Une initative de
Marie de Nazareth

L’arrivée des disciples et des bergers à Nazareth

lundi 19 juillet 27
Nazareth

Vision de Maria Valtorta

       90.1 Je vois Marie qui, déchaussée et vive, va et vient dans la petite maison aux premières heures du jour. Dans son vêtement d’un bleu tendre, on dirait un gentil papillon qui effleure sans bruit murs et objets. Elle s’approche de la porte qui donne sur la route, l’ouvre en veillant à ne pas faire de bruit, puis la laisse entrouverte après avoir donné un coup œil sur le chemin encore désert. Elle remet de l’ordre, ouvre portes et fenêtres, entre dans l’atelier désormais abandonné par Joseph le menuisier et où se trouvent les métiers de Marie. Là aussi, elle s’active. Elle recouvre avec soin une toile en cours de tissage et sourit à une de ses pensées en la regardant.

       Elle sort dans le jardin. Les colombes s’assemblent sur ses épaules. Elles volettent d’une épaule à l’autre pour avoir la meil­leure place, querelleuses et jalouses par amour de leur maîtresse, et elles l’accompagnent jusqu’à une cabane où se trouvent les provisions. Elle y prend du grain pour elles et dit :

       « Ici, aujourd’hui c’est ici. Ne faites pas de bruit. Il est si fatigué ! »

       Puis elle mesure de la farine et va dans une petite pièce près du four. Elle se met à faire le pain et le pétrit, le sourire aux lèvres. Ah, comme elle sourit, aujourd’hui, la Vierge ! On dirait la toute jeune Mère de la Nativité, tellement la joie la rajeunit. Elle enlève un peu de pâte qu’elle met de côté en la couvrant, puis reprend son travail ; cela lui donne chaud ; ses cheveux sont devenus plus clairs à cause d’une mince couche de farine.

       90.2 Marie, femme d’Alphée, entre tout doucement :

       « Déjà au travail ?

       – Oui, je fais le pain et, regarde, les galettes au miel qu’il aime tellement.

       – Occupe-toi d’elles. Il y a beaucoup de pâte pour le pain. Je vais te la pétrir. »

       Marie, femme d’Alphée, robuste et d’allure plus populaire, pétrit énergiquement son pain, tandis que Marie mélange miel et beurre pour ses gâteaux et en fait des petits ronds qu’elle dépose sur une plaque.

       « Je ne sais comment faire pour prévenir Jude… Jacques n’ose pas… et les autres… »

       Marie, femme d’Alphée, soupire.

       « Aujourd’hui viendra Simon Pierre. Il vient toujours le surlendemain du sabbat avec du poisson. Nous l’enverrons trouver Jude.

       – S’il veut bien y aller…

       – Oh ! Simon ne me dit jamais non.

       90.3 – Que la paix soit sur votre journée » dit Jésus, en apparaissant. Les deux femmes sursautent au son de sa voix.

       « Déjà levé ? Pourquoi ? Je voulais que tu dormes…

       – J’ai dormi d’un sommeil d’enfant, Maman. C’est toi qui n’as pas dû dormir…

       – Je t’ai regardé dormir… C’est ce que je faisais quand tu étais bébé. En dormant, tu souriais toujours… et toute la journée ton sourire me restait comme une perle sur le cœur… Mais, cette nuit, tu ne souriais pas, mon Fils. Tu soupirais comme lorsqu’on est affligé… »

       Marie le regarde avec tristesse.

       « J’étais fatigué, Maman. Et le monde n’est pas cette maison où tout est honnêteté et amour. Toi… toi, tu sais qui je suis et tu peux comprendre ce qu’est pour moi le contact avec le monde. C’est comme un homme qui marche sur une route puante et boueuse. Même s’il fait attention, un peu de boue rejaillit sur lui, et la puanteur pénètre même s’il essaie de ne pas respirer… et si cet homme aime la propreté et l’air pur, tu peux imaginer combien cela lui est désagréable…

       – Oui, mon Fils. Je comprends. Mais cela me fait de la peine que tu souffres…

       – En ce moment, je suis avec toi et je ne souffre pas. C’est le souvenir… mais il sert à rendre plus belle ma joie d’être avec toi. »

       Jésus se penche pour donner un baiser à sa Mère.

       Il caresse aussi l’autre Marie, qui rentre, toute rouge d’avoir allumé le four.

       « Il faudra prévenir Jude. »

       C’est la préoccupation de Marie, femme d’Alphée.

       « Ce ne sera pas nécessaire, Jude sera ici, aujourd’hui.

       – Comment le sais-tu ? »

       Jésus sourit et se tait.

