Une initative de
Marie de Nazareth

Préparation de la Cène

jeudi 4 avril 30
Jérusalem
Andrea del Castagno

Dans les évangiles : Mt 26,17-19 ; Mc 14,12-16 ; Lc 22,7-13

Matthieu 26,17-19

Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus : « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? » Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : “Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.” » Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.

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Marc 14,12-16

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?” Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

Luc 22,7-13

Arriva le jour des pains sans levain, où il fallait immoler l’agneau pascal. Jésus envoya Pierre et Jean, en leur disant : « Allez faire les préparatifs pour que nous mangions la Pâque. » Ils lui dirent : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs ? » Jésus leur répondit : « Voici : quand vous entrerez en ville, un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre ; suivez-le dans la maison où il pénétrera. Vous direz au propriétaire de la maison : “Le maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?” Cet homme vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée. Faites-y les préparatifs. » Ils partirent donc, trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

Vision de Maria Valtorta

       598.1 Et voici une nouvelle matinée, sereine, radieuse même. Les rares nuages qui, la veille, se déplaçaient lentement sur le cobalt du ciel ont disparu. La lourde chaleur si accablante d’hier a cédé la place à une brise légère qui souffle sur les visages. Elle a quelque chose du parfum des fleurs, du foin, de l’air pur. Elle berce doucement les feuilles des oliviers. On dirait qu’elle veut faire admirer la couleur argentée des feuilles lancéolées. Elle répand sur les pas et sur la tête du Christ des petites fleurs candides, odorantes, qui tombent comme un baiser pour le rafraîchir — car chaque calice contient une gouttelette de rosée —, et puis meurent avant de voir l’horreur qui menace. Et les herbes des pentes s’inclinent pour remuer les clochettes, les corolles, les palmettes de milliers de fleurs.

       Etoiles au cœur d’or, les grosses marguerites sauvages se dressent sur leurs tiges comme pour baiser la main qui sera transpercée ; de même, les pâquerettes et les camomilles baisent les pieds généreux qui ne s’arrêteront de marcher pour le bien des hommes que lorsqu’ils seront cloués pour un bienfait encore supérieur ; les églantines répandent leur parfum, et l’aubépine, qui n’a plus de fleurs, agite ses feuilles dentelées.

       Elle semble dire : “ Non, non ” à ceux qui s’en serviront pour tourmenter le Rédempteur. Et “ non ” disent en écho les roseaux du Cédron. Eux aussi se refusent à frapper, leur volonté de petite plante ne veut pas faire de mal au Seigneur.

       Peut-être les pierres sur les pentes se félicitent-elles d’être hors de la ville, sur l’oliveraie pour ne pas risquer de blesser le Martyr. Et ils pleurent aussi, les fins liserons rosés que Jésus aimait tellement, ainsi que les corymbes des acacias blancs comme des grappes de papillons groupés sur une tige. Peut-être pensent-ils : “ Nous ne le verrons plus. ” Les myosotis fins et purs laissent retomber leurs corolles quand ils touchent le vêtement pourpre que Jésus porte de nouveau. Il doit être beau de mourir quand c’est Jésus qui frappe. Toutes les fleurs, même un muguet perdu, tombé là peut-être incidemment et qui s’est épanoui entre les racines saillantes d’un olivier, est heureux d’être aperçu et cueilli par Thomas pour être offert au Seigneur…

       Les milliers d’oiseaux dans les branches le saluent avec des chants de joie. Ah ! ils ne le blasphèment pas, ces oiseaux qu’il a toujours aimés ! Même un petit troupeau de brebis semble vouloir le saluer malgré leurs pleurs, privées qu’elles sont de leurs petits vendus pour le sacrifice pascal. C’est une lamentation de mères qui parcourt l’air. Tout en bêlant et en appelant leurs agneaux qui ne reviendront plus, elles se frottent contre Jésus en lui offrant leur doux regard.

