Une initative de
Marie de Nazareth

Aglaé et le parfum de sa joie d’être sauvée

lundi 27 mars 28
Béthanie

Vision de Maria Valtorta

       200.1 Jésus rentre seul chez Simon le Zélote. Le soir arrive, tranquille et serein après tant de soleil. Jésus se montre à la porte de la cuisine, salue, puis monte méditer dans la salle de l’étage supérieur, déjà préparée pour le dîner.

       Le Seigneur ne semble pas bien gai. Il soupire souvent et va et vient dans la pièce. Il jette de temps à autre un regard sur la campagne environnante que l’on voit par les nombreuses portes de cette vaste pièce qui forme un cube au-dessus du rez-de-chaussée. Il sort aussi se promener sur la terrasse en faisant le tour de la maison, et s’arrête du côté arrière pour regarder Jean d’En-Dor qui, courtoisement, puise de l’eau au puits pour l’apporter à Salomé, tout affairée. Il regarde, secoue la tête, soupire.

       La puissance de son regard attire Jean qui se retourne pour regarder et demande :

       « Maître, tu as besoin de moi ?

       – Non, je t’observais seulement.

       – Il est bon, Jean. Il m’aide, dit Salomé.

       – De cette aide aussi Dieu le récompensera. »

       Sur ces mots, Jésus rentre dans la pièce et s’assied.

       200.2 Il est tellement absorbé qu’il ne remarque pas la rumeur de plusieurs voix et le bruit de nombreux pas dans le corridor d’entrée, puis deux pas légers qui montent l’escalier extérieur et s’approchent de la salle. C’est seulement quand Marie l’appelle qu’il lève la tête.

       « Mon Fils, Suzanne est arrivée à Jérusalem avec sa famille et m’a aussitôt amené Aglaé. Veux-tu l’entendre pendant que nous sommes seuls ?

       – Oui, Mère, dès maintenant ; que personne ne monte jusqu’à ce que tout soit fini. J’espère avoir tout terminé avant le retour des autres. Mais je te prie de veiller à ce qu’il n’y ait pas de curiosités indiscrètes… chez personne… et en particulier chez Judas, fils de Simon.

       – J’y veillerai soigneusement… »

       Marie sort pour revenir peu après en tenant Aglaé par la main, non plus emmitouflée dans son manteau gris et dans son voile qui lui retombait sur le visage, non plus avec les sandales hautes et compliquées de boucles et de courroies qu’elle portait auparavant, mais en tout point semblable à une femme du pays : des sandales plates et basses, très simples comme celles de Marie, un vêtement bleu foncé sur lequel se drape le manteau, un voile blanc qu’elle porte comme les juives du peuple, c’est-à-dire posé simplement sur la tête avec un coin qui retombe sur les épaules, de sorte que le visage est voilé, mais pas complètement. Ce vêtement commun à une infinité d’autres femmes et le fait d’être dans un groupe de galiléens ont épargné à Aglaé d’être reconnue.

       Elle entre, la tête inclinée, rougissant comme une pivoine à chaque pas qu’elle fait, et je crois que, si Marie ne l’avait pas poussée doucement vers Jésus, elle se serait agenouillée sur le seuil.

       « Voici, mon Fils, celle qui te cherche depuis fort longtemps. Ecoute-la » dit Marie quand elle arrive auprès de Jésus.

       Elle abaisse les rideaux sur les portes ouvertes et ferme celle qui est la plus proche de l’escalier.

       200.3 Aglaé enlève le petit sac qu’elle avait sur les épaules, s’agenouille aux pieds de Jésus et fond en larmes. Elle glisse à terre et pleure, la tête appuyée sur ses bras croisés contre le sol.

