ! Ah ! Mon Fils ! Méfie-toi des pharisiens de Capharnaüm ! Ils ont voulu se servir de cette malheureuse pour te nuire. Même d’elle…

       – Je le sais, Mère… Où est Aglaé ?

       – Elle arrivera avec Suzanne avant la Pâque.

       – C’est bien. Je lui parlerai. Je serai ici chaque soir et, mis à part la soirée pascale que je consacrerai à la famille, je l’attendrai. Tu n’as qu’à la retenir, si elle vient. C’est une grande rédemption, tu l’as dit. Et si spontanée ! En vérité, je te dis qu’en peu de cœurs ma semence prend racine avec autant de force que dans ce terrain dévasté. Et depuis lors, André l’a aidée à croître jusqu’à sa complète formation.

       – Elle m’en a fait part.

       – Mère, qu’as-tu éprouvé au voisinage de cette ruine ?

       – Du dégoût et de la joie. J’avais l’impression d’être au bord d’un abîme infernal, mais, en même temps, je me sentais transportée dans l’azur. Comme tu es Dieu, mon Jésus, quand tu accomplis de tels miracles ! »

       Ils se taisent — sous l’éclatante lumière des étoiles et dans la blancheur d’une lune qui approche de sa plénitude —, silencieux, aimants et prenant leur repos l’un dans l’amour de l’autre.

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