       598.2 La vue des brebis rappelle aux apôtres qu’il leur faut organiser le rite pascal et, à leur arrivée à Gethsémani, ils demandent à Jésus :

       « Où irons-nous consommer la Pâque ? Quel endroit choisis-tu ? Dis-le, et nous allons tout préparer. »

       Et Judas :

       « Donne-moi tes ordres, et j’irai.

       – Pierre, Jean, écoutez-moi. »

       Les deux hommes, qui étaient un peu en avant, s’approchent de Jésus.

       « Précédez-nous et entrez dans la ville par la Porte du Fumier. A peine entrés, vous rencontrerez un homme qui vient d’En-Rogel avec un broc de cette bonne eau. Suivez-le jusqu’à ce qu’il pénètre dans une maison. Vous direz à celui qui s’y trouve : “ Le Maître te fait dire : ‘Où se trouve la pièce où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? ” Il vous montrera un grand cénacle prêt. Préparez-y tout ce qu’il faut. Faites vite, puis rejoignez-nous au Temple. »

       Les deux hommes partent en toute hâte.

       Jésus au contraire, avance lentement. La matinée est encore fraîche et les premiers pèlerins apparaissent tout juste sur les routes qui mènent à Jérusalem. Après avoir traversé le Cédron sur le petit pont qui se trouve avant Gethsémani, ils entrent dans la ville. Les portes, peut-être à la suite d’un contre-ordre de Pilate, rassuré par l’absence de dissensions autour de Jésus, ne sont plus surveillées par des légionnaires. Effectivement, le plus grand calme règne partout.

       598.3 Ah ! on ne peut pas dire que les juifs n’ont pas su se contenir ! Personne n’a molesté le Maître ni ses disciples. Respectueux, bien élevés à défaut d’être affectueux, ils l’ont toujours salué, même les plus haineux du Sanhédrin. Une patience sans égale a accompagné même le réquisitoire d’hier.

       En voilà justement un exemple : comme la maison de campagne de Caïphe est proche de cette porte, voilà qu’un groupe important de pharisiens et de scribes, parmi lesquels le fils d’Hanne, Elchias, Doras et Sadoq, en sort et passe. Cela donne lieu à mille courbettes de personnages aux amples manteaux, qui saluent dans un ondoiement de vêtements, de franges et de larges couvre-chefs. Jésus leur rend leur salutation et passe, l’air royal dans son vêtement de laine rouge et son manteau d’une teinte plus foncée. Il tient le couvre-chef de Syntica à la main, et le soleil fait de ses cheveux cuivrés une couronne d’or et un voile brillant qui descend jusqu’aux épaules. Les échines se relèvent après son passage, mais ce sont des visages d’hyènes enragées qui apparaissent.

       Judas, qui ne cessait de regarder tout autour de lui avec sa mine de traître, s’écarte sur le bord de la route sous prétexte de relacer une sandale, et, je le vois bien, il fait un signe à ces gens qui l’attendaient… Toujours affairé à remettre la courroie de sa sandale pour se donner une contenance, il laisse avancer le groupe de Jésus et des disciples puis, rapidement, il passe près des autres et murmure : “ A la Belle, aux environs de sexte. Un de vous ” ; puis il se hâte de rejoindre ses compagnons. Il se donne l’air franc, effrontément franc !

       598.4 Ils montent au Temple. S’il y a peu d’Hébreux encore, les païens sont nombreux. Jésus va adorer le Seigneur. Puis il revient sur ses pas et ordonne à Simon et Barthélémy d’acheter l’agneau en se faisant donner de l’argent par Judas.

       « Mais j’aurais pu le faire moi-même ! dit ce dernier.

       – Tu auras autre chose à faire. Tu le sais. Il y a cette veuve à laquelle il faut porter l’obole de Marie de Magdala et demander de se rendre après les fêtes à Béthanie chez Lazare. Sais-tu où elle se trouve ? As-tu bien compris ?

