Une initative de
Marie de Nazareth

En route avec les bergers

jeudi 17 juin 27
Entre Hébron et la vallée du Térébinthe

Vision de Maria Valtorta

       79.1 Jésus marche avec ses disciples sur une route, le long d’un torrent. Le long… c’est une façon de parler : le torrent est en contrebas ; en haut, le long de la côte, il y a une route en lacets, comme on en trouve souvent dans les régions montagneuses.

       Jean, chargé comme un portefaix d’un gros sac bien rempli, est rouge pivoine. Judas, quant à lui, porte celui de Jésus en plus du sien. Simon a seulement le sien et les manteaux. Jésus a repris ses sandales et son vêtement. La mère de Judas a donc dû le faire laver parce qu’il n’a pas de faux plis.

       « Que de fruits ! Quels beaux vignobles sur ces collines ! Dit Jean auquel la chaleur et la fatigue ne font pas perdre sa bonne humeur. Maître, est-ce le cours d’eau sur les rives duquel nos pères cueillirent les grappes miraculeuses ?

       – Non, c’est l’autre, plus au sud. Mais toute la région était un endroit béni aux fruits excellents.

       – Maintenant, elle ne l’est plus autant, bien qu’elle soit encore belle.

       – Trop de guerres ont dévasté son sol. C’est ici que s’est fait Israël… mais pour cela, il a dû le féconder de son sang et de celui des ennemis.

       – Où trouvons-nous les bergers ?

       – A cinq milles d’Hébron, sur les rives du fleuve dont tu parlais.

       – De l’autre côté de cette colline, alors.

       – Plus loin.

       – Il fait très chaud. L’été… Où allons-nous ensuite, Maître ?

       – Dans un endroit encore plus chaud, mais je vous prie de venir. Nous voyagerons de nuit. Les étoiles sont si claires qu’il n’y a guère d’obscurité. Je veux vous montrer un endroit…

       – Une ville ?

       – Non… un endroit… qui vous fera comprendre le Maître… peut-être mieux que ses paroles.

       79.2 – ce stupide incident nous a fait perdre plusieurs jours. Il a tout gâché… et ma mère, qui avait fait tant de préparatifs, a été déçue. Et puis je ne sais pourquoi tu as voulu t’isoler jusqu’à la purification.

       – Judas, pourquoi qualifies-tu de stupide un événement qui a été une grâce pour un vrai fidèle ? Ne te souhaiterais-tu pas une telle mort à toi-même ? Toute sa vie, il avait attendu le Messie. Malgré son âge, il était déjà parti sur des chemins incommodes pour l’adorer quand on lui a dit : “ Il est là. ” Durant trente ans, il avait gardé au fond du cœur la parole de ma Mère. L’amour et la foi l’ont envahi de leurs feux à la dernière heure que Dieu lui réservait. Son cœur s’est brisé de joie, consumé comme un holocauste agréable par le feu de Dieu. Quel sort meilleur que celui-là ? Il a gâché la fête que tu avais préparée ? Vois en cela une réponse de Dieu. On ne mélange pas ce qui est de l’homme avec ce qui vient de Dieu… Ta mère, elle m’aura encore. Ce vieillard n’aurait plus pu me voir. Tout Kérioth peut encore venir au Christ, mais ce vieillard n’avait plus assez de force pour le faire. J’ai été heureux d’avoir accueilli sur mon cœur ce vieux père mourant et d’avoir recommandé son âme. Quant au reste… Pourquoi scandaliser en manifestant du mépris pour la Loi ? Pour dire : “ Suivez-moi ”, il faut marcher. Pour entraîner sur une voie sainte, il faut suivre la même voie. Comment aurais-je pu ou comment pourrais-je dire : “ Soyez fidèles ”, si j’étais moi-même infidèle ?

       – Je crois que cette erreur est la cause de notre décadence. Les rabbins et les pharisiens accablent le peuple sous le poids des prescriptions et puis… et puis ils agissent comme celui qui a profané la maison de Jean en en faisant un lieu de débauche, observe Simon.

