Une initative de
Marie de Nazareth

Sacrifice de Marziam pour la guérison d’une petite fille

mercredi 22 novembre 28
Nazareth

Vision de Maria Valtorta

       309.1 Ils sont accueillis dans une pauvre maison où se trouve une petite vieille entourée d’une ribambelle d’enfants d’environ dix à deux ans. La maison se trouve au milieu de petits champs peu entretenus, dont plusieurs sont transformés en prés où se dressent des arbres fruitiers qui ont survécu.

       « Paix à toi, Jeanne. Cela va mieux aujourd’hui ? Ils sont venus t’apporter de l’aide ?

       – Oui, Maître et Jésus. Et ils m’ont dit qu’ils reviendront pour semer. Ce sera tard, mais ils m’ont assuré que cela poussera encore.

       – Certainement, cela poussera. Ce qui serait un miracle de la terre et de la semence deviendra miracle de Dieu. Par conséquent un miracle parfait. Tes champs seront les plus beaux de cette région, et ces oiseaux qui t’entourent auront du grain en abondance pour remplir leurs becs. Ne pleure plus. L’année qui vient, cela ira déjà beaucoup mieux. Mais je t’aiderai encore. Ou plutôt tu seras aidée par une personne qui a le même nom que toi et qui ne se rassasie jamais d’être bonne. Regarde : voici pour toi. Avec cela, tu pourras tenir jusqu’aux récoltes. »

       La petite vieille prend la bourse et, en même temps, elle saisit la main de Jésus et la baise en pleurant. Puis elle demande :

       « Dis-moi quelle est cette bonne personne pour que je la nomme au Seigneur.

       – Une de mes femmes disciples et une sœur pour toi. Son nom est connu de moi et du Père des Cieux.

       – Oh ! C’est toi !

       – Moi, je suis pauvre, Jeanne. Je donne ce que je reçois. De moi-même, je ne puis que faire le miracle. Et je regrette de n’avoir pas appris plus tôt ton malheur. Je suis venu dès que Suzanne m’en a informé. C’était tard désormais. Mais l’œuvre de Dieu n’en resplendira que mieux.

       – Tard ! Oui. Tard ! La mort a été si rapide pour faucher ici ! Et elle a pris les jeunes, pas moi qui étais inutile. Ni ceux-ci, qui sont incapables. Mais ceux qui étaient solides pour le travail. Maudite lune d’Ellul, chargée d’influences malignes !

       – Ne maudis pas la planète. Elle n’y est pour rien…

       309.2 Sont-ils bons, ces petits ? Venez ici. Vous voyez ? Lui aussi est un enfant sans père ni mère. Et il ne peut pas même vivre avec son grand-père. Mais Dieu ne l’abandonne pas pour autant. Et il ne l’abandonnera pas tant qu’il sera bon. N’est-ce pas Marziam ? »

       Marziam est d’accord et il parle aux petits enfants qui se pressent autour de lui, plus petits que lui en âge, bien que certains soient sensiblement plus grands que lui. Il dit :

       « Ah ! C’est bien vrai que Dieu n’abandonne pas. Moi, je peux le dire. Mon grand-père a prié pour moi, et certainement aussi mon père et ma mère depuis l’autre vie. Et Dieu a écouté ces prières parce qu’il est très bon, et il écoute toujours les prières des justes, qu’ils soient morts ou vivants. Vos morts ont certainement prié pour vous, de même que cette chère petite grand-mère. Vous l’aimez bien ?

       – Oui, oui… »

       Le pépiement de la nichée orpheline s’élève avec enthousiasme.

       Jésus se tait pour écouter la conversation de son petit disciple et des orphelins.

       « Vous avez raison. Les gens âgés, il ne faut pas les faire pleurer. D’ailleurs, on ne doit faire pleurer personne car celui qui fait de la peine à son prochain en fait à Dieu. Mais les vieillards ! Le Maître traite bien tout le monde, mais avec les plus vieux, il est toute caresse, comme avec les enfants. Car les enfants sont innocents et les vieillards sont souffrants. Ils ont déjà tellement pleuré ! Il faut les aimer deux fois, trois fois, dix fois, pour tous ceux qui ne les aiment plus. Jésus dit toujours que celui qui n’honore pas la vieillesse est doublement méchant, tout comme celui qui maltraite un enfant. C’est que les personnes âgées et les enfants ne peuvent pas se défendre. Vous, par conséquent, soyez bons avec cette vieille mère.