       – Je sais, je sais ! L’endroit m’a été montré par Zacharie, qui la connaît bien. » Et il ajoute : « Je préfère de beaucoup y aller plutôt que m’occuper de l’agneau. Quand dois-je le faire ?

       – Plus tard. Je ne vais pas m’attarder ici. Je vais me reposer aujourd’hui, car je veux être fort pour ce soir et pour ma prière de la nuit.

       – C’est bien. »

       Je m’interroge : les jours précédents, Jésus avait bien gardé le silence sur ses intentions pour ne donner aucune indication à Judas. Alors pourquoi dit-il, répète-t-il maintenant ce qu’il va faire dans la nuit ? La Passion est-elle déjà commencée par l’aveuglement de sa prévoyance, ou bien cette prévoyance s’est-elle renforcée au point qu’il lit dans les livres des Cieux que c’est pour “ cette nuit-là ”, et que par conséquent il faut en informer celui qui attend de le savoir pour le livrer à ses ennemis ? Ou bien a-t-il toujours su que c’est cette nuit même que doit commencer son immolation ? Je ne parviens pas à me donner de réponse. Jésus ne m’en apporte pas non plus. Et je reste avec mes questions tout en observant Jésus, qui guérit les derniers malades. Les derniers… Demain, dans quelques heures, il ne le pourra plus… La terre sera privée du puissant Guérisseur des corps. Néanmoins, la Victime commencera sur son gibet la série, ininterrompue depuis vingt siècles, de ses guérisons spirituelles.

       598.5 Aujourd’hui, je contemple plus que je ne décris. Mon Seigneur me fait projeter ma vue spirituelle à partir de ce que je vois arriver dans le dernier jour de liberté du Christ jusque dans les siècles… Aujourd’hui, je contemple davantage les sentiments, les pensées du Maître que les événements qui l’entourent. Déjà je comprends, angoissée, sa torture de Gethsémani…

       598.6 Comme d’habitude, Jésus est pressé de tout côté par la foule qui s’est accrue, qui maintenant est en majorité hébraïque et qui oublie de se hâter vers l’endroit où on sacrifie les agneaux pour s’approcher de Jésus, l’Agneau de Dieu sur le point d’être immolé. Et elle demande, elle exige encore des explications.

       Nombreux sont les juifs de la Diaspora qui, ayant entendu parler du Christ, du prophète galiléen, du Rabbi de Nazareth, sont curieux de l’entendre parler et impatients de lever tout doute possible. Alors ils se fraient un passage en suppliant ainsi ceux de Palestine :

       « Vous l’avez toujours auprès de vous. Vous savez qui il est. Vous entendez sa parole quand vous voulez. Nous, nous arrivons de loin, et nous allons repartir aussitôt après avoir accompli le précepte. Laissez-nous approcher de lui ! »

       La foule s’ouvre difficilement pour leur céder la place. Ils s’avancent vers Jésus et le dévisagent avec curiosité. Ils discutent entre eux, groupe par groupe.

       Jésus les observe aussi tout en écoutant des personnes venues de Pérée. Quand ils lui ont offert de l’argent pour ses pauvres comme le font beaucoup, argent qu’il a passé comme toujours à Judas, il les remercie et prend la parole.

       598.7 « Unis par une même foi, mais de provenances diverses, nombreux sont ceux qui se demandent, dans l’assistance : “ Qui est donc cet homme que l’on appelle le Nazaréen ? ”, et leurs espoirs se mêlent à leurs doutes. Ecoutez donc :

       Il est dit de moi : “ Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ces racines et sur lui reposera l’Esprit du Seigneur. Il ne jugera pas d’après les apparences, il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. Le rejeton de la racine de Jessé, placé comme un signe parmi les nations, sera invoqué par les peuples et son tombeau sera glorieux. Il dressera un signal pour les nations et rassemblera les bannis d’Israël. Il regroupera les dispersés de Juda des quatre coins de la terre. ”

