Une initative de
Marie de Nazareth

La femme voilée accueillie à la Belle Eau

lundi 22 novembre 27
Belle-Eau

Vision de Maria Valtorta

       124.1 La journée est tellement affreuse qu’il n’y a aucun pèlerin. Il pleut à verse et la cour s’est changée en mare où flottent des feuilles sèches, venues on ne sait d’où et amenées par le vent qui siffle et secoue portes et fenêtres. La cuisine est plus sombre que jamais car, pour empêcher la pluie d’entrer, on doit à peine en entrouvrir la porte. La fumée fait pleurer et tousser car le vent la refoule à l’intérieur.

       « Salomon avait raison, dit Pierre sentencieusement. Il y a trois choses qui chassent l’homme de chez lui : une femme querelleuse… – celle-là, je l’ai laissée à Capharnaüm avec ses congénères –, une cheminée qui fume et un toit qui laisse passer la pluie. Ces deux dernières choses, nous les avons… Mais demain, je vais m’occuper de cette cheminée. Je monte sur le toit et toi, toi, et toi (Jacques, Jean et André), venez avec moi. Avec des ardoises nous la rehausserons et nous ferons un toit à la cheminée.

       – Et où vas-tu trouver des ardoises ? demande Thomas.

       – Sur l’appentis. S’il y pleut, ce n’est pas la fin du monde. Mais ici… Ça te peine que tes plats ne soient plus décorés par des larmes fuligineuses ?

       – Imagine donc ! Si tu pouvais réussir ! Regarde comme je suis barbouillé. Il me pleut sur la tête quand je me tiens auprès du feu.

       – Tu ressembles à un monstre d’Égypte » dit Jean en riant.

       De fait, le visage plein et débonnaire de Thomas est zébré de bizarres virgules noires. Toujours gai, il est le premier à en rire, et Jésus aussi, car juste au moment où il parle, une nouvelle goutte chargée de suie lui tombe dessus et lui noircit le bout du nez.

       124.2« Toi qui t’y connais en matière de temps, qu’en dis-tu ? Ça va durer longtemps comme ça ? demande à Pierre Judas, qui est tout changé depuis quelques jours.

       – Maintenant, je peux te le dire. Je vais faire l’astrologue » dit Pierre.

       Il va à la porte, l’entrouvre un peu plus, passe à l’extérieur la tête et une main. Puis il annonce :

       « Vent faible du midi : chaleur et brouillard… Hum ! Il y a peu de… »

       Pierre se tait, puis rentre doucement, laisse la porte entrebâillée, et guette.

       « Qu’y a-t-il ? » demandent trois ou quatre disciples.

       Mais, de la main, Pierre fait signe de se taire. Il regarde. Puis il murmure :

       « C’est cette femme. Elle a bu de l’eau du puits et elle a pris un fagot resté dans la cour. Elle est trempée. Elle n’a sûrement pas chaud… Elle s’en va… Je la suis. Je veux voir… »

       Il sort sans bruit.

       « Mais où peut-elle demeurer pour être toujours près d’ici ? demande Thomas.

       – Et rester ici par ce temps ! Ajoute Matthieu.

       – Elle va certainement au village parce qu’avant-hier elle y achetait du pain, dit Barthélemy.

       – Elle reste ainsi voilée avec une belle constance ! Constate Jacques, fils d’Alphée.

       – Ou à cause de quelque motif sérieux, observe Thomas.

       – Ce sera sûrement celle dont ce juif parlait hier ? demande Jean. Ils sont toujours si faux ! »

       Jésus ne souffle mot, comme s’il était sourd. Tous le regardent, ils sont sûrs que lui, il sait. Mais il est en train de travailler avec un couteau sur un morceau de bois tendre, qui tout doucement se transforme en une grosse fourchette bien pratique pour sortir les légumes de l’eau bouillante. Quand il l’a achevée, il offre son travail à Thomas qui s’est donné complètement à son métier de cuisinier.

       « Tu es vraiment habile, Maître. Mais… 124.3 nous diras-tu qui elle est ?

       – Une âme. Pour moi, vous êtes tous des “ âmes ”. Rien d’autre. Hommes, femmes, vieillards, enfants, vous êtes des âmes, des âmes et encore des âmes. Les bébés sont des âmes pures, les enfants des âmes d’azur, les jeunes gens des âmes roses, les justes des âmes d’or, les pécheurs des âmes noires comme la poix. Mais tous sont seulement des âmes. Rien d’autre que des âmes. Et je souris aux âmes pures car il me semble sourire à des anges ; je me repose dans les fleurs de rose et d’azur des bons adolescents ; je me réjouis dans les âmes précieuses des justes ; je peine et je souffre pour rendre précieuses et lumineuses les âmes des pécheurs. Quant aux visages, aux corps, ils ne sont rien. C’est par vos âmes que je vous connais et vous reconnais.