       – C’est un homme d’Hérode… insiste Judas.

       – Oui, Judas. Mais on trouve les mêmes fautes dans les castes que l’on dit saintes et qui, d’ailleurs, prétendent elles-mêmes l’être. Qu’en dis-tu, Maître ? dit Simon.

       – Je dis que tant qu’il y aura une poignée de vrai levain et de vrai encens en Israël, on fera du pain et on parfumera l’autel.

       – Que veux-tu dire ?

       – Je veux dire que si quelqu’un vient à la vérité avec un cœur droit, la vérité se répandra comme un levain dans la farine et comme un encens pour Israël tout entier.

       – Que t’a dit cette femme ? » demande Judas.

       Jésus ne répond pas. Il se tourne vers Jean :

       « Cela pèse lourd et c’est fatigant. Donne-moi ta charge.

       – Non, Jésus, je suis entraîné et puis… la joie qu’en éprouvera Isaac me la rend plus légère. »

       79.3 Ils ont contourné le coteau. A l’ombre d’un bois, sur l’autre versant, se trouvent les troupeaux d’Elie. Assis à l’ombre, les bergers les gardent. Ils voient Jésus et accourent.

       « La paix soit avec vous ! Vous êtes ici ?

       – Nous pensions à toi… et à cause du retard, nous nous demandions s’il fallait aller à ta rencontre ou obéir… nous avons décidé de venir jusqu’ici pour t’obéir, à toi et à notre amour en même temps. Tu aurais dû être arrivé depuis plusieurs jours.

       – Nous avons dû nous arrêter…

       – Mais… rien de grave ?

       – Non, rien, mon ami. La mort d’un fidèle sur mon cœur. Rien d’autre.

       – Que veux-tu qu’il arrive, berger ? Quand les choses sont bien préparées… Bien sûr, il faut savoir les préparer et préparer les cœurs à les recevoir. Ma cité a rendu au Christ tous les honneurs. N’est-ce pas vrai, Maître ?

       – C’est vrai. Isaac, nous sommes passés chez Sarah au retour. La cité de Yutta aussi, sans autre préparation que celle de la simple bonté et de la vérité des paroles d’Isaac, a su comprendre l’essentiel de ma doctrine et aimer, d’un amour mis en pratique, désintéressé et saint. Elle t’a envoyé vêtements et nourriture, Isaac, et tous ont voulu ajouter aux oboles restées sur ton grabat quelque chose pour toi, qui reviens dans le monde et qui manques de tout. Tiens. Je n’emporte jamais d’argent, mais dans ce cas je l’ai accepté parce qu’il est purifié par la charité.

       – Non, Maître, garde-le. Je suis habitué à m’en passer.

       – Désormais, il va te falloir aller dans les villages où je t’enverrai et tu en as besoin. L’ouvrier a droit à son salaire, même s’il travaille sur les âmes… car il a encore un corps à nourrir, comme l’âne qui aide son maître. Ce n’est pas grand-chose, mais tu sauras te débrouiller… Jean a dans ce sac des vêtements et des sandales. Joachim en a pris des siens. Ils seront grands… mais il y a tant d’amour dans ce don ! »

       Isaac prend la besace et se retire derrière un buisson pour s’habiller. Il était encore pieds nus et vêtu de sa toge bizarre faite d’une couverture.

