Une initative de
Marie de Nazareth

La parabole des talents

jeudi 21 septembre 28
Jérusalem
St Mary Abbot, Londres

Dans les évangiles : Mt 25,14-30 ; Lc 19,11-27

Matthieu 25,14-30

« C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit. Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.

Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : “Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.” Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.” Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : “Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.” Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”

Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : “Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.” Son maître lui répliqua : “Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu. Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !”

Vision de Maria Valtorta

       281.1 Jésus se dirige vers le Temple. Il est précédé par les disciples en petits groupes, et suivi par les femmes en groupe : sa Mère, Marie femme de Cléophas, Marie Salomé, Suzanne, Jeanne femme de Kouza, Elise de Béth-çur, Annalia de Jérusalem, Marthe et Marcelle. Marie de Magdala n’est pas là. Autour de Jésus, les douze apôtres et Marziam.

       Jérusalem est dans la pompe de ses jours de solennité. Il y a du monde de toutes les régions et sur toutes les routes. Cantiques, discours, murmures de prières, imprécations des âniers, quelques pleurs de bébés et, au-dessus de tout cela, un ciel clair qui se montre entre les maisons et un soleil qui vient gaiement raviver les couleurs des vêtements et embraser les teintes mourantes des tonnelles et des arbres que l’on aperçoit ici et là au-delà des murs des jardins clos ou des terrasses.

       Parfois, Jésus croise des personnes de sa connaissance et la salutation est plus ou moins respectueuse selon l’humeur de celui qu’il croise. C’est ainsi que celle de Gamaliel est profonde, mais condescendante. Ce dernier regarde fixement Etienne, qui lui sourit du groupe des disciples. Après s’être incliné devant Jésus, Gamaliel appelle Etienne à part et lui dit quelques mots, après quoi Etienne revient dans son groupe. La salutation du vieux chef de la synagogue Cléophas d’Emmaüs, qui se dirige avec ses concitoyens vers le Temple, est empreinte de vénération. La réponse des pharisiens de Capharnaüm à la salutation de Jésus est dure comme une malédiction.

       281.2 Quant aux paysans de Yokhanan, conduits par l’intendant, ils se prosternent dans la poussière de la route en baisant les pieds de Jésus. La foule s’arrête pour observer avec étonnement ce groupe d’hommes qui, à un carrefour, se précipitent en criant aux pieds d’un homme jeune qui n’est ni un pharisien ni un scribe renommé, ni un satrape ni un courtisan puissant. Quelqu’un demande de qui il s’agit. Et un chuchotement se répand :

       « C’est le Rabbi de Nazareth, celui dont on dit qu’il est le Messie. »

       Prosélytes et païens l’entourent alors avec curiosité, poussant le groupe contre le mur, créant un encombrement dans la toute petite place, jusqu’à ce qu’un groupe d’âniers les disperse en maudissant l’obstruction. Mais aussitôt la foule se rassemble de nouveau, séparant les femmes des hommes, exigeante, brutale dans ses manifestations qui sont encore de la foi. Tout le monde veut toucher les vêtements de Jésus, lui dire un mot, l’interroger. Et c’est un effort inutile parce que leur hâte même, leur anxiété, leur agitation pour passer aux premiers rangs en se repoussant mutuellement fait que personne n’y parvient, et même les questions et les réponses se fondent en une rumeur inintelligible.

       Le seul qui s’arrache à la scène, c’est le grand-père de Marziam, qui a répondu par un cri au cri de son petit-fils et, aussitôt après avoir vénéré le Maître, a serré l’enfant sur son cœur ; se tenant ainsi, appuyé sur les talons, les genoux à terre, il l’a assis sur son sein, l’admire et le caresse avec des larmes et des baisers joyeux, le questionne et l’écoute. Le vieillard est déjà au paradis, tant il est heureux.