       « Ne pleure pas comme cela. Ce n’est plus le moment. Il te fallait pleurer lorsque tu éprouvais de la haine contre Dieu, pas maintenant que tu l’aimes et que tu en es aimée. »

       Mais Aglaé continue de pleurer…

       « Tu ne crois pas qu’il en est ainsi ? »

       Sa voix se fraye un chemin à travers les sanglots :

       « Je l’aime, c’est vrai, comme je sais le faire, comme je le peux… mais j’ai beau savoir et croire que Dieu est bonté, je ne puis oser espérer obtenir son amour. J’ai trop péché… Je l’obtiendrai, un jour peut-être… mais je dois encore beaucoup pleurer… Pour l’instant, je suis seule dans mon amour. Je suis seule… Ce n’est plus la solitude désespérée des années passées. C’est une solitude remplie du désir de Dieu et qui n’est donc plus désespérée… mais si triste, si triste…

       – Aglaé, comme tu connais mal encore le Seigneur ! Ce désir que tu as de lui est pour toi une preuve que Dieu répond à ton amour, qu’il est pour toi un ami, qu’il t’appelle, qu’il t’invite, qu’il te veut. Dieu est incapable de rester inerte devant le désir de la créature, car ce désir, c’est lui qui l’a allumé dans ce cœur, lui, le Créateur et Seigneur de toute créature. C’est lui qui l’a allumé, car il a aimé d’un amour privilégié l’âme qui maintenant le désire. Le désir de Dieu précède toujours le désir de la créature, car il est le Très-Parfait et son amour est bien plus actif et brûlant que l’amour de la créature.

       – Mais comment, comment Dieu peut-il aimer ma boue ?

       – Ne cherche pas à comprendre avec ton intelligence. C’est un abîme de miséricorde incompréhensible pour l’esprit humain. Mais ce que l’intelligence de l’homme ne peut comprendre, l’intelligence de l’amour, l’amour de l’esprit le comprend au contraire. Cet amour comprend et entre avec assurance dans le mystère qui est Dieu et dans le mystère des rapports de l’âme avec Dieu. Entre, c’est moi qui te le dis. Entre, parce que Dieu le veut.

       – Oh ! Mon Sauveur ! Mais alors, suis-je bien pardonnée ? Suis-je vraiment aimée ? Dois-je le croire ?

       – T’ai-je jamais menti ?

       – Oh non, Seigneur ! Tout ce que tu m’as dit à Hébron s’est vérifié. Tu m’as sauvée, comme tu l’as dit par ton nom. Tu m’as cherchée, moi, pauvre âme perdue. Tu as redonné la vie à cette âme que je portais en moi, morte. Tu m’as dit que si je te cherchais je te trouverais, et cela s’est vérifié. Tu m’as dit que tu es partout où l’homme a besoin de médecin et de remèdes. Et c’est vrai. Tout, tout ce que tu as dit à la pauvre Aglaé, depuis ces paroles du matin de juin jusqu’à celles de la Belle Eau…

       – Par conséquent, tu dois croire à celles-ci aussi.

       – Oui, je crois, je crois ! Mais dis-moi, toi : “ Je te pardonne ” !

       – Je te pardonne au nom de Dieu et de Jésus.

       – Je te remercie… 200.4 Mais maintenant… Maintenant que dois-je faire ? Dis-moi, mon Sauveur, ce que je dois faire pour avoir la vie éternelle ? L’homme se corrompt, rien qu’à me regarder… Je ne peux plus vivre dans la crainte continuelle d’être découverte et harcelée… Durant ce voyage, je tremblais devant chaque regard d’homme… Je ne veux plus pécher ni faire pécher. Indique-moi le chemin à suivre. Quel qu’il soit, je le suivrai. Tu vois que je suis encore forte, malgré les privations… Et même si, à la suite d’un excès de privations, je rencontrais la mort, je n’en aurais pas peur. Je l’appellerais “ mon amie ” car elle me soustrairait aux dangers de la terre, et pour toujours. Parle, mon Sauveur.

       – Va dans un lieu désert.

       – Où, Seigneur ?

       – Là où tu veux. Là où te conduira ton esprit.

       – En sera-t-il capable, mon esprit à peine formé ?

       – Oui, parce que Dieu te conduit.

       – Et qui me parlera désormais de Dieu ?

       – Ton âme ressuscitée, pour le moment…

       – Je ne te verrai jamais plus ?

       – Jamais plus sur la terre. Mais d’ici peu, je t’aurai totalement rachetée et alors je viendrai vers ton âme pour te préparer à monter vers Dieu.

       – Comment ma complète rédemption adviendra-t-elle, si je ne te vois plus ? Comment me la donneras-tu ?

