Une initative de
Marie de Nazareth

La rencontre de Jésus avec Lazare à Béthanie

samedi 3 juillet 27
Béthanie

Vision de Maria Valtorta

       84.1 Une très claire aurore d’été. Plus qu’une aurore, d’ailleurs, car le jour est déjà né, le soleil est déjà sorti de la ligne d’horizon et il ne cesse de s’élever, riant à la terre riante. Il n’est pas un brin d’herbe qu’une goutte scintillante de rosée ne fasse rire. On dirait que les astres de la nuit se sont pulvérisés pour se transformer en or et pierreries sur toutes les plantes, dans toutes les frondaisons. Cela atteint jusqu’aux cailloux qui couvrent le sol dont les éclats de silice couverts de rosée semblent être poudre de diamants et poussière d’or.

       Jésus et Simon marchent sur un petit chemin qui s’écarte de la route principale avec laquelle il forme un V. Ils s’avancent vers de magnifiques vergers et des champs de lin de la taille d’un homme, prêts à être coupés. D’autres champs, plus loin, montrent une grande tache rouge de coquelicots dans le jaune des blés.

       « Nous sommes déjà dans les propriétés de mon ami. Tu vois, Maître, que la distance ne dépassait pas les prescriptions de la Loi. Je ne me serais jamais permis de te tromper. Derrière cette pommeraie, il y a l’enceinte du jardin où se trouve la maison. Je t’ai fait justement arriver par ce raccourci pour ne pas dépasser le mille prescrit par la Loi.

       – Il est très riche, ton ami !

       – Très, mais pas heureux. Il a encore des propriétés ailleurs.

       – Il est pharisien ?

       – Son père ne l’était pas. Lui… observe strictement la Loi. Je te l’ai dit : c’est un véritable israélite. »

       Ils marchent encore un peu. On arrive à un mur élevé ; de l’autre côté on distingue à peine la maison à travers une multitude d’arbres. Le terrain est ici un peu surélevé, mais pas assez pour permettre au regard de découvrir le jardin, si vaste que nous le qualifierions plutôt de parc.

       Ils tournent à l’angle du mur qui continue à la même hauteur, laissant retomber de son sommet des branches toutes couvertes de roses et de jasmins parfumés et splendides avec leurs corolles humides de rosée.

       84.2 Voici la lourde grille de fer ouvragé. Simon actionne le battant de bronze.

       « L’heure est bien matinale pour entrer, Simon, objecte Jésus.

       – Oh ! Mon ami se lève avec le soleil car il ne trouve d’agrément que dans son jardin et dans ses livres. La nuit est un tourment pour lui. Ne tarde pas, Maître, à lui donner ta joie. »

       Un serviteur ouvre la grille.

       « Aseo, je te salue. Dis à ton maître que Simon le Zélote est arrivé avec son ami. »

       Le serviteur s’en va vivement, après les avoir fait entrer, en disant :

       « Votre serviteur vous salue. Entrez : la maison de Lazare est ouverte aux amis. »

       Simon, qui est un habitué, tourne non pas vers le chemin principal, mais vers un sentier entouré d’une bordure de rosiers qui mène à une tonnelle de jasmins.

       En effet, c’est par-là que depuis un instant s’avance Lazare, maigre et pâle, comme je l’ai toujours vu, avec des cheveux courts, peu épais et sans boucles, et une petite barbiche raide qui se limite au menton. Habillé de lin très blanc, il marche difficilement, comme quelqu’un qui a mal aux jambes. A la vue de Simon, il le salue affectueusement puis, comme il le peut, court vers Jésus, se jette à genoux et se baisse jusqu’au sol pour embrasser la frange de son vêtement, en disant :

       « Je ne suis pas digne d’un tel honneur. Mais puisque ta sainteté s’abaisse jusqu’à ma misère, viens, mon Seigneur, entre et sois le Maître dans ma pauvre maison.

       – Relève-toi, mon ami, et reçois ma paix. »

       Lazare se lève et baise les mains de Jésus ; il le regarde avec une vénération qui n’est pas exempte de curiosité. Ils marchent vers la maison.

       « Comme je t’ai attendu, Maître ! Chaque matin, à l’aube, je disais : “ Il va venir aujourd’hui ”, et chaque soir : “ Au­jourd’hui encore, il n’est pas venu ! ”

       – Pourquoi m’attendais-tu si anxieusement ?