       Les soldats romains accourent, croyant qu’il y a quelque rixe et se frayent un passage. Mais quand ils voient Jésus, ils ont un sourire et se retirent tranquillement, se bornant à conseiller à l’assistance de laisser libre l’important carrefour. Jésus obéit aussitôt, profitant de l’espace libre qu’ont fait les romains qui le précèdent de quelques pas comme pour lui ouvrir le chemin, en réalité pour revenir à leur poste de garde ; la garnison romaine est en effet bien renforcée, comme si Pilate savait qu’il y a du mécontentement dans la foule et craignait quelque soulèvement en ces jours où Jérusalem est remplie de juifs venus de toutes parts. Et il est beau de le voir marcher ainsi, précédé du détachement romain comme un roi dont on dégage la route pendant qu’il se rend à ses propriétés.

       En marchant, il a dit à l’enfant et au vieillard : « Restez ensemble et suivez-moi » et à l’intendant : « Je te prie de me laisser tes hommes. Ils seront mes hôtes jusqu’au soir. »

       L’intendant répond avec déférence : « Qu’il soit fait en tout comme tu le désires » et, après une profonde salutation, il repart seul.

       281.3 Il est désormais près du Temple – et le fourmillement de la foule, réellement comme des fourmis près de la fourmilière, est encore plus dense – lorsqu’un paysan de Yokhanan s’écrie : « Voilà le maître ! » et, imité par les autres, il tombe à genoux pour le saluer.

       Jésus reste debout au milieu du groupe des paysans prostrés parce qu’ils étaient serrés autour de lui, et il tourne les yeux vers le point indiqué. Il rencontre le regard d’un pharisien richement vêtu, qui n’est pas nouveau pour moi, mais je ne sais pas où je l’ai vu.

       Le pharisien Yokhanan est avec d’autres de sa caste : c’est tout un amoncellement d’étoffes précieuses, de franges, de fibules, de ceintures, de phylactères, tout cela plus ample que d’ordinaire. Il regarde attentivement Jésus : c’est un regard de pure curiosité mais pas irrévérencieux. Il fait même un geste de salut plutôt empesé : il incline tout juste la tête. Mais c’est toujours une salutation à laquelle Jésus répond avec déférence. Deux ou trois autres pharisiens saluent eux aussi, pendant que d’autres regardent avec mépris ou font semblant de regarder ailleurs, et un seul lance une insulte. C’est sûr, car je vois ceux qui entourent Jésus sursauter, et même Yokhanan se retourne tout d’un coup pour foudroyer du regard l’insulteur, un homme plus jeune que lui, aux traits marqués et durs.

       Une fois ces hommes dépassés, les paysans osent parler, et l’un d’eux dit :

       « C’est Doras, Maître, celui qui t’a maudit.

       – Laisse-le faire. Je vous ai, vous, pour me bénir » dit calmement Jésus.

       Manahen se tient appuyé, avec d’autres, à une archivolte. Dès qu’il voit Jésus, il lève les bras avec une exclamation de joie :

       « C’est une agréable journée, puisque je te trouve ! »

       Il s’avance vers Jésus, suivi de ceux qui l’accompagnent. Il le vénère sous l’archivolte ombragée où les voix résonnent comme sous une coupole.

       Juste au moment où il le vénère, Simon et Joseph, les cousins de Jésus, passent tout près du groupe apostolique avec d’autres nazaréens… mais ils ne saluent pas… Jésus les regarde avec tristesse, mais ne dit mot.

       Jude et Jacques, excités, se parlent l’un à l’autre. Jude s’enflamme d’indignation, puis il part en courant, sans que son frère puisse le retenir. Mais Jésus le rappelle d’un ton si impérieux : « Jude, viens ici ! » que le fils excité d’Alphée fait demi-tour…

       « Laisse-les faire. Ce sont des semences qui n’ont pas encore senti le printemps. Laisse-les dans l’obscurité de la motte rétive. Je les pénétrerai quand même, même si la motte devient du jaspe qui enveloppe la semence. Je le ferai en temps voulu. »

       Les gémissements de Marie, femme d’Alphée, désolée, s’élèvent plus fort que la réponse de Jude. C’est la longue plainte d’une personne humiliée… Mais Jésus ne se retourne pas pour la consoler bien que cette lamentation résonne nettement sous l’archivolte qui lui fait de multiples échos.