       – Moi, quelquefois, je ne l’aide pas… dit l’un des grands.

       – Pourquoi ? Tu manges pourtant le pain qu’elle te présente avec sa fatigue ! Est-ce que tu n’y sens pas le goût de ses larmes quand tu la peines ?

       309.3 Et toi, femme, tu l’aides ? (La femme en question a tout au plus dix ans et c’est une frêle et pâle petite fille). »

       Ses petits frères disent en chœur :

       « Oh ! Rachel est bonne ! Elle veille tard pour filer le peu de laine et de coton que nous avons, et elle a attrapé la fièvre dans le champ pour le préparer aux semailles pendant que notre père mourait.

       – Dieu t’en récompensera, dit sérieusement Marziam.

       – Il m’a déjà récompensée en soulageant la peine de ma grand-mère. »

       Jésus intervient :

       « Tu ne demandes pas davantage ?

       – Non, Seigneur.

       – Mais es-tu guérie ?

       – Non, Seigneur. Mais ça n’a aucune importance. Maintenant, si je meurs, notre grand-mère est secourue. Avant, l’idée de mourir me déplaisait, parce que je l’aidais.

       – Mais la mort est une vilaine chose, fillette…

       – Comme Dieu m’aide pendant ma vie, il m’aidera à la mort et j’irai retrouver maman… Oh ! Ne pleure pas, ma chère grand-mère ! Je t’aime bien. Je ne le dirai plus si ça doit te faire pleurer. Et même, si tu veux, je demanderai au Seigneur de me guérir… Ne pleure pas, ma petite maman… »

       Et elle embrasse la petite vieille, désolée. Marziam renchérit :

       « Fais qu’elle guérisse, Seigneur. Mon grand-père, tu l’as rendu heureux pour moi. Rends heureuse cette petite grand-mère, maintenant…

       – Les grâces s’obtiennent par le sacrifice. Toi, quel sacrifice ferais-tu pour l’obtenir ? » demande sérieusement Jésus.

       Marziam réfléchit… Il cherche ce à quoi il lui sera le plus pénible de renoncer… puis il sourit :

       « Je ne prendrai plus de miel pendant toute une lune.

       – C’est peu ! Celle de Casleu est déjà bien avancée…

       – Je parle d’une lune pour dire quatre phases. Et pense… que, ces jours-ci, c’est la fête des Lumières et il y a les fouaces au miel…

       – C’est vrai. Eh bien ! Rachel guérira grâce à toi.

       309.4 Maintenant, partons. Adieu, Jeanne. Avant de partir, je viendrai encore. Adieu, Rachel, et toi Tobie, sois toujours bon. Adieu, vous tous, mes petits. Que ma bénédiction reste sur vous et ma paix en vous. »

       Ils sortent, suivis par les bénédictions de la petite vieille et des enfants.

       Marziam, maintenant qu’il a joué son rôle “ d’apôtre et victime ” se met à sauter comme un cabri en courant de l’avant.

       Simon observe avec un sourire :

       « Son premier sermon et son premier sacrifice. Voilà qui promet, ne te semble-t-il pas, Maître ?

       – Oui, mais il a déjà prêché à plusieurs reprises. Même pour Judas, fils de Simon…

       – … auquel il semble que le Seigneur fasse entendre raison par les enfants… Peut-être pour éviter des vengeances de sa part…

       – Des vengeances, non… Je ne crois pas qu’il en arrive à pareille méthode. Mais des réactions vives, oui. Celui qui mérite un reproche n’aime pas la vérité… Et pourtant, il faut la dire… »

       Jésus soupire.