       « Mon Fils, toutes les semaines, ce jour-là, Simon Pierre vient. Il veut m’apporter du poisson pêché au petit matin et il arrive à la fin de la première heure. Il va être heureux, aujourd’hui ! Il est bon, Simon. Pendant le temps qu’il reste, il nous aide. N’est-ce pas, Marie ?

       – Simon-Pierre est un homme honnête et bon, dit Jésus. Mais l’autre Simon aussi, que tu vas voir sous peu, est un grand cœur. Je vais à leur rencontre. Ils vont arriver. »

       Jésus sort, pendant que les femmes, une fois le pain enfourné, rentrent à la maison où Marie remet ses sandales et d’où elle revient avec un vêtement de lin tout blanc.

       Il se passe quelque temps et, pendant l’attente, Marie, femme d’Alphée, dit :

       « Tu n’as pas fini ce travail à temps.

       – Je l’aurai vite fini. Et mon Jésus y trouvera quelque fraîcheur sans avoir un poids sur la tête. »

       90.4 On pousse la porte du dehors.

       « Maman, voici mes amis. Entrez. »

       Les disciples et les bergers entrent en groupe. Jésus a les mains sur les épaules des deux bergers et les conduit à sa Mère :

       « Voici deux fils qui cherchent une mère. Sois leur joie, Femme !

       – Je vous salue… Tu es ?… Lévi… et toi ? Je ne sais, mais d’après ton âge, à ce qu’il m’a dit, tu es sûrement Joseph. Ce nom est doux et sacré dans cette maison. Viens, venez. C’est avec joie que je vous dis : ma maison vous accueille et une mère vous embrasse en souvenir de l’amour que vous – et toi par ton père – avez montré à mon bébé. »

       C’est pour les bergers un enchantement, une extase.

       « Je suis Marie, oui. Tu as vu la Mère heureuse. Je suis toujours celle-là. Heureuse, maintenant aussi de voir mon Fils parmi des cœurs fidèles.

       – Et voici Simon, Maman.

       – Tu as mérité la grâce parce que tu es bon. Je le sais. Que la grâce de Dieu soit toujours avec toi. »

        Simon, plus au fait des usages du monde, se courbe jusqu’à terre et, tenant les bras croisés sur la poitrine, il salue :

       « Je te salue, vraie Mère de la Grâce, et je ne demande pas autre chose à l’Eternel, maintenant que je connais la Lumière et toi, son reflet plus doux que celui de la lune.

       – Voilà maintenant Judas de Kérioth.

       – J’ai une mère, mais mon amour pour elle se voile devant la vénération que j’éprouve pour toi.

       – Non, pas pour moi. Pour Lui. Je suis parce que lui, il est. Je ne veux rien pour moi. C’est seulement pour lui que je demande. Je sais comme tu as honoré mon Fils dans ta patrie. Mais j’ajoute : que le lieu où il reçoit de toi le suprême honneur soit ton cœur. Alors, je te bénirai d’un cœur de mère.

       – Mon cœur est sous le talon de ton Fils. Heureuse soumission ! La mort seule rompra ma fidélité.

       – Et celui-ci, c’est notre Jean, Maman.

       – J’ai été tranquille dès que je t’ai su auprès de Jésus. Je te connais et j’ai l’esprit rassuré depuis que je te sais avec mon Fils. Sois béni, mon repos. »

       Elle l’embrasse.

       90.5 La voix rauque de Pierre se fait entendre de dehors :

       « Voici le pauvre Simon qui apporte ses salutations et… »

       Il est entré et est resté pétrifié.

       Mais ensuite, il lance à terre le panier rond qu’il portait sur le dos et se jette lui-même par terre en disant :

       « Ah ! Seigneur éternel ! Mais… Non, tu n’aurais pas dû me faire cela, Maître ! Etre ici… et ne rien faire savoir au pauvre Simon ! Que Dieu te bénisse, Maître ! Ah, comme je suis heureux ! Je n’en pouvais plus de rester sans toi ! »

       Et il lui caresse la main, sans écouter Jésus qui lui dit :

       « Relève-toi, Simon. Relève-toi donc !

       – Je me lève, oui. Pourtant… Dis donc, toi, mon garçon ! (Le garçon, c’est Jean). Toi, au moins, tu pouvais courir m’avertir ! Maintenant, file tout de suite à Capharnaüm, pour l’apprendre aux autres… et d’abord dans la maison de Jude. Ton fils va arriver, femme. Vite ! Imagine-toi que tu es un lièvre avec des chiens à tes trousses. »

       Jean part en riant.