       Il continue de parler avec Manahen qui lui dit :

       « Ceux qui m’accompagnent sont des disciples de Jean. Ils veulent, comme moi, t’appartenir.

       – Que la paix soit avec les bons disciples. Là, en avant, ce sont Mathias, Jean et Siméon, avec moi pour toujours. Je vous accueille comme je les ai accueillis, car tout ce qui me vient du saint Précurseur m’est cher. »

       281.4 Après avoir rejoint l’enceinte du Temple, Jésus donne des ordres à Judas et à Simon le Zélote pour les achats et les of­frandes d’usage. Puis il appelle le prêtre Jean et dit :

       « Toi qui appartiens à ce lieu, tu t’occuperas d’inviter quelque lévite que tu sais digne de connaître la vérité. Car vraiment, cette année, je peux célébrer une fête joyeuse. Jamais plus il n’y aura un jour aussi doux…

       – Pourquoi, Seigneur ? demande le scribe Jean.

       – Parce que je vous ai autour de moi, tous, présents visiblement ou spirituellement.

       – Mais nous y serons toujours ! Et avec nous beaucoup d’autres » affirme avec véhémence l’apôtre Jean ; tous font chorus.

       Jésus sourit et se tait pendant que le prêtre Jean part en avant avec Etienne dans le Temple pour exécuter l’ordre. Jésus leur crie par derrière :

       « Rejoignez-nous au portique des Païens ! »

       Ils entrent et rencontrent presque aussitôt Nicodème, qui salue profondément, mais ne s’approche pas de Jésus. Pourtant il échange avec Jésus un sourire entendu et paisible.

       Pendant que les femmes s’arrêtent à l’endroit qui leur est permis, Jésus se rend avec les hommes à la prière à l’endroit réservé aux hébreux, puis il revient, après avoir accompli tous les rites, pour retrouver ceux qui l’attendent au portique des Païens.

       Les portiques très vastes et très élevés sont remplis d’une foule qui écoute les instructions des rabbins. Jésus se dirige vers l’endroit où il voit arrêtés les deux apôtres et les deux disciples envoyés en avant. Aussitôt, on fait cercle autour de lui, et aux apôtres et disciples s’unissent de nombreuses personnes qui se tenaient ici et là dans la cour de marbre remplie de monde. La curiosité est telle que certains élèves des rabbins – je ne sais si c’est spontanément ou envoyés par les maîtres – s’approchent du cercle qui se presse autour de Jésus.

       281.5 Jésus demande à brûle-pourpoint :

       « Pourquoi vous serrez-vous autour de moi ? Dites-le-moi. Vous avez des rabbis connus et sages, bien vus de tout le monde. Moi, je suis l’Inconnu et le mal vu. Pourquoi donc venez-vous à moi ?

       – Parce que nous t’aimons » disent certains, d’autres : « Parce que tu as des paroles différentes des autres », et d’autres en­core : « Pour voir tes miracles » ou « Parce que nous avons entendu parler de toi » ou encore « Parce que toi seul as des paroles de vie éternelle et des œuvres qui correspondent aux paroles » et enfin : « Parce que nous voulons nous unir à tes disciples. »

       Jésus regarde les gens au fur et à mesure qu’ils parlent comme s’il voulait les transpercer par le regard pour lire leurs impressions les plus cachées, et certains, ne résistant pas à ce regard, s’éloignent ou bien se cachent derrière une colonne ou des gens plus grands qu’eux.