       Simon l’observe, puis demande :

       « Maître, dis-moi la vérité. Tu l’as éloigné, et tu as pris la décision d’envoyer tout le monde à la maison pour les Encénies, pour empêcher que Judas soit en Galilée à ce moment-là. Je ne te demande pas et je ne veux pas que tu me dises pourquoi il est bon que l’homme de Kérioth ne soit pas parmi nous. Il me suffit de savoir si j’ai deviné. Tous le pensent, tu sais ? Même Thomas. Il m’a dit : “ Je pars sans réagir, car je comprends qu’il y a là-dessous un motif sérieux ”. Et il a ajouté : “ Et le Maître fait bien d’agir comme il le fait. Trop de Nahum, de Sadoq, de Yokhanan et d’Eléazar dans les amitiés de Judas… ” Il n’est pas sot, Thomas ! Et il n’est pas mauvais, bien que très “ humain ”. Son affection pour toi est vraiment sincère…

       – Je le sais. Et ce que vous avez pensé est vrai. Vous en connaîtrez bientôt la raison…

       – Nous ne te la demandons pas.

       – Mais j’aurai à vous demander de l’aide et je devrai vous la dire. »

       309.5 Margziam revient en vitesse :

       « Maître, là-bas, là où le sentier débouche sur la route, il y a ton cousin Simon, tout en sueur comme s’il avait beaucoup couru. Il m’a demandé : “ Où est Jésus ? ” J’ai répondu : “ Là, en arrière, avec Simon le Zélote. ” Il m’a dit : “ Il passe par ici ? ” “ Certainement, ai-je répondu, on passe par ici pour rentrer à la maison, à moins de faire comme les oiseaux qui volent et vont de tous les côtés pour revenir à leurs nids. ” Je lui ai aussi demandé : “ Tu veux le voir ? ” Ton frère est resté hésitant. Pourtant, il le veut, j’en suis sûr.

       – Maître, il a déjà vu sa femme… Voici ce que nous allons faire : Marziam et moi, nous te laissons seul. Nous passerons par derrière. De toutes façons… nous ne sommes pas pressés d’arriver… Et toi, tu suis le chemin direct.

       – Oui. Merci, Simon. Adieu à tous les deux. »

       Ils se séparent et Jésus presse le pas vers la grand-route.

       309.6 Voilà Simon, adossé à un tronc d’arbre, qui halète et essuie sa sueur. A la vue de Jésus, il lève les bras… puis les laisse retomber, et baisse la tête humblement.

       Jésus le rejoint et lui pose la main sur l’épaule :

       « Que veux-tu de moi, Simon ? Me faire plaisir en me disant une parole d’amour que j’attends depuis de nombreux jours ? »

       Simon baisse encore davantage la tête et garde le silence…

       « Parle ! Suis-je donc un étranger pour toi ? Non, en vérité tu es toujours mon bon frère Simon, et moi, je suis pour toi le petit Jésus que tu portais péniblement dans tes bras, mais avec tant d’amour, quand nous sommes revenus à Nazareth. »

       L’homme cache son visage de ses mains et se laisse tomber à genoux en gémissant :

       « Oh ! Mon Jésus ! C’est moi le coupable, mais je suis suffisamment puni…

       – Allons, lève-toi ! Nous sommes parents. Allons ! Que veux-tu ?

       – Mon enfant ! Il est… »

       Les sanglots l’étranglent.

       « Ton enfant ? Eh bien ?

       – Il est vraiment mourant, et avec lui meurt l’amour de Salomé… Et je reste avec deux remords : d’avoir perdu à la fois mon enfant et mon épouse… Cette nuit, j’ai cru qu’il était déjà mort, et elle ressemblait à une hyène. Elle me criait au visage : “ Assassin de ton fils ! ” J’ai prié pour que cela n’arrive pas, en me jurant à moi-même de venir à toi si l’enfant reprenait des forces, même si on devait me chasser – je le mérite, du reste – pour te faire savoir que toi seul pouvais empêcher mon malheur. A l’aurore, l’état de l’enfant s’est amélioré…