       – Et elle, quelle âme est-elle ? demande Thomas.

       – Une âme moins curieuse que celle de mes amis, car elle ne s’enquiert pas, ne pose pas de questions, va et vient sans parler et sans regarder.

       – Je croyais que c’était une femme de mauvaise vie ou une lépreuse, mais je me suis ravisé, car… Maître, si je te dis quelque chose, tu ne me feras pas de reproches ? »

       Judas Iscariote pose cette question en allant s’asseoir par terre contre les genoux de Jésus, tout à fait changé, humble, bon, vraiment plus beau avec cet air modeste que lorsqu’il est le fier et orgueilleux Judas.

       « Je ne te ferai pas de reproches. Parle.

       – Je sais où elle habite. Je l’ai suivie un soir… en faisant semblant de sortir prendre de l’eau, car je me suis aperçu qu’elle vient au puits quand il fait sombre… Un matin, j’ai trouvé par terre une épingle à cheveux en argent… juste au bord du puits… et j’ai compris que c’était elle qui l’avait perdue. Eh bien, elle habite une petite cabane de bois dans la forêt. Peut-être ce réduit sert-il aux paysans. Il est pourtant à moitié pourri. Elle l’a couvert de branches en guise de toit. C’était peut-être pour cela qu’elle emportait le fagot. C’est une tanière. Je ne sais comment elle peut y rester. Elle serait bonne tout au plus pour un gros chien ou un tout petit âne. C’était un soir où il y avait clair de lune, et j’ai bien vu. La cabane est à moitié enfouie dans des ronces, mais vide à l’intérieur, et sans porte. Tout cela m’a détrompé et j’ai compris que ce n’était pas une femme de mauvaise vie.

       – Tu ne devais pas le faire, mais, sois sincère, n’as-tu rien fait de plus ?

       – Non, Maître. J’aurais voulu la voir parce que c’est depuis Jéricho que je la remarque et il me semble reconnaître sa démarche si légère quand elle se rend quelque part où elle a à faire. Sa personne aussi doit être souple… et belle. Oui, on le devine malgré tous ces vêtements… Mais je n’ai pas osé l’observer pendant qu’elle se couchait par terre. Peut-être a-t-elle quitté son voile. Mais je l’ai respectée… »

       Jésus le regarde très fixement puis il dit :

       « Et tu en as souffert. Mais tu as dit la vérité. Et moi, je te dis que je suis content de toi. Une autre fois, cela te coûtera encore moins d’être bon. En toute chose, c’est le premier pas qui coûte. Bravo, Judas ! » et il lui fait une caresse.

       124.4 Pierre rentre :

       « Mais, Maître, cette femme est folle ! Sais-tu où elle habite ? Presque sur la rive du fleuve dans une bicoque de bois sous un buisson. Il a peut-être servi autrefois à un pêcheur ou à un bûcheron… Qui sait ? Je n’aurais jamais pensé que dans cet endroit humide, dans un fossé, au milieu d’un amas de ronces, il y avait une pauvre femme. Et je lui ai dit : “ Parle et sois sincère. Es-tu lépreuse ? ” Elle m’a répondu dans un souffle : “ Non. ” “ Jure-le ”, ai-je dit. Elle a alors répondu : “ Je le jure. ” “ Fais attention, car si tu l’es et tu ne le dis pas, si tu viens près de la maison et que j’apprends que tu es impure, je te fais lapider. Mais si tu es poursuivie, si tu es voleuse ou meurtrière, et que tu restes ici par peur de nous, ne crains aucun mal. Maintenant, sors de là. Tu ne vois pas que tu es dans l’eau ? As-tu faim ? As-tu froid ? Tu trembles. Je suis âgé, tu le vois. Je ne te fais pas la cour. Agé et honnête. Ecoute-moi donc. ” Voilà ce que j’ai dit, mais elle n’a pas voulu venir. Nous allons la trouver morte, car elle est vraiment dans l’eau. »

       Jésus est pensif. Il regarde les douze visages qui le regardent aussi. Puis il dit :

       « Que devons-nous faire, à votre avis ?

       – Mais, Maître, c’est à toi de décider.

       – Non. Je veux que ce soit vous qui jugiez. C’est une situation où l’estime que l’on a de vous aussi est en cause. Et ce n’est pas à moi de faire pression sur votre droit à la protéger.

       – Au nom de la miséricorde, moi je dis qu’on ne peut la laisser là » dit Simon.

       Barthélemy ajoute :

       « Je dirais de la mettre pour aujourd’hui dans la grande pièce. Les pèlerins n’y vont-ils pas ? Elle peut y aller, elle aussi.