       – Parce que… 84.3 qui attendons-nous, nous le peuple d’Israël, si ce n’est toi ?

       – Et tu crois que c’est moi, l’Attendu ?

       – Simon ne m’a jamais menti, et ce n’est pas un garçon qui s’exalte pour des nuées mensongères. L’âge et la souffrance l’ont mûri comme un sage. Et puis… même s’il ne t’avait pas connu dans la réalité de ton être, tes œuvres auraient parlé et t’auraient proclamé “ Saint ”. Qui fait les œuvres de Dieu doit être un homme de Dieu. Or toi, tu les fais. Et tu les accomplis de telle façon qu’elles proclament que tu es bien l’Homme de Dieu. Lui, mon ami, est venu à toi, attiré par ta renommée de thaumaturge, et il a obtenu le miracle. Et je sais que ton chemin est marqué par d’autres miracles. Pourquoi donc ne pas croire que tu es l’Attendu ? Ah ! Il est si doux de croire à ce qui est bon ! Il nous faut feindre de croire bonnes tant de choses qui ne le sont pas, par amour de la paix ou parce qu’on n’y peut rien changer. Il nous faut montrer que nous croyons à tant de paroles rusées qui paraissent flatteries, louanges, gentillesses, et sont au contraire sarcasme et blâme, venin couvert de miel, tout en sachant ce qu’il en est réellement… Il faut bien s’y plier parce que… on ne peut pas faire autrement et que nous sommes faibles contre tout un monde qui est puissant, et que nous sommes seuls contre tout un monde qui nous est ennemi… Dès lors, pourquoi avoir de la difficulté à croire ce qui est bon ? D’ailleurs, les temps sont mûrs et les signes des temps existent. Ce qui pourrait encore manquer pour affermir notre foi et la mettre à l’abri du doute, cela nous est apporté par notre volonté de croire et d’apaiser notre cœur dans la certitude que l’attente est finie et que le Rédempteur est là, que le Messie existe… Celui qui rendra la paix à Israël et aux enfants d’Israël. Celui qui… nous assurera un trépas tranquille dans la certitude d’être rachetés et nous fera vivre sans ce souci nostalgique pour nos morts… Ah ! Les morts ! Pourquoi les pleurer sinon parce que, n’ayant plus leurs enfants, ils n’ont pas encore le Père et Dieu ?

       – Il y a longtemps que ton père est mort ?

       – Trois ans, et sept qu’est morte ma mère… Mais je ne les regrette plus depuis quelque temps… Moi aussi, je voudrais être là où j’espère qu’ils sont en attendant le Ciel.

       – Dans ce cas, tu n’aurais pas comme hôte le Messie.

       – C’est vrai. Maintenant je suis plus favorisé qu’eux parce que je te possède… et cette joie donne la paix à mon coeur.

       84.4 Entre, Maître. Accorde-moi l’honneur de faire de ma maison la tienne. Aujourd’hui, c’est le sabbat et je ne puis te faire l’honneur d’inviter des amis…

       – Ce n’est pas mon désir. Aujourd’hui je suis tout à celui qui est l’ami de Simon et le mien. »

       Ils entrent dans une belle salle où des serviteurs sont prêts à les recevoir.

       « Je vous prie de les suivre, dit Lazare. Vous pourrez d’abord vous restaurer en prenant le repas du matin. »

       Et, pendant que Jésus et Simon partent ailleurs, Lazare donne des ordres aux serviteurs. Je me rends compte que la maison est riche, et même seigneuriale…

       … Jésus boit du lait que Lazare veut absolument lui servir de sa main avant de s’asseoir pour le repas du matin.

       Je m’aperçois que Lazare se tourne vers Simon et lui dit :

       « J’ai trouvé l’homme qui est disposé à acheter tes biens, et au prix que ton intendant a estimé juste. Pas une drachme de moins.

       – Mais est-il disposé à observer mes conditions ?

       – Oui, il accepte tout pour entrer en possession de ces terres, et j’en suis heureux, parce que, au moins, je sais qui j’aurai comme voisin. Pourtant, de même que tu veux ne pas assister à la vente, lui aussi veut te demeurer inconnu. Je te prie d’accéder à son désir.