       Jésus reprend :

       « Mais savez-vous ce que cela veut dire et ce que cela impose de marcher à ma suite ? Je vais répondre à ces seules paroles, parce que la curiosité ne mérite pas qu’on lui réponde et parce que celui qui a faim de mes paroles me donne, en conséquence, son amour et désire s’unir à moi. Car, parmi ceux qui ont parlé, il y a deux groupes : les curieux, dont je ne m’occupe pas, et les volontaires que j’instruis, sans les tromper sur la sévérité de cette vocation.

       281.6 Venir à moi comme disciple, cela veut dire renoncer à tous les amours pour un seul amour : le mien. L’amour égoïste pour soi-même, l’amour coupable pour les richesses, la sensualité ou la puissance, l’amour honnête pour son épouse, l’amour saint pour ses parents, l’amour affectueux des enfants et des frères ou pour les enfants et les frères, tout doit faire place à l’amour pour moi, si on veut être mien. En vérité, je vous dis que mes disciples doivent être plus libres que les oiseaux qui planent dans les cieux, plus libres que les vents qui parcourent les espaces sans que personne les retienne, personne ni rien. Libres, sans lourdes chaînes, sans lacets d’amour matériel, sans même les fils d’araignée fins des plus légères barrières. L’âme est comme un papillon délicat enfermé dans un lourd cocon de chair, et son vol peut s’alourdir ou s’arrêter complètement, par l’action d’une iridescente et impalpable toile d’araignée : l’araignée de la sensualité, du manque de générosité dans le sacrifice. Moi, je veux tout, sans réserve. L’âme a besoin de cette liberté de donner, de cette générosité de donner, pour pouvoir être certaine de ne pas rester prise dans la toile d’araignée des affections, des habitudes, des réflexions, des peurs, tendues comme autant de fils de cette araignée monstrueuse qu’est Satan, le voleur des âmes.

       Si quelqu’un veut venir à moi et ne hait pas saintement son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et jusqu’à sa vie même, il ne peut être mon disciple. J’ai dit : “ hait saintement ”. Vous, dans votre cœur, vous dites : “ La haine – il l’enseigne lui-même –, n’est jamais sainte. Donc il se contredit. ” Non. Je ne me contredis pas. Je dis de haïr la pesanteur de l’amour, la passion charnelle de l’amour pour ses parents, son épouse et ses enfants, ses frères et sœurs, et sa vie elle-même, mais, d’autre part, j’ordonne d’aimer avec la liberté légère qui est le propre des âmes, ses parents et la vie. Aimez-les en Dieu et pour Dieu, en ne faisant jamais passer Dieu après eux, en vous occupant et vous préoccupant de les amener là où le disciple est arrivé, c’est-à-dire à Dieu Vérité. Ainsi vous aimerez saintement vos parents et Dieu, en conciliant les deux amours et en faisant des liens du sang, non pas un poids, mais une aile, non pas une faute, mais la justice.

       Même votre vie, vous devez être prêts à la haïr pour me suivre. Hait sa vie celui qui, sans peur de la perdre ou de la rendre humainement triste, la consacre à mon service. Mais ce n’est qu’une haine apparente. Un sentiment appelé de manière incorrecte “ haine ”, par la pensée de l’homme qui ne sait pas s’élever, de l’homme uniquement terrestre, de peu supérieur à une brute. En réalité, cette haine apparente qui est le refus des satisfactions sensuelles à l’existence, pour donner une vie toujours plus grande à l’âme, c’est de l’amour. C’est de l’amour, le plus élevé qui soit, le plus béni.

       Ce refus des basses satisfactions, cette interdiction de la sen­sualité des affections, ce risque de reproches et de commen­taires injustes, de punitions, de répudiations, de malédictions et, peut-être, de persécutions, est une suite de peines. Mais il faut les embrasser et se les imposer comme une croix, un gibet sur lequel on expie toutes les fautes passées pour aller justifiés vers Dieu. C’est ainsi qu’on obtient de Dieu toute grâce vraie, puissante, sainte, pour ceux que nous aimons. Celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas, celui qui ne sait pas le faire, ne peut être mon disciple.