       – D’ailleurs, c’est une créature comme toutes les autres, ajoute André.

       – Et puis, aujourd’hui, il ne vient personne, par conséquent…, constate Matthieu.

       – Je proposerais de l’abriter aujourd’hui et d’en parler demain au régisseur. C’est un brave homme, dit Jude.

       – Tu as raison, bravo ! Et il a bon nombre d’étables vides. Une étable, c’est toujours un palais royal en comparaison de cette espèce de barque défoncée ! S’exclame Pierre.

       – Va le lui dire, alors, l’encourage Thomas.

       – Les jeunes n’ont pas encore parlé, fait remarquer Jésus.

       – Pour moi, tout ce que tu fais est bien » dit son cousin Jacques.

       Quant à l’autre Jacques et son frère :

       « Nous sommes d’accord.

       – Je pense seulement au cas malheureux où quelque pharisien en serait informé, intervient Philippe.

       – Oh, même si nous partions dans les nuages, dit Judas, crois-tu qu’ils ne nous accuseraient pas ? Ils n’accusent pas Dieu parce qu’il est loin. Mais s’ils pouvaient être aussi prêts de lui qu’Abraham, Jacob et Moïse, ils lui feraient des reproches… Qui est exempt de fautes pour eux ?

       – Alors, allez lui dire de venir s’abriter dans le logement des pèlerins. Toi, Pierre, vas-y avec Simon et Barthélemy. Vous êtes âgés et ferez moins d’impression à la femme. Et dites-lui que nous lui donnerons une nourriture chaude et un vêtement sec. C’est celui qu’a laissé Isaac. Vous voyez que tout sert, même un vêtement de femme donné à un homme… »

       Les jeunes rient parce qu’il doit y avoir eu quelque amusante plaisanterie à propos de l’habit en question.

       Les trois plus âgés partent… et reviennent peu de temps après.

       « Elle ne voulait pas… mais elle a fini par venir. Nous lui avons juré que nous ne la dérangerions jamais. Maintenant, je lui porte de la paille et le vêtement. Donne-moi des légumes et un pain. Elle n’a rien à manger aujourd’hui. En fait… qui va en tournée sous un tel déluge ? »

       Le brave Pierre sort avec ses trésors.

       124.5 « Et maintenant, dit Jésus, cet ordre vaut pour tous : on ne va à son logement pour aucun motif. Demain nous pourvoirons. Habituez-vous à faire le bien pour le bien, sans curiosité, sans désirer à ce propos une distraction, ni pour toute autre raison. Vous voyez ? Vous vous plaigniez de ne rien faire d’utile aujourd’hui. Nous avons aimé notre prochain : que pouvions-nous faire de plus grand ? Si c’est une malheureuse – et cela est certain –, notre aide ne peut-elle lui apporter un réconfort, une chaleur, une protection bien plus profonde que ce peu de nourriture, ce pauvre vêtement, ce toit sûr que nous lui avons procuré ? Si c’est une coupable, une pécheresse, un être qui cherche Dieu, notre amour ne sera-t-il pas le plus bel enseignement, la parole la plus puissante, l’indication la plus nette pour la mettre sur le chemin de Dieu ? »

       Pierre entre tout doucement et écoute son Maître.

       « Voyez, mes amis : il y a beaucoup de maîtres en Israël et ils parlent, ils parlent… Or les âmes restent telles qu’elles sont. Pourquoi ? Parce que les âmes entendent les paroles des maîtres, mais ne voient pas leurs actes. Alors l’un détruit l’autre, et les âmes restent là où elles en étaient, si encore elles ne reviennent pas en arrière. Mais quand un maître fait ce qu’il dit et agit saintement en toute chose, même s’il ne fait que des actes matériels comme donner un pain, un vêtement, un logement à la chair souffrante de son prochain, il arrive à faire progresser les âmes et à les mener jusqu’à Dieu. Ce sont en effet ses propres actes qui annoncent à ses frères : “ Il y a un Dieu, et Dieu est ici. ” Ah, l’amour ! En vérité, je vous dis que celui qui aime se rachète lui-même et sauve les autres.

       – Tu as raison, Maître. Cette femme m’a dit : “ Béni soit le Sauveur et celui qui l’a envoyé, et vous tous avec lui. ” Elle a voulu me baiser les pieds, au pauvre homme que je suis, et elle pleurait derrière son voile épais… Enfin !… Espérons qu’il ne va pas arriver quelque engoulevent de Jérusalem… Sinon, qui leur échappera ?

       – Notre conscience nous sauve du jugement de notre Père. Cela suffit » dit Jésus.

       Et il s’assied à table après avoir béni et offert la nourriture.

       Tout prend fin.

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