       Il est dit de moi : “ Voici votre Dieu qui vient avec puissance, et son bras sera victorieux. Il porte avec lui sa récompense, il a son œuvre devant les yeux. Tel un berger, il fera paître son troupeau. ”

       Il est dit de moi : “ Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. J’ai fait reposer sur lui mon esprit. Devant les nations, il fera paraître le jugement que j’ai prononcé. Il ne criera pas, n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il rendra justice selon la vérité. Voici mon Serviteur avec lequel je serai, en qui se complaît mon âme. En lui j’ai répandu mon esprit. Il amènera la justice parmi les nations. Il ne criera pas, il ne brisera pas le roseau fêlé, il n’éteindra pas la mèche qui fume encore, il fera justice selon la vérité. Sans être triste ou turbulent, il arrivera à établir sur la terre la justice, et les îles attendront sa loi. ”

       Il est dit de moi : “ Moi, le Seigneur, je t’ai appelé dans la justice, je t’ai pris par la main, je t’ai préservé, je t’ai fait alliance du peuple et lumière des nations pour ouvrir les yeux aux aveugles et tirer les captifs de leur geôle, et de leur prison souterraine ceux qui gisent dans les ténèbres. ”

       Il est dit de moi : “ L’Esprit du Seigneur est sur moi, car le Seigneur m’a donné l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux esclaves la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part du Seigneur. ”

       Il est dit de moi : “ Il est le Fort, il fera paître son troupeau avec la force du Seigneur, avec la majesté du nom du Seigneur son Dieu. Ils se convertiront à lui, parce que, dès à présent, il sera glorifié jusqu’aux confins du monde. ”

       Il est dit de moi : “ La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître avec justice. ”

       Il est dit : “ Il est le Prince de la paix et il sera la paix. ”

       Il est dit : “ Voici ton Roi qui vient vers toi. Il est le Juste, le Sauveur. Il est pauvre, il est monté sur un ânon. Il annoncera la paix aux nations. Sa domination ira d’une mer à l’autre jusqu’aux extrémités de la terre. ”

       Il est dit : “ Soixante-dix semaines ont été fixées pour ton peuple et ta cité sainte pour mettre un terme à la transgression et fin au péché, pour expier l’iniquité, pour amener la justice éternelle, pour accomplir visions et prophéties, et pour oindre le Saint des Saints. Après sept plus soixante-deux viendra le Christ. Après soixante-deux, il sera mis à mort. Il concluera une alliance ferme avec un grand nombre le temps d’une semaine ; mais, au milieu de la semaine les hosties et les sacrifices feront défaut, et ce sera dans le Temple l’abomination de la désolation, qui durera jusqu’à la fin des siècles. ”

       598.8 Il n’y aura donc plus d’hosties en ces jours ? L’autel n’aura pas de victimes ? Il aura la grande Victime. Le prophète la voit : “ Quel est donc celui qui vient avec les vêtements teints en rouge ? Il est beau dans sa robe, et il s’avance dans la grandeur de sa puissance. ”

       Comment cet homme pauvre a-t-il teint son vêtement de pourpre ? Le prophète le précise : “ J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats, je n’ai pas soustrait mon visage aux outrages. Ma beauté et ma splendeur ont disparu, et les hommes ne m’ont plus aimé. Les hommes m’ont méprisé, tenu pour le dernier ! Homme de douleurs, mon visage sera voilé et méprisé, et ils me considéreront comme un lépreux, alors que c’est pour tous que je serai couvert de plaies et mis à mort. ”

       Voici la Victime. Ne crains pas, ô Israël ! Ne crains pas ! L’Agneau pascal ne fait pas défaut ! Ne crains pas, ô terre ! Ne crains pas ! Voici le Sauveur. Comme une brebis, il sera conduit à l’abattoir parce qu’il l’a voulu, et il n’a pas ouvert la bouche pour maudire ses meurtriers. Après sa condamnation, il sera élevé et consumé dans les souffrances, ses membres seront déboîtés, ses os découverts, ses pieds et ses mains transpercés. Mais une fois passés les tourments par lesquels il justifiera un grand nombre, il possédera les multitudes parce que, après avoir livré sa vie à la mort pour le salut du monde, il ressuscitera et gouvernera la terre ; il désaltérera les peuples avec les eaux vues par Ezéchiel, jaillissant du vrai Temple qui, après avoir été abattu, se relève par sa propre force, avec le vin qui a rendu pourpre le blanc vêtement de l’Agneau sans tache, et avec le Pain venu du Ciel.