       281.7 Réfléchissez-y donc bien, vous qui déclarez : “ Nous sommes venus parce que nous voulons nous unir à tes disciples. ” Il n’y a rien de honteux – c’est au contraire de la sagesse – à s’estimer, à se juger, à avouer à soi-même et aux autres : “ Je n’ai pas l’étoffe d’un disciple. ” Eh quoi ? Les païens ont, à la base de l’un de leurs enseignements, la nécessité de “ se connaître soi-même ”: et vous, juifs, vous ne sauriez pas le faire pour conquérir le Ciel ?

       Car, rappelez-le-vous toujours, bienheureux ceux qui viendront à moi. Mais, plutôt que de venir pour ensuite me trahir, moi et Celui qui m’a envoyé, il vaut mieux ne pas venir du tout et rester les fils de la Loi comme vous l’avez été jusqu’à présent. Malheur à ceux qui, ayant dit : “ Je viens ”, nuisent plus tard au Christ en trahissant l’idée chrétienne et en scandalisant les petits, les gens honnêtes ! Malheur à eux ! Et pourtant, il y en aura toujours !

       Imitez donc celui qui veut construire une tour. Il commence par calculer attentivement les dépenses nécessaires et il compte son argent pour voir s’il a de quoi l’achever, afin qu’après avoir fait les fondations il ne doive pas suspendre les travaux par manque d’argent. Dans ce cas, il perdrait même ce qu’il possédait avant, en restant sans tour et sans talents, et en échange il s’attirerait les moqueries du peuple qui dirait : “ Il a commencé à construire sans pouvoir finir. Maintenant, il peut se remplir l’estomac avec les ruines de sa construction inachevée ! ”

       Imitez encore les rois de la terre, en faisant servir les pauvres événements du monde à un enseignement surnaturel. Quand ils veulent faire la guerre à un autre roi, ils examinent tout avec calme et attention, pèsent le pour et le contre, réfléchissent pour voir si l’intérêt de la conquête vaut le sacrifice de la vie des sujets. Ils étudient s’il est possible de conquérir ce lieu, si leurs troupes, inférieures de moitié en nombre à celles de leur rival, même si elles sont plus combatives, peuvent vaincre. S’ils estiment avec justesse qu’il est improbable que dix mille hommes viennent à bout de vingt mille, ils envoient à leur rival, avant le combat, une ambassade avec de riches présents ; ils apaisent leur rival, déjà inquiet des mouvements de troupes de l’autre, le désarment par des témoignages d’amitié, font disparaître ses soupçons et signent avec lui un traité de paix, en vérité toujours plus avantageux qu’une guerre, aussi bien humainement que spirituellement.

       C’est ainsi que vous devez agir avant de commencer une nouvelle vie et de partir en guerre contre le monde. Car voici ce que être mes disciples implique : marcher contre le tourbillonnement et la violence de l’entraînement du monde, de la chair, de Satan. Et si vous ne vous sentez pas le courage de renoncer à tout par amour pour moi, ne venez pas à moi, parce que vous ne pouvez pas être mes disciples.

       281.8 – C’est bien. Ce que tu dis est vrai » admet un scribe qui s’est mêlé au groupe. « Mais si nous nous dépouillons de tout, avec quoi allons-nous te servir ensuite ? La Loi a des commandements qui sont comme de la monnaie que Dieu donne à l’homme pour que, en s’en servant, il achète la vie éternelle. Tu dis : “ Renoncez à tout ” et tu indiques son père, sa mère, les richesses, les honneurs. Dieu a pourtant donné tout cela et il nous a dit, par la bouche de Moïse, de nous en servir saintement pour paraître justes aux yeux de Dieu. Si tu nous enlèves tout, qu’est-ce que tu nous donnes ?

       – Le véritable amour, je l’ai dit, rabbi. Je vous donne ma doctrine qui n’enlève pas un iota à la Loi ancienne, mais au contraire la perfectionne.