       309.7 Je me suis enfui de ma maison pour aller à la tienne en passant par derrière la ville, pour ne pas trouver d’obstacles… J’ai frappé. Ta Mère m’a ouvert, tout étonnée. Elle aurait pu me recevoir mal. Elle m’a seulement demandé : “ Qu’as-tu, mon pauvre Simon ? ” Et elle m’a caressé comme si j’étais encore un enfant… Cela m’a fait beaucoup pleurer. Et l’orgueil, l’hésitation ont ainsi disparu. Ce n’est pas possible que ce que nous a dit Judas, ton apôtre, soit vrai. Cela, je ne l’ai pas dit à Marie, mais je me le dis à moi-même, en me frappant la poitrine et en me traitant de tous les noms, depuis ce moment-là. J’ai demandé à Marie : “ Est-ce que Jésus est là ? C’est pour Alphée. Il va mourir… ” Elle m’a répondu : “ Cours ! Il est du côté de Cana avec l’enfant et un apôtre. Sur la route de Cana. Mais fais vite. Il est sorti à l’aurore. Il va revenir. Je vais prier pour que tu le trouves. ” Pas un mot de reproche, pas un, pour moi qui en mérite tant !

       – Moi non plus, je ne te fais aucun reproche. Mais je t’ouvre les bras pour…

       – Hélas ! Pour me dire qu’Alphée est mort !

       – Non. Pour te dire que je t’aime toujours.

       – Viens, alors ! Vite ! Vite !

       – Non. Ce n’est pas nécessaire.

       – Tu ne viens pas ? Ah ! Tu ne pardonnes pas ? Ou bien Alphée est mort ? Mais même s’il l’est, Jésus, Jésus, Jésus, toi qui ressuscites les morts, rends-moi mon fils ! Oh ! Bon Jésus ! Oh ! Saint Jésus ! Oh ! Jésus que j’ai abandonné… Oh ! Jésus, Jésus, Jésus… »

       Les pleurs de l’homme remplissent la route solitaire pendant que, de nouveau à genoux, il chiffonne convulsivement le vêtement de Jésus ou lui baise les pieds, brisé par la douleur, le remords, l’amour paternel…

       309.8 « Tu n’es pas passé chez toi avant de venir ici ?

       – Non. J’ai couru comme un fou jusqu’ici… Pourquoi ? Il y a un autre malheur ? Salomé est déjà en fuite ? Elle est devenue folle ? On l’aurait pensé, cette nuit déjà…

       – Salomé m’a parlé. Elle a pleuré. Elle a cru. Va chez toi, Simon. Ton fils est guéri.

       – Toi !… Toi !… Tu as fait cela pour moi qui t’ai offensé en croyant à ce serpent ? Oh ! Seigneur ! Je n’en suis pas digne ! Pardon ! Pardon ! Pardon ! Dis-moi ce que tu veux que je fasse pour réparer, pour te dire que je t’aime, pour te persuader que je souffrais de garder les distances, pour te dire que depuis que tu es ici, même avant qu’Alphée soit si malade, je désirais te parler !… Mais… Mais…

       – Laisse tomber. Tout cela, c’est du passé. Moi, je ne m’en souviens plus. Fais de même, et oublie aussi les paroles de Judas. C’est un enfant. De toi, je veux seulement ceci : que, ni maintenant ni jamais, tu ne répètes ces paroles à mes disciples, à mes apôtres et encore moins à ma Mère. Cela seulement. Maintenant, Simon, rentre chez toi. Va. Sois en paix… Ne tarde pas à profiter de la joie qui remplit ta maison. Va. »

       Il l’embrasse et le pousse doucement vers Nazareth.

       « Tu ne viens pas avec moi ?

       – Je t’attends chez moi avec Salomé et Alphée. Va. Et souviens-toi que c’est grâce à ton épouse, qui a su ne croire qu’à la vérité, que tu as cette joie actuelle. Grâce à elle.

       – Tu veux dire qu’à moi…

       – Non. Je veux dire que j’ai senti en toi le repentir. Et ton repentir est venu de son cri d’accusation… Vraiment, Dieu crie par la bouche des bons et, par eux, il avertit et conseille ! Et j’ai vu la foi humble et forte de Salomé. Va, je te dis. Ne tarde pas davantage à lui dire merci. »

       Il le pousse presque rudement pour le persuader de partir. Et quand finalement Simon s’en va, il le bénit… puis il hoche la tête en un muet soliloque et des larmes coulent lentement sur son pâle visage… Un seul mot révèle là où se porte sa pensée :

       « Judas ! »…

       Il prend le même petit chemin pris par Simon le Zélote, par derrière les limites de la ville, en direction de sa maison.

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