       Pierre s’est enfin relevé. Dans ses courtes et grosses mains aux veines saillantes, il continue à tenir la longue main de Jésus et la baise sans la lâcher, bien qu’il veuille donner son poisson qui est à terre, dans le panier.

       « Non ! Je ne veux pas que tu t’en ailles une autre fois sans moi. Jamais plus, jamais plus autant de temps sans te voir ! Je te suivrai comme l’ombre suit le corps et comme le filin suit l’ancre. Où es-tu allé, Maître ? Je me disais : “ Où est-il ? Que fait-il ? Cet enfant qu’est Jean saura-t-il le soigner ? Veillera-t-il à ce qu’il ne se fatigue pas trop ? Qu’il ne reste pas sans manger ? ” Ah, je te connais bien !… Tu es plus maigre ! Oui, plus maigre. Il ne t’a pas bien soigné ! Je lui dirai que… Mais où es-tu allé, Maître ? Tu ne me dis rien !

       – J’attends que tu me laisses parler !

       – C’est vrai. Mais… ah ! Te voir, c’est comme du vin nouveau. Rien que l’odeur monte à la tête. Oh ! Mon Jésus ! »

       Pierre en pleure presque de joie.

       « Moi aussi, j’ai éprouvé le désir de ta présence, de votre présence à tous, même quand je me trouvais avec des amis très chers.

       90.6 Voilà, Pierre. Voici deux hommes qui m’ont aimé quand je n’avais encore que quelques heures. Plus encore : ils ont déjà souffert pour moi. Ici, c’est un fils qui, à cause de moi, n’a plus ni père ni mère. Mais il a plein de frères en vous tous, n’est-ce pas ?

       – Tu le demandes, Maître ? Mais si, par quelque hasard, le Démon t’aimait, je l’aimerais à cause de son amour pour toi. Vous êtes pauvres, vous aussi, je le vois. Alors nous sommes pareils. Venez que je vous embrasse. Je suis pêcheur, mais j’ai le cœur plus tendre qu’un pigeonneau. Et puis sincère. Ne faites pas attention si je suis rude. La rudesse est au-dehors. A l’intérieur, c’est tout miel et beurre. Avec les bons pourtant… car avec les méchants…

       – Celui-ci, c’est le nouveau disciple.

       – Il me semble l’avoir déjà vu…

       – Oui, c’est Judas et, grâce à lui, Jésus fut bien accueilli dans sa ville. Je vous prie de vous aimer, même si vous êtes de régions différentes. Vous êtes tous frères dans le Seigneur.

       – C’est en frère que je le traiterai, s’il l’est lui aussi. Et… oui… (Pierre regarde fixement Judas, d’un regard ouvert qui semble donner un avertissement) et… oui… il vaut mieux que je le dise, pour que tu me connaisses bien tout de suite. Je l’avoue : je n’ai guère d’estime pour les Judéens en général, et les habitants de Jérusalem en particulier. Mais je suis honnête, et tu peux te fier à mon honnêteté : je mets de côté toutes les idées que j’ai sur vous et je ne veux voir en toi qu’un disciple fraternel. Maintenant, c’est à toi de ne pas me faire changer d’idée et de conduite.

       – tu as de ces préjugés envers moi aussi, Simon ? demande Simon le Zélote en souriant.

       – Oh, je ne t’avais pas vu ! Avec toi ? Ah non ! Pas avec toi. L’honnêteté se lit sur ton visage. La bonté suinte de ton cœur comme une huile odorante à travers un vase poreux. Qui plus est, tu es âgé. Ce n’est pas toujours une qualité. Parfois, plus on vieillit, plus on devient faux et méchant. Mais tu es de ceux qui se comportent comme des vins de qualité. Plus ils vieillissent et plus ils se purifient et se bonifient.

       – Tu as bien jugé, Pierre, dit Jésus.

       90.7 Maintenant venez. Pendant que les femmes travaillent pour nous, faisons une halte sous la tonnelle fraîche. Comme il est beau d’être avec ses amis ! Nous irons ensuite, tous ensemble, parcourir la Galilée et même plus loin. Ou plutôt, pas tous. Lévi, maintenant qu’il est satisfait, retournera auprès d’Elie pour lui dire que Marie le salue. N’est-ce pas, Maman ?

       – Que je le bénis, tout comme Isaac et les autres. Mon Fils m’a promis de m’emmener avec lui… et je viendrai chez vous, les premiers amis de mon bébé.

       – Maître, je voudrais que Lévi porte à Lazare le document que tu sais.

       – Prépare-le, Simon. Aujourd’hui, c’est fête. Demain soir, Lévi partira, à temps pour arriver avant le sabbat. Venez, mes amis… »

       Ils sortent dans le jardin tout vert, et tout prend fin.

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