       – Je n’ai nulle raison de m’y opposer. Toi, mon ami, tu me remplaceras… Tout ce que tu feras sera bien. Il suffit que mon fidèle serviteur ne soit pas mis à la rue… Maître : je vends, et pour ma part je suis heureux de n’avoir plus rien qui m’attache à quoi que ce soit d’autre que ton service. Mais j’ai un serviteur fidèle qui est âgé, le seul qui m’est resté après mon malheur. Comme je te l’ai déjà dit, il m’a toujours aidé pendant que j’étais banni de la société. Il a pris soin de mes biens comme si c’étaient les siens, en les faisant passer, grâce à Lazare, pour ses biens à lui pour me sauver et subvenir à mes besoins, grâce à eux. Maintenant qu’il est âgé, il ne serait pas juste que je le laisse sans toit. J’ai décidé qu’une petite maison, à la limite de la propriété, reste en sa possession et qu’une partie de la somme lui soit remise pour ses besoins à venir. Les vieillards, tu sais, sont comme du lierre : quand ils ont toujours vécu dans un endroit, ils souffrent trop qu’on les en arrache. Lazare voulait le prendre chez lui, parce que Lazare est bon. Mais j’ai préféré agir ainsi. Mon vieux serviteur souffrira moins…

       84.5 – Toi aussi, tu es bon, Simon. S’il n’y avait que des justes comme toi, ma mission serait plus facile…, souligne Jésus.

       – Tu trouves le monde rétif, Maître ? demande Lazare.

       – Le monde ?… Non. La force du monde : Satan. S’il n’était pas le maître des cœurs et ne les tenait pas en sa possession, je ne trouverais pas de résistance. Mais le Mal s’oppose au Bien, et je dois vaincre en chacun le mal pour y mettre le bien… mais tous ne le veulent pas…

       – C’est vrai. Ce n’est pas tous qui le veulent ! Maître : quelles paroles trouves-tu pour les coupables, pour les convertir, pour les soumettre ? Des paroles de réprimande sévère comme celles dont est remplie l’histoire d’Israël à l’égard des coupables – et le dernier à les employer, c’est le Précurseur –, ou des paroles de pitié ?

       – Je mets en œuvre l’amour et la miséricorde. Crois bien, Lazare, que, sur celui qui est tombé, un regard d’amour a plus de puissance qu’une malédiction.

       – Et si l’amour est méprisé ?

       – Insister encore. Insister jusqu’au bout. Lazare, connais-tu ces terrains où la traîtrise du sol engloutit les imprudents ?

       – Oui, je les connais par mes lectures. Dans mon état de santé, je lis beaucoup, à la fois par passion et pour occuper les longues heures d’insomnie. Je sais qu’il en existe en Syrie et en Egypte, et d’autres encore près de la Chaldée et je sais qu’ils agissent comme des ventouses : quand ils vous attrapent, ils vous aspirent. Un Romain prétend que ce sont des bouches de l’Enfer habitées par des monstres païens. Est-ce vrai ?

       – Non, ce n’est pas vrai. Ce sont des formations spéciales du sol terrestre. L’Olympe n’a rien à y voir. On cessera de croire à l’O­lympe et ces terrains existeront toujours. Les progrès de l’homme pourront donner une explication plus véridique du fait, mais ils ne pourront pas le faire disparaître. Maintenant, je te dis : comme tu les as connus par tes lectures, tu as pu lire aussi comment on peut sauver ceux qui y sont tombés.

       – Oui, avec une corde qu’on leur lance au bout d’une perche, même avec une branche. Alors ce petit secours suffit pour donner à celui qui s’enlise le peu d’aide qu’il lui faut pour se dégager et lui permet de se tenir tranquille sans se débattre, jusqu’à l’arrivée de secours plus efficaces.

       – Eh bien ! Le coupable, c’est celui qui s’est laissé posséder par un sol trompeur dont la surface est couverte de fleurs, mais qui, par-dessous, est une boue mouvante. Crois-tu que si l’homme savait ce que c’est que de remettre un seul atome de soi au pouvoir de Satan, il le ferait ? Mais il l’ignore… et après… Soit il est paralysé par la stupeur et le venin du Mal, soit il s’affole et, pour échapper au remords de sa perdition, il se débat, s’enlise dans une autre fange, met en mouvement de lourdes ondes mouvantes par ses mouvements inconsidérés et celles-ci précipitent sa perte. L’amour, c’est la corde, le filin, la branche dont tu parles. Il faut insister, insister… jusqu’à ce qu’il les saisisse… Une parole… un pardon… une plus grande indulgence pour sa faute… uniquement pour arrêter la descente et attendre le secours de Dieu… Lazare, connais-tu la puissance du pardon ? Il amène Dieu à l’aide du sauveteur…

