Une initative de
Marie de Nazareth

Les idolâtres de Magdalgad et le miracle accompli pour une femme en couches

lundi 8 mai 28
Magdalgad

Vision de Maria Valtorta

       220.1 Ashqelôn et ses cultures maraîchères ne sont plus qu’un souvenir. Dans la fraîcheur d’une splendide matinée, tournant le dos à la mer, Jésus se dirige avec ses disciples vers des collines toutes vertes, de faible altitude mais jolies, qui s’élèvent au-dessus de la plaine fertile. Ses apôtres reposés et satisfaits, sont tout joyeux ; ils parlent d’Ananias, de ses esclaves, d’Ashqelôn, de la bagarre qu’il y avait, à leur retour en ville pour apporter l’argent à Dina.

       « J’étais destiné, dit Thomas, à subir l’étreinte des philistins. La haine et l’amour se manifestent, si l’on veut, de la même façon et moi, qui n’avais pas souffert de leur haine, je n’ai pas été loin d’être blessé par leur amour. Pour un peu, ces gens que le miracle avait exaltés allaient nous mettre en prison pour nous faire dire où était le Maître. Et quel chahut ! N’est-ce pas, Jean ? La ville bouillonnait comme un chaudron. Ceux qui étaient fâchés ne voulaient pas entendre raison et voulaient rechercher les juifs pour les rosser. Ceux qui avaient profité du miracle et leurs amis voulaient persuader les premiers qu’un dieu était passé. Quelle confusion ! Ils ont de quoi discuter pendant des mois. L’ennui est qu’ils discutent plus avec des bâtons qu’avec leur langue. Eh bien… ils sont entre eux, qu’ils fassent ce qu’ils veulent !

       – Pourtant… ils ne sont pas méchants…, fait remarquer Jean.

       – Non. Ils sont seulement aveuglés par bien de choses » répond Simon le Zélote.

       Jésus garde le silence pendant un bon bout de chemin. Puis il dit :

       « Moi, je vais dans ce hameau sur la colline. Quant à vous, continuez vers Azoto. Faites attention. Soyez courtois, doux, patients. Même s’ils vous ridiculisent, supportez-le paisiblement, comme Matthieu hier, et Dieu vous viendra en aide. Sortez au crépuscule et allez près de l’étang qui se trouve aux environs d’Azoto. Nous nous retrouverons là.

       – Mais, Seigneur, je ne vais pas te laisser aller seul ! Ces gens-là sont violents. C’est imprudent, s’exclame Judas.

       – N’ayez pas peur pour moi. Va, Judas, va et sois prudent, toi. Adieu. Que la paix soit avec vous. »

       Guère enthousiastes, les douze s’éloignent. Jésus les regarde partir, puis il prend le sentier de la colline, frais, ombragé. La colline est couverte de vignes et de bosquets d’oliviers, de noyers, de figuiers bien cultivés, qui annoncent déjà une belle récolte. De petits champs de céréales occupent les endroits plats et, sur les pentes, paissent des chèvres blanches dans l’herbe verte.

       220.2 Jésus arrive aux premières maisons du pays. Il est sur le point d’y entrer quand il rencontre un étrange cortège. Des femmes crient, la voix des hommes alterne avec la leur dans un chant funèbre, et tous se livrent à une sorte de danse autour d’un bouc qui avance, les yeux bandés, meurtri de coups, les genoux en sang pour avoir trébuché et être tombé sur les pierres du sentier.

       Un second groupe, lui aussi vociférant et hurlant, s’agite autour d’une statue d’idole sculptée, bien laide en vérité, et tient en l’air des poêles avec des braises allumées dont ils alimentent la combustion en y jetant de la résine et du sel – du moins à ce qu’il me semble, car la première dégage une odeur de térébenthine et l’autre crépite comme le fait le sel –.

       Un dernier groupe entoure un santon devant lequel ils s’in­clinent en criant :

       « Par ta force ! (hommes).

       – Toi seul le peux ! (femmes).

       – Supplie le dieu ! (hommes).

       – Enlève le sortilège ! (femmes).

       – Commande à la matrice !

       – Sauve la femme ! »

       Et tous ensemble, en un hurlement infernal :

       « Mort à la magicienne ! »

       Et, de nouveau, avec une variante :

       « Par ta force !

       – Toi seul le peux !

       – ordonne au dieu !

       – Qu’il fasse voir !

       – Ordonne au bouc !