       598.9 Vous qui êtes assoiffés, venez aux eaux ! Vous qui êtes affamés, nourrissez-vous ! Vous qui êtes épuisés ou malades, buvez mon vin ! Vous qui n’avez pas d’argent, vous qui n’avez pas de santé, venez ! Vous qui êtes dans les ténèbres et vous qui êtes morts, venez ! Je suis la richesse et le salut. Je suis la Lumière et la Vie. Venez, vous qui cherchez le chemin ! Venez, vous qui cherchez la vérité ! Je suis le Chemin et la Vérité ! Ne craignez pas de ne pouvoir consommer l’Agneau en raison du manque d’hosties vraiment saintes dans ce Temple profané. Tous, vous aurez à manger de l’Agneau de Dieu venu enlever les péchés du monde, comme l’a dit de moi le dernier des prophètes de mon peuple.

       A ce peuple, je demande : mon peuple, que t’ai-je fait ? En quoi t’ai-je contristé ? Que pouvais-je te donner de plus ? J’ai instruit tes intelligences, j’ai guéri tes malades, j’ai comblé de bienfaits tes pauvres, j’ai rassasié tes foules, je t’ai aimé en tes enfants, j’ai pardonné, j’ai prié pour toi. Je t’ai aimé jusqu’au sacrifice. Et toi, que prépares-tu pour ton Seigneur ? Une heure, la dernière, t’est donnée, ô mon peuple, ô ma cité royale et sainte. Reviens en cette heure au Seigneur ton Dieu !

       598.10 – Il a dit les vraies paroles !

       – C’est bien ce qui est écrit ! Et il fait réellement ce qui est annoncé !

       – Comme un berger, il a pris soin de tous !

       – Comme si nous étions des brebis dispersées, malades, perdues dans le brouillard, il est venu nous ramener au vrai chemin, guérir notre âme et notre corps, nous éclairer.

       – Vraiment, tous les peuples viennent à lui. Voyez comme ces païens sont dans l’admiration !

       – Il a annoncé la paix.

       – Il a donné de l’amour.

       – Je ne comprends pas ce qu’il dit du sacrifice. Il parle comme si on devait le tuer.

       – C’est bien le cas, s’il est l’Homme annoncé par les prophètes, le Sauveur.

       – Et il parle comme si tout le peuple devait le maltraiter. Cela n’arrivera jamais. Le peuple, c’est nous, or nous l’aimons.

       – Il est notre ami. Nous le défendrons.

       – C’est un Galiléen et nous, qui sommes de Galilée, nous donnerons notre vie pour lui.

       – Il descend de David et, nous autres Judéens, nous lèverons la main seulement pour le défendre.

       – Quant à nous, qu’il a aimés autant que vous, nous venons de l’Auranitide, de Pérée, de la Décapole, mais pourrions-nous l’oublier ? Tous, nous le défendrons. »

       Voilà ce qu’on entend dans la foule, désormais très dense. Versatilité des intentions humaines ! D’après la position du soleil, je juge qu’il doit être environ neuf heures du matin. Vingt-quatre heures plus tard, ces gens seront depuis plusieurs heures autour du Martyr pour le torturer par la haine et les coups, et hurler pour demander sa mort. Parmi les milliers de personnes qui se pressent de tous les coins de Palestine et d’au-delà, et qui ont reçu lumière, santé, sagesse, pardon du Christ, rares, trop rares seront ceux qui, non seulement ne chercheront pas à l’arracher à ses ennemis — leur petit nombre par rapport à la multitude de ceux qui le frappent les en empêche —, mais ne sauront pas même le réconforter en lui donnant une preuve d’amour et en le suivant avec un visage ami.