       – En mourant pour tous les pécheurs.

       – Oh non ! Toi, mourir ? Non !

       – Pour vous donner la vie, je dois me livrer à la mort. C’est pour cela que je suis venu en tant qu’homme. Ne pleure pas… Tu me rejoindras sans tarder là où je serai après mon sacrifice et le tien.

       – Mon Seigneur ! Moi aussi, je mourrai pour toi ?

       – Oui, mais d’une autre manière. Ta chair mourra d’heure en heure, et par la décision de ta volonté. Cela fait presque un an qu’elle est en train de mourir. Quand elle sera tout à fait morte, je t’appellerai.

       – Aurai-je la force de détruire ma chair coupable ?

       – Dans la solitude où tu seras et où Satan t’assaillira avec une violence haineuse au fur et à mesure que tu appartiendras davantage au Ciel, tu trouveras un de mes apôtres autrefois pécheur, puis racheté.

       – Alors ce n’est pas l’apôtre béni qui me parlait de toi ? Il est trop honnête pour avoir été pécheur.

       – Pas celui-là, mais un autre. Il te rejoindra au bon moment. Il te dira ce que tu ne peux encore savoir. Va en paix. Que la bénédiction de Dieu soit sur toi. »

       200.5 Aglaé, qui est toujours restée à genoux, se penche pour baiser les pieds du Seigneur. Elle n’ose faire plus. Puis elle reprend son sac et le retourne. Il en tombe des vêtements simples, un petit sac qui résonne et une amphore d’un délicat albâtre rose.

       Aglaé remet les vêtements dans le sac et saisit le sachet :

       « Voici pour tes pauvres. C’est le reste de mes bijoux. Je n’ai gardé que l’argent de ma nourriture durant le voyage… car, même si tu ne me l’avais pas dit, je serais partie dans un lieu éloigné. Maintenant, ceci c’est pour toi. Certes, c’est moins suave que le parfum de ta sainteté, mais c’est tout ce que la terre peut donner de meilleur. Et je m’en servais pour faire le pire… Le voilà. Que Dieu m’accorde d’exhaler un parfum au moins égal à celui-ci, en ta présence au Ciel. »

       Sur ce, elle enlève à l’amphore son bouchon précieux et en renverse le contenu sur le sol. Une odeur pénétrante de roses s’élève à flots du carrelage imprégné de cette essence précieuse.

       Aglaé ramasse l’amphore vide :

       « En souvenir de cette heure » dit-elle, puis elle s’incline une nouvelle fois pour baiser les pieds de Jésus, se relève, se retire à reculons, sort, ferme la porte…

       On entend son pas qui s’éloigne vers l’escalier, sa voix qui échange quelques mots avec Marie, puis le bruit des sandales sur les marches de l’escalier, et plus rien. D’Aglaé, il ne reste que le petit sachet aux pieds de Jésus et l’arôme pénétrant répandu dans toute la pièce.

       Jésus se lève… ramasse le sachet et le met sur son sein, se dirige vers une ouverture qui donne sur le chemin, sourit à la vue de la femme qui, seule, s’éloigne dans son manteau de femme juive en direction de Bethléem. Il fait un geste de bénédiction, puis va sur la terrasse et appelle :

       « Maman ! »

       Marie monte vivement l’escalier :

       « Tu l’as rendue heureuse, mon Fils. Elle est partie, courageuse et paisible.

       – Oui, Mère. Quand André reviendra, envoie-le-moi avant les autres. »

       200.6 Après un certain temps, on entend les voix des apôtres qui reviennent… André accourt :

       « Maître, tu me demandes ?

       – Oui, viens ici. Que personne ne le sache, mais à toi, il est juste que je te le dise : André, merci au nom du Seigneur et d’une âme.

       – Merci ? De quoi ?

       – ne sens-tu pas ce parfum ? C’est le souvenir de la femme voilée. Elle est venue. Elle est sauvée. »

       André rougit comme une pivoine, tombe à genoux et ne sait que dire… Finalement, il murmure :

       « Maintenant je suis content. Que le Seigneur soit béni !

       – Oui, lève-toi. Ne dis pas aux autres qu’elle est venue.

       – Je me tairai, Seigneur.