       – Qu’il montre la magicienne ! »

       Puis, avec des cris de damnés :

       « Qui hait la maison de Fara ! »

       220.3 Jésus arrête un homme du dernier groupe et lui demande doucement :

       « Qu’est-ce qu’il se passe ? Je suis étranger… »

       Comme la procession s’est arrêtée un moment pour frapper le bouc, jeter de la résine sur les braises et reprendre haleine, l’homme explique :

       « L’épouse de Fara, le grand homme de Magdalgad, est en train de mourir en couches. C’est une femme qui la hait qui lui a jeté un sort. Ses entrailles se sont nouées, et l’enfant ne peut naître. Nous recherchons la magicienne pour la tuer. C’est seulement comme cela que l’épouse de Fara sera sauve et, si nous ne trouvons pas la magicienne, nous sacrifierons le bouc, pour obtenir la plus grande pitié de la déesse Matrice. »

       (Je comprends alors que cette horreur de poupée est une déesse…).

       « Arrêtez-vous, dit Jésus à l’homme et à deux autres qui se sont approchés. Je suis capable de guérir la femme et de sauver le garçon. Dites-le au prêtre.

       – Tu es médecin ?

       – Plus que cela. »

       Les trois hommes fendent la foule et s’avancent vers le prêtre idolâtre. Ils lui parlent. La rumeur se répand. La procession, qui avait repris sa marche, s’arrête.

       Le prêtre, que ses oripeaux multicolores rendent imposant, fait signe à Jésus et ordonne :

       « Jeune homme, viens ici ! »

       Et quand il est près de lui :

       « Est-ce vrai, ce que tu dis ? Prends garde : si ce que tu prétends ne se produit pas, nous penserons que l’esprit de la magicienne s’est incarné en toi, et nous te tuerons à sa place.

       – C’est vrai. Conduisez-moi immédiatement auprès de cette femme et, en attendant, donnez-moi le bouc. J’en ai besoin. Otez-lui son bandeau et amenez-le-moi ici. »

       Ils obéissent. La pauvre bête, abasourdie, chancelante, tout en sang, est amenée à Jésus qui caresse son épais poil noir.

       « Maintenant il faut m’obéir en tout. L’acceptez-vous ?

       – Oui ! Crie la foule.

       – Allons, ne criez plus. Ne brûlez plus de résine. Je vous l’ordonne. »

       220.4 Ils se mettent en chemin, rentrent dans le village et, par la meilleure route, ils se rendent à une maison située au milieu d’un verger. Des cris et des pleurs sortent par les portes grandes ouvertes et, dominant tout, lugubres, les lamentations atroces de la femme qui ne peut donner le jour à son enfant.

       Ils courent avertir Fara qui s’avance, le teint terreux, échevelé, accompagné de femmes qui pleurent et d’inutiles santons pour qui on brûle de l’encens et des feuilles au-dessus des poêles en cuivre.

       « Sauve ma femme !

       – Sauve ma fille !

       – Sauve-la, sauve-la ! Crient tour à tour l’homme, une vieille femme, la foule.

       – Je la sauverai, et ton garçon avec elle, car c’est un garçon. Il est bien robuste, et il a des yeux doux de la couleur d’une olive qui mûrit et la tête couverte de cheveux noirs comme cette toison.

       – Comment le sais-tu ? Que vois-tu ? Même dans les entrailles ?

       – C’est en toute chose que je vois et pénètre. Je connais et je peux tout. Je suis Dieu. »

       Il aurait lancé la foudre que cela aurait produit moins d’effet. Tous se jettent par terre, comme morts.

       « Relevez-vous. Ecoutez : je suis le Dieu puissant et je ne supporte pas d’autres dieux en ma présence. Allumez un feu, et je­tez-y cette statue. »

       La foule se révolte. Elle commence à douter du “ dieu ” mystérieux qui lui enjoint de brûler la déesse. Les plus enflammés sont les prêtres.

       Mais Fara et la mère de l’épouse, à qui la vie de la femme tient à cœur, s’opposent à la foule hostile. Comme Fara est le grand homme du village, la foule réfrène son indignation. L’homme interroge néanmoins Jésus :

       « Comment puis-je croire que tu es un dieu ? Donne-m’en une preuve et j’ordonnerai qu’on fasse ce que tu veux.