       79.4 « Maître, dit Elie, cette femme… cette femme qui se trouve dans la maison de Jean… tu étais parti depuis trois jours et nous faisions paître les troupeaux sur les prés d’Hébron – ces prés sont à tout le monde et on ne pouvait pas nous en chasser – quand cette femme nous a envoyé une servante avec cette bourse, en disant qu’elle voulait nous parler… Je ne sais pas si j’ai bien fait mais, la première fois, j’ai rendu la bourse et j’ai dit : “ Je ne veux rien entendre ”… Puis, elle m’a fait dire : “ Viens, au nom de Jésus ” et j’y suis allé… Elle a attendu le départ de son… bref, de l’homme dont elle est la maîtresse… Que de choses elle a voulu… oui, elle voulait savoir. Mais moi… j’ai dit peu de choses, par prudence. C’est une courtisane. Je craignais quelque piège pour toi. Elle m’a demandé qui tu es, où tu résides, ce que tu fais, si tu es un seigneur… J’ai dit : “ C’est Jésus de Nazareth. Il habite partout car c’est un maître et il enseigne dans toute la Palestine. ” J’ai dit que tu es un homme pauvre, simple, un artisan que la Sagesse a pénétré de sagesse… Rien de plus.

       – Tu as bien fait » dit Jésus.

       Au même instant Judas s’écrie :

       « Tu as mal fait ! Pourquoi n’as-tu pas dit que c’était le Messie et le Roi du monde ? Chasse-la, cette orgueilleuse Romaine sous l’éclat de la splendeur de Dieu !

       – Elle ne m’aurait pas compris. D’ailleurs étais-je certain qu’elle était sincère ? Quand tu l’as vue, tu as dit, toi, qui elle est. Pouvais-je jeter les choses saintes – or tout ce qui touche Jésus est saint – dans sa bouche à elle ? Pouvais-je mettre Jésus en danger en lui donnant trop d’informations ? Que le mal provienne de tous les autres, mais pas de moi !

       – Nous, Jean, allons proclamer qu’il est le Maître, expliquer la vérité sainte.

       – Moi, non, à moins que Jésus ne me l’ordonne.

       – Tu as peur ? Que veux-tu que cela te fasse ? En as-tu du dégoût ? Le Maître n’en a pas éprouvé !

       – Ni peur, ni dégoût. J’ai pitié d’elle. Mais je pense que, si Jésus l’avait voulu, il aurait pu s’arrêter pour l’instruire. Il ne l’a pas fait… Il ne nous revient pas de le faire.

       – A ce moment-là, elle ne montrait aucun signe de conversion… Mais maintenant… 79.5Elie, fais voir la bourse. »

       Et Judas renverse sur un pan de son manteau – car il s’est assis sur l’herbe – le contenu de la bourse. Anneaux, pendentifs, bracelets, un collier, tout roule : jaune d’or sur le jaune foncé du vêtement de Judas.

       – Un tas de bijoux !… Qu’en faisons-nous ?

       – Cela peut se vendre, estime Simon.

       – Ce sont des choses compromettantes, objecte Judas qui pourtant les admire.

       – Je le lui ai dit, moi aussi, en les prenant. J’ai ajouté : “ Ton maître va te battre. ” Elle m’a répondu : “ Ce ne sont pas ses affaires ; c’est à moi. J’en fais ce que je veux. Je sais que c’est l’or du péché… mais il sera purifié s’il sert pour qui est pauvre et saint. Pour qu’il se souvienne de moi ”, et elle pleurait.

       – Vas-y, Maître.

       – Non.

       – Envoie Simon.

       – Non.

       – Alors, j’y vais, moi.

       – Non. »

       Les “ non ” de Jésus sont secs et impérieux.

       « Ai-je mal fait, Maître, de lui parler et d’accepter cet or ? demande Elie qui voit Jésus soucieux.

       – Tu n’as pas mal agi, mais il n’y a rien de plus à faire.

       79.6 – Mais peut-être cette femme veut-elle se racheter et a-t-elle besoin qu’on l’instruise, objecte encore Judas.

       – En elle se trouvent déjà bien des étincelles capables d’allumer l’incendie dans lequel son vice peut se consumer, laissant son âme à nouveau redevenue vierge par l’effet du repentir. Il y a peu de temps, je vous ai parlé du levain qui agit sur toute la pâte et en fait un pain sanctifié. Ecoutez une courte parabole.