       – Dans ce cas, nous sommes tous des disciples égaux parce que nous avons tous les mêmes choses.

       – Nous les avons tous selon la Loi de Moïse. Mais pas tous selon la Loi perfectionnée par moi selon l’amour. Tous n’atteignent pas, dans cette Loi, la même quantité de mérites. Même parmi les disciples qui m’appartiennent, tous n’arriveront pas à avoir une égale somme de mérites et certains, non seulement n’auront pas cette somme, mais perdront même leur unique monnaie : leur âme.

       – Comment ? A qui on a donné davantage, il restera davan­tage. Tes disciples, ou mieux tes apôtres, te suivent dans ta mission et sont au courant de tes façons de faire, ils ont reçu énormément ; tes disciples effectifs ont beaucoup reçu, ceux qui ne sont dis­ciples que de nom, moins, et ceux qui, comme moi, ne t’é­coutent que par hasard, rien. Il est évident que les apôtres recevront énormément au Ciel, les disciples effectifs beaucoup, ceux qui ne le sont que de nom moins, ceux qui sont comme moi rien.

       – Humainement c’est évident, et c’est faux aussi humainement. Car tous ne sont pas capables de faire fructifier les biens qu’ils ont reçus. Ecoute cette parabole et pardonne-moi si je développe trop ici mon enseignement. Mais je suis l’hirondelle de passage et je ne séjourne que peu de temps dans la Maison du Père, car je suis venu pour le monde entier et ce petit monde qu’est le Temple de Jérusalem ne veut pas me permettre de suspendre mon vol et de rester là où la gloire de Dieu m’appelle.

       – Pourquoi dis-tu cela ?

       – Parce que c’est la vérité. »

       Le scribe regarde autour de lui et baisse la tête. Que ce soit la vérité, il le voit écrit sur trop de visages de membres du Sanhédrin, de rabbis et de pharisiens qui ont grossi de plus en plus le groupe qui entoure Jésus. Ce sont autant de visages verts de rage ou rouges de colère, de regards qui équivalent à des paroles de malédiction et à des crachats empoisonnés, de rancœur qui fermente de tous côtés, de désir de brutaliser le Christ – même si cela reste seulement un désir par peur de la foule qui entoure le Maître avec dévotion, prête à tout pour le défendre, peur aussi peut-être d’être punis par Rome, qui est bienveillante envers le doux Maître galiléen –.

       281.9 Jésus se remet calmement à exposer sa pensée en parabole :

       « Un homme qui allait entreprendre un long voyage et s’absenter longtemps appela tous ses serviteurs et leur confia tous ses biens. A l’un, il donna cinq talents d’argent, à un autre deux talents d’argent, à un troisième un seul talent, mais d’or. A chacun selon sa situation et son habileté. Puis il partit.

       Alors le serviteur qui avait reçu cinq talents d’argent alla les faire valoir habilement et, après quelque temps, ils lui en rapportèrent cinq autres. Celui qui avait reçu deux talents d’argent fit la même chose et il doubla la somme qu’il avait reçue. Mais celui auquel le maître avait donné davantage, un talent d’or pur, paralysé par la peur de ne pas savoir s’y prendre, par la crainte des voleurs, de mille choses chimériques et surtout par la paresse, fit un grand trou dans la terre et y cacha l’argent de son maître.

       De nombreux mois passèrent, et le maître revint. Il appela aussitôt ses serviteurs pour qu’ils lui rendent l’argent laissé en dépôt.