       – Regarde. Vois-tu les blessures de ce bouc ? Elles sont ouvertes, n’est-ce pas ? Sanglantes, n’est-ce pas ? La bête est quasi mourante, n’est-ce pas ? Eh bien, je veux que cela ne soit pas… Voilà, regarde. »

       L’homme se penche et regarde… il s’écrie :

       « Il n’a plus de blessures ! » et il se jette par terre en suppliant :

       « Ma femme, ma femme ! »

       Mais le prêtre de la procession intervient :

       « Méfie-toi, Fara. Nous ne savons pas qui est cet homme ! Crains la vengeance des dieux. »

       L’homme est pris entre deux peurs : les dieux, sa femme… Il demande :

       « Qui es-tu ?

       – Je suis Celui qui suis, au Ciel, sur la terre. Toute force m’est soumise, toute pensée connue. Les habitants du Ciel m’adorent, les habitants de l’enfer me craignent. Et ceux qui croient en moi verront s’accomplir toutes sortes de prodiges.

       – Je crois ! Je crois… Quel est ton nom ?

       – Jésus Christ, le Seigneur incarné. Jetez cette idole aux flammes ! Je ne supporte pas de dieux en ma présence. Eteignez ces encensoirs ! Il n’y a que mon Feu qui possède puissance et volonté. Obéissez, ou je réduis en cendre votre vaine idole et je pars sans opérer le salut. »

       Jésus est terrible, dans son vêtement de lin des épaules duquel pend le manteau bleu qui retombe en arrière. Il a le bras levé dans l’attitude du commandement, le visage fulgurant. Ils en ont peur. Personne ne parle plus… Le cri, de plus en plus épuisé de la femme, déchire le silence. Mais ils hésitent à obéir.

       Le visage de Jésus devient de plus en plus insoutenable à regarder. C’est vraiment un feu qui brûle la matière et les âmes. Les encensoirs sont les premiers à subir sa volonté. Ceux qui les tiennent doivent les jeter parce qu’ils ne peuvent plus en supporter la chaleur. Et pourtant, les charbons paraissent éteints… Puis ce sont ceux qui portent l’idole qui doivent poser à terre le brancard qu’ils portaient sur leurs épaules avec des barres, car le bois se carbo­nise comme si une flamme mystérieuse le léchait et à peine arrivé au sol, le brancard de l’idole prend feu. Les gens fuient, terrorisés…

       220.5 Jésus se tourne vers Fara :

       « Peux-tu donc réellement croire à ma puissance ?

       – Je crois, je crois. Tu es Dieu. Tu es le dieu Jésus.

       – Non. Je suis le Verbe du Père, de Yahvé d’Israël, venu avec sa chair, son sang, son âme et sa divinité racheter le monde et lui donner la foi au Dieu véritable, un et trine, qui se tient dans les Cieux très hauts. Je viens apporter aide et miséricorde aux hommes pour qu’ils abandonnent l’erreur et viennent à la vérité, qui est le Dieu unique de Moïse et des prophètes. Peux-tu croire encore ?

       – Je crois, je crois !

       – Je suis venu apporter aux hommes la voie, la vérité, et la vie pour abattre les idoles, pour enseigner la sagesse. Le monde obtiendra la rédemption par moi, car je mourrai par amour pour le monde et pour le salut éternel des hommes. Peux-tu croire encore ?

       – Je crois, je crois !

       – Je suis venu dire aux hommes que, s’ils croient au vrai Dieu, ils auront la vie éternelle dans les Cieux, près du Très-Haut qui a créé tous les hommes, les animaux, les plantes et les planètes. Peux-tu croire encore ?

       – Je crois, je crois ! »

       Jésus n’entre même pas dans la maison. Il tend seulement les bras vers la pièce où souffre la femme, les mains tendues comme à la résurrection de Lazare et il crie :

       « Sors à la lumière, pour connaître la Lumière divine et sur l’ordre de la Lumière qui est Dieu ! »

       C’est un commandement de tonnerre auquel, après un moment, fait écho un cri de triomphe où résonnent une plainte et une joie, puis le cri d’un nouveau-né, faible, mais bien distinct, et qui se renforce de plus en plus.

       « Ton fils pleure en saluant la terre. Va le trouver et dis-lui, maintenant et plus tard, que la patrie ce n’est pas la terre, mais le Ciel. Fais-le grandir et, toi aussi, grandis avec lui, pour le Ciel. C’est la Vérité qui te parle. Cela (et il montre les encensoirs de cuivre, tordus comme des feuilles sèches qui ne peuvent plus servir à rien et gisent sur le sol, et la cendre qui marque la place du brancard de l’idole) cela, c’est le Mensonge qui n’apporte ni aide, ni salut. Adieu. »

       Il est sur le point de partir.