       Cette femme, c’est la farine, une farine où le Malin a mélangé ses poussières d’enfer. Moi, je suis le levain : cela signifie que ma parole est le levain. Mais s’il y a trop de son dans la farine, ou si on y a mélangé des graviers et du sable, et de la cendre encore en plus, peut-on faire du pain, même si le levain est excellent ? Non. Il faut extraire patiemment de la farine, son, cendres, gravier et sable. La miséricorde passe et offre le crible… Le premier : il est fait de courtes vérités fondamentales. Il est nécessaire qu’elles soient comprises par la personne prise dans le filet d’une complète ignorance, du vice, des erreurs du paganisme. Si l’âme les accueille, elle commence sa première purification.

       La seconde arrive par le crible de l’âme elle-même, qui confronte son être avec l’Etre qui s’est manifesté. Elle a horreur d’elle-même et commence son travail. Par une opération toujours plus précise, après les pierres, après le sable, après la cendre, elle en arrive aussi à enlever ce qui est déjà de la farine, mais avec des grains encore grossiers, trop grossiers pour donner un pain excellent. A ce moment-là, tout est prêt. Alors la miséricorde revient et se mélange à cette farine préparée – cela aussi est préparation, Judas –, elle la fait lever et la transforme en pain. Mais c’est une longue opération qui requiert la “ volonté ” de l’âme.

       Cette femme… cette femme possède déjà en elle-même ce minimum qu’il était juste de lui donner et qui peut lui servir à accomplir son travail. Laissons-la faire, si elle le veut, sans la troubler. Tout est trouble pour l’âme qui travaille sur soi : la curiosité, le zèle inconsidéré, les intransigeances aussi bien qu’une pitié exagérée.

       79.7 – Alors, nous n’y allons pas ?

       – Non, et pour que nul d’entre vous n’en soit tenté, nous partons tout de suite. Dans le bois, il y a de l’ombre. Nous ferons halte au fond de la vallée du Térébinthe et, là, nous nous séparerons. Elie retournera à ses pâturages avec Lévi, pendant que Joseph m’accompagnera jusqu’au gué de Jéricho. Puis… nous nous retrouverons encore. Toi, Isaac, continue ce que tu as fait à Yutta et va d’ici à Docco en passant par Arimathie et Lydda. Nous nous retrouverons là-bas. Il y a la Judée à préparer et tu sais comment t’y prendre : comme tu l’as fait à Yutta.

       – Et nous ?

       – Vous, vous viendrez, comme je l’ai dit, pour voir ma préparation. Moi aussi, je me suis préparé à la mission.

       – En allant chez un rabbi ?

       – Non.

       – Auprès de Jean ?

       – Je n’en ai reçu que le baptême.

       – Et alors ?

       – Bethléem a parlé par les pierres et les cœurs. Là aussi, où je te conduis, Judas, les pierres, et un cœur, le mien, parleront et répondront à ta question. »

       79.8 Elie, qui a apporté du lait et du pain noir, dit :

       « Pendant mon attente, j’ai cherché, et Isaac avec moi, à convaincre les habitants d’Hébron… Mais ils ne croient qu’à Jean, ne jurent que par lui, ne veulent que lui. C’est “ leur saint ” et ils n’en veulent pas d’autre.

       – C’est là un péché commun à beaucoup de villes et à beaucoup de croyants, présents et futurs. Ils regardent l’ouvrier et non pas le patron qui a envoyé l’ouvrier. Ils posent des questions à l’ouvrier sans même lui dire : “ Dis cela à ton patron. ” Ils oublient que, s’il y a un ouvrier, il y a forcément un patron et que c’est le patron qui instruit l’ouvrier et le rend apte au travail. Ils oublient que l’ouvrier peut intercéder, mais qu’un seul peut accorder : le patron. Dans ce cas-là, Dieu et son Verbe avec lui. Peu importe. Le Verbe en éprouve de la douleur, mais pas de rancœur. Partons. »

       La vision se termine là.

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