       – Va. Ecoute : Judas est-il encore là ?

       – Oui, il a voulu nous accompagner… en disant… beaucoup de mensonges. Pourquoi agit-il ainsi, Seigneur ?

       – Parce que c’est un enfant gâté. Dis-moi la vérité : vous vous êtes disputés ?

       – Non. Mon frère était trop heureux avec son enfant pour en avoir le désir, et les autres… tu sais… sont plus prudents. Mais il est certain que, dans notre cœur, nous sommes tous dégoûtés. Mais il s’en va après le dîner… D’autres amis… dit-il. Ah ! Et il méprise les prostituées !

       – Sois bon, André. Toi aussi, tu dois être heureux ce soir…

       – Oui, Maître. Moi aussi, j’ai mon invisible, mais douce paternité. Je m’en vais. »

       200.7 Après quelque temps, les apôtres montent en groupe avec l’enfant et Jean d’En-Dor. Les femmes les suivent avec les plats et les lampes. Lazare arrive en dernier en compagnie de Simon.

       A peine entrés dans la pièce, ils s’exclament :

       « Ah, cela venait d’ici ! » en humant l’air empli du parfum de roses, malgré les portes grandes ouvertes.

       « Mais qui a parfumé ainsi cette pièce ? Marthe, peut-être ? demandent plusieurs.

       – Ma sœur n’a pas quitté la maison de la journée, après les repas, répond Lazare.

       – Alors qui ? Quelque satrape assyrien ? plaisante Pierre.

       – L’amour d’une femme rachetée, dit sérieusement Jésus.

       – Elle pouvait faire l’économie de cet inutile étalage de rédemption et donner aux pauvres ce qu’elle a dépensé. Il y en a tellement ! Et ils savent que nous faisons des distributions. Je n’ai plus le moindre sou, intervient Judas sur un ton irrité. Or il nous faut acheter l’agneau, louer une pièce pour le repas de Pâque et…

       – Mais je vous ai tout offert moi-même, rétorque Lazare.

       – Ce n’est pas juste. Le rite perd de son charme. La Loi dit : “ Tu prendras l’agneau pour toi et ta maison. ” Elle ne dit pas : “ Tu accepteras l’agneau. ” »

       Barthélemy se retourne brusquement, ouvre la bouche, puis la referme. Pierre devient cramoisi sous l’effort qu’il fait pour se taire. Mais Simon le Zélote, qui est chez lui, croit pouvoir parler :

       « Tout cela, ce sont des subtilités rabbiniques… Je te prie de les laisser tomber et, en échange, de rester respectueux envers mon ami Lazare.

       – Bravo, Simon ! »

       S’il ne parle pas, Pierre va éclater.

       « Bravo ! Il me semble aussi qu’on oublie un peu trop que seul le Maître a le droit d’enseigner… »

       Pierre dit “ on oublie ” en faisant un effort héroïque pour ne pas préciser : “ Judas oublie. ”

       « C’est vrai… mais… je suis nerveux, voilà. Excuse-moi, Maître.

       – Oui. Et je te réponds aussi. La reconnaissance est une grande vertu. Je suis reconnaissant à Lazare, comme cette femme rachetée m’a été reconnaissante. Moi, je répands sur Lazare le parfum de ma bénédiction, même pour ceux de mes apôtres qui ne savent pas le faire, moi qui suis votre chef à tous. Cette femme a répandu à mes pieds le parfum de sa joie d’être sauvée. Elle a reconnu le Roi, et elle est venue à lui avant beaucoup d’autres sur lesquels le Roi a répandu plus d’amour que sur elle. Laissez-la faire sans la critiquer. Elle ne pourra assister à ma proclamation ni à mon onction. Sa croix est déjà sur ses épaules. Pierre, tu as demandé s’il était venu ici un satrape assyrien. En vérité, je te dis que même l’encens des Mages, si pur et si précieux qu’il ait pu être, n’était pas plus suave, plus précieux que ceci. L’essence s’est détrempée dans ses larmes, et c’est pour cela qu’elle est si pénétrante : l’humilité soutient l’amour et le rend parfait. Mettons-nous à table, mes amis… »

       Et la vision cesse avec l’offrande de la nourriture.

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