       220.6 Mais une femme accourt avec un vigoureux nouveau-né enveloppé dans des langes et elle crie :

       « C’est un garçon, Fara. Beau, robuste, aux yeux noirs foncés comme une olive qui mûrit ; ses cheveux sont plus noirs et plus fins que la toison d’un chevreau sacré. Et ta femme repose, heureuse. Elle ne souffre plus, comme s’il n’y avait rien eu. C’est inattendu, alors qu’elle était mourante… et après ces mots… »

       Jésus sourit et, comme l’homme lui présente son nouveau-né, il lui touche la tête du bout des doigts. A l’exception des prêtres qui sont partis, indignés à la vue de la défection de Fara, la foule s’approche, curieuse de voir le nouveau-né et désireuse de regarder Jésus.

       Fara voudrait lui offrir des objets et de l’argent pour le miracle. Mais Jésus dit avec douceur et fermeté :

       « Rien. Le miracle ne se paie que par la fidélité à Dieu qui l’a accordé. Je garde seulement ce bouc, en souvenir de ta ville. »

       Sur ce, il s’éloigne avec le bouc qui trottine auprès de lui comme si Jésus était son maître. Il est revenu à la vie, heureux, bêlant sa joie d’être avec quelqu’un qui ne le frappe pas…

       Ils descendent ainsi les pentes de la colline pour reprendre la grand-route qui conduit à Azoto…

       220.7 Quand, vers le soir, près de l’étang ombragé, Jésus voit arriver ses disciples, l’étonnement est réciproque : pour eux de voir Jésus avec ce bouc et pour lui de voir leurs visages déconfits d’hommes qui n’ont pas obtenu de résultats.

       « C’est un désastre, Maître ! Ils ne nous ont pas frappés, mais ils nous ont chassés de la ville. Nous avons erré dans la campagne et, en payant bien cher, nous avons pu nous procurer de la nourriture. Et pourtant, nous avons été doux…, disent-ils d’un air désolé.

       – Peu importe. A Hébron aussi, ils nous avaient chassés l’an dernier. Pourtant, cette fois, ils nous ont fait honneur. Il ne faut pas vous décourager.

       – Et toi, Maître ? Cet animal ? demandent-ils.

       – Je suis allé à Magdalgad. J’ai brûlé une idole et ses encensoirs. J’ai fait naître un garçon. J’ai prêché le vrai Dieu en faisant des miracles et j’ai emmené avec moi le bouc destiné à un rite idolâtre, à titre de récompense. Pauvre bête, elle n’était qu’une plaie !

       – Mais maintenant il se porte bien ! C’est une superbe bête !

       – C’était un animal sacré destiné à l’idole… En bonne santé, oui. Ce fut mon premier miracle pour les convaincre que c’était moi, le Puissant, et non pas leur morceau de bois.

       – Mais que vas-tu en faire ?

       – Je l’amène à Marziam. Un pantin hier, un bouc aujourd’hui. Je vais lui faire plaisir !

       – Mais tu veux le prendre avec toi jusqu’à Béther ?

       – Certainement. Je ne vois pas ce qu’il y a de déplaisant à le faire. Si je suis le Berger, je pourrai avoir un bouc. Puis nous le donnerons aux femmes et elles iront ainsi en Galilée. Nous trouverons une chevrette. Simon, tu deviendras berger de chèvres. Il vaudrait mieux des brebis… mais dans le monde, il y a plus de boucs que d’agneaux… C’est un symbole, mon Pierre. Rappelle-toi cela… Par ton sacrifice, tu feras en sorte que les boucs deviennent des agneaux. Venez. Rejoignons ce village parmi les vergers. Nous trouverons à nous loger soit dans les maisons, soit sur les gerbes qui sont déjà liées dans les champs. Et demain, nous irons à Jabnia. »

       Les apôtres sont étonnés, peinés, découragés. Etonnés par les miracles, affligés de ne pas y avoir assisté, découragés par leur incapacité alors que Jésus peut tout.

       Mais lui, au contraire, est si content ! Et il réussit à les persuader que “ rien n’est inutile, pas même un échec, car il sert à vous former à l’humilité alors que la parole sert à faire résonner un nom, le mien, et à laisser un souvenir dans les cœurs. ” Et il est si convaincant, sa joie est si lumineuse qu’ils retrouvent eux aussi la sérénité.

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