       Celui qui avait reçu cinq talents d’argent se présenta et dit : “ Voici, mon seigneur. Tu m’en as donné cinq. Comme il me semblait qu’il était mal de ne pas faire fructifier l’argent que tu m’avais donné, je me suis débrouillé et je t’ai gagné cinq autres talents. Je n’ai pas pu faire davantage… ” “ C’est bien, très bien, serviteur bon et fidèle. Tu t’es montré fidèle en peu de choses, entreprenant et honnête. Je te donnerai de l’autorité sur beaucoup de choses. Entre dans la joie de ton maître. ”

       Puis celui qui avait reçu deux talents se présenta et dit : “ Je me suis permis d’employer tes biens dans ton intérêt. Voici les comptes qui montrent comment j’ai employé ton argent. Tu vois ? Il y avait deux talents d’argent, maintenant il y en a quatre. Es-tu content, mon seigneur ? ” Et le maître fit au bon serviteur la même réponse qu’au premier.

       Arriva en dernier celui qui, jouissant de la plus grande confiance de son maître, avait reçu le talent d’or. Il le sortit de sa cachette et dit : “ Tu m’as confié la plus grande valeur parce que tu sais que je suis prudent et fidèle, comme moi je sais que tu es intransigeant et exigeant, et que tu ne supportes pas des pertes d’argent, mais en cas de perte, tu t’en prends à celui qui est près de toi. Car, en vérité, tu moissonnes là où tu n’as pas semé et tu ramasses là où tu n’as rien répandu, sans faire cadeau du moindre sou à ton banquier ou à ton régisseur, pour quelque raison que ce soit. Il te faut autant d’argent que tu en réclames. Or moi, par crainte de diminuer ce trésor, je l’ai pris et l’ai caché. Je ne me suis fié à personne pas plus qu’à moi-même. Maintenant, je l’ai déterré et je te le rends. Voici ton talent. ”

       “ – Serviteur injuste et paresseux ! En vérité, tu ne m’as pas aimé parce que tu ne m’as pas connu et que tu n’as pas aimé mon bien-être, puisque tu as laissé mon argent improductif. Tu as trahi l’estime que j’avais pour toi et c’est toi-même qui te contredis, t’accuses et te condamnes. Tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, et que je ramasse là où je n’ai rien répandu. Alors pourquoi n’as-tu pas fait en sorte que je puisse moissonner et ramasser ? C’est ainsi que tu réponds à ma confiance ? C’est ainsi que tu me connais ? Pourquoi n’as-tu pas porté mon argent aux banquiers pour qu’à mon retour je le retire avec les intérêts ? Je t’avais instruit avec un soin particulier dans ce but et toi, paresseux et imbécile, tu n’en as pas tenu compte. Qu’on t’enlève donc le talent ainsi que tous tes autres biens, et qu’on les donne à celui qui a les dix talents. ”

       “ – Mais lui en a déjà dix alors que celui-ci reste sans rien… ” lui objecta-t-on.

       “ – C’est bien ainsi. A celui qui possède et le fait fructifier, il sera donné encore davantage, et même en surabondance. Mais à celui qui n’a pas parce qu’il n’a pas la volonté d’avoir, on enlèvera ce qui lui a été donné. Quant au serviteur inutile qui a trahi ma confiance et a laissé improductifs les dons que je lui avais faits, qu’on l’expulse de ma propriété et qu’il aille pleurer et se ronger le cœur. ”

       Voilà la parabole. Comme tu le vois, rabbi, à qui avait reçu le plus il est resté le moins, car il n’a pas su mériter de conserver le don de Dieu. Et il n’est pas sûr qu’un de ceux dont tu dis qu’ils ne sont disciples que de nom et ont par conséquent peu de chose à faire valoir, ou même l’un de ceux qui, comme tu dis, m’en­tendent par hasard et ont seulement leur âme pour unique capital, n’ar­rive pas à avoir le talent d’or et même ce qu’il aura rapporté, qu’on aura enlevé à quelqu’un qui avait reçu davantage. Les surprises du Seigneur sont infinies parce que les réactions de l’homme sont innombrables. Vous verrez des païens arriver à la vie éternelle et des samaritains posséder le Ciel, et vous verrez des purs Israélites qui me suivent perdre le Ciel et la vie éternelle. »

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