       84.6 Tu lis beaucoup ?

       – Beaucoup. Je ne sais pas si je fais bien. Mais la maladie et… et d’autres choses m’ont privé de nombreuses satisfactions humaines… et maintenant, je n’ai plus que la passion des fleurs et des livres… des arbres et aussi des chevaux… Je sais qu’on me critique. Mais puis-je aller sur mes terres dans cet état (et il découvre ses énormes jambes toutes bandées) à pied ou sur le dos d’une mule ? Je dois utiliser un char, qui plus est rapide. C’est pour cela que j’ai pris des chevaux et que je m’y suis attaché, je l’avoue. Mais si tu me dis que c’est mal… je les fais vendre.

       – Non, Lazare, ce ne sont pas ces choses qui corrompent. Ce qui corrompt, c’est ce qui trouble l’âme et l’éloigne de Dieu.

       – Voici, Maître, une chose que je voudrais savoir. Je lis beaucoup. Je n’ai que ce réconfort. J’aime savoir… je crois qu’au fond mieux vaut s’instruire que de faire le mal, mieux vaut lire que… que de faire d’autres choses. Mais je ne lis pas seulement nos écrits. J’aime aussi connaître le monde des autres : Rome et Athènes m’attirent. Je sais maintenant combien le contact avec les Assyriens et l’Egypte a été nocif pour Israël, et combien de mal nous ont fait les gouvernants hellénisants. Je ne sais si une personne privée peut se causer à elle-même autant de mal que Judas s’est en fait à lui-même et à nous, ses fils. Mais toi, qu’en penses-tu ? Je veux que tu m’enseignes, toi qui n’es pas un rabbi, mais le Verbe sage et divin. »

       Jésus le fixe, pendant quelques minutes, d’un regard pénétrant, et en même temps lointain. On dirait que, à travers le corps de Lazare, il lui scrute le cœur et qu’allant plus loin encore, il voit je ne sais quoi… Il dit enfin :

       « Tes lectures provoquent-elles en toi le moindre trouble ? t’éloignent-elles de Dieu et de sa Loi ?

       – Non, Maître. Cela me pousse au contraire à comparer notre vérité à la fausseté païenne. Je les analyse et je médite les gloires d’Israël, ses justes, les patriarches, les prophètes et les figures louches des histoires étrangères. Je compare notre philosophie, si l’on peut donner ce nom à la sagesse qui s’exprime dans les textes sacrés, à la pauvre philosophie grecque et romaine où il y a des étincelles, mais pas la flamme tranquille qui brûle et resplendit dans les livres de nos sages. Et ensuite, avec encore plus de vénération, je m’incline en esprit pour adorer notre Dieu qui parle en Israël par l’intermédiaire des événements, des personnes et de nos écrits.

       – Dans ce cas, continue à lire… Cela te servira à connaître le monde païen… Continue. Tu peux continuer. Tu n’as pas le ferment du mal et de la gangrène spirituelle. Tu peux donc lire sans crainte. L’amour vrai que tu as pour ton Dieu rend stériles les germes profanes que la lecture pourrait introduire en toi. Tout acte de l’homme peut être bon ou mauvais selon la manière dont il l’accomplit. Aimer n’est pas péché si on aime saintement. Travailler n’est pas péché si on travaille quand il le faut. Gagner de l’argent n’est pas péché, si on se contente d’un gain honnête. S’instruire n’est pas péché si, par l’instruction, on ne tue pas en soi l’idée de Dieu. En revanche, c’est un péché, même de servir à l’autel, si on le fait par intérêt personnel. En es-tu persuadé, Lazare ?

       – Oui, Maître. J’avais posé ces questions à d’autres, mais ils ont achevé de me mépriser… Toi, tu m’apportes lumière et paix. Ah ! Si tout le monde t’écoutait ! Viens, Maître. Au milieu des jasmins règnent l’ombre et le silence. Il est doux de se reposer en attendant le soir dans la fraîcheur de leur ombre. »

       Ils sortent et tout se termine là.       

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