       Les louanges, les marques de sympathie, les commentaires admiratifs se répandent dans la vaste cour comme les flots qui viennent de la haute mer mourir sur le rivage.

       598.11 Des scribes, des pharisiens, des juifs tentent de neutraliser l’enthousiasme du peuple, et son excitation contre les ennemis du Christ, en disant :

       « Il délire. Il est dans un tel état d’épuisement que cela le fait divaguer. Il voit des persécutions là où on lui rend honneur. Ses propos sont des torrents de sagesse comme d’habitude, mais mêlés à des phrases incohérentes. Personne ne lui veut de mal ! Nous avons bien compris qui il est… »

       Mais les gens se méfient d’un pareil changement d’humeur, et une personne se révolte :

       « II a guéri mon fils dément. Je connais la folie. Ce n’est pas ainsi que parle un fou ! »

       Et un autre :

       « Laisse-les dire. Ce sont des vipères qui ont peur que le bâton du peuple leur brise les reins. Pour nous tromper, ils imitent le doux chant du rossignol, mais si tu écoutes bien, on entend le sifflement du serpent. »

       Et un autre encore :

       « Sentinelles du peuple du Christ, garde à vous ! Quand l’ennemi caresse, c’est qu’il a un poignard caché dans sa manche, et il tend la main pour frapper. Ayons les yeux ouverts et le cœur prêt ! Les chacals ne peuvent devenir des agneaux dociles.

       – Tu as raison : le hibou réjouit et enchante les oiseaux naïfs par l’immobilité de son corps et la gaieté menteuse de sa salutation. Il rit et invite par son cri, mais il est déjà prêt à dévorer. »

       Et c’est ainsi d’un groupe à l’autre.

       598.12 Mais il y a aussi les païens, ces païens toujours plus nombreux qui ne manquent pas d’écouter le Maître en ces jours de fête. Ils se tiennent toujours en marge de la foule, car l’exclusivisme hébreu-palestinien est très fort et les repousse, voulant les premières places autour du Maître. Mais eux désirent l’approcher et lui parler. Un groupe nombreux aperçoit Philippe, que la foule a repoussé dans un coin. Ils s’approchent de lui pour lui dire :

       « Seigneur, nous voudrions voir de près Jésus, ton Maître, et nous adresser à lui au moins une fois. »

       Philippe se dresse sur la pointe des pieds pour voir s’il découvre quelque apôtre plus près du Seigneur. Il aperçoit André, l’appelle et lui crie :

       « II y a ici des païens qui voudraient saluer le Maître. Demande-lui s’il veut les recevoir. »

       André, séparé de Jésus par quelques mètres, serré dans la foule, s’ouvre un passage sans beaucoup d’égards, travaillant généreusement des coudes et criant :

       « Faites place ! Faites place, je vous dis ! Je dois aller auprès du Maître. »

       Il le rejoint et lui transmet le désir des païens.

       « Conduis-les dans ce coin-ci. J’irai les trouver. »

       Et pendant que Jésus essaie de passer parmi la cohue, Jean, qui est revenu avec Pierre, Pierre lui-même, Jude, Jacques, fils de Zébédée, et Thomas, qui quitte le groupe des parents qu’il a retrouvés dans la foule pour aider ses compagnons, s’efforcent de lui frayer le chemin.

       598.13 Enfin Jésus arrive à l’endroit où se trouvent les païens, qui le saluent.

       « Paix à vous. Que voulez-vous de moi ?

       – Te voir. Te parler. Tes propos nous ont troublés. Depuis longtemps, nous désirions nous adresser à toi pour te dire que ta parole nous frappe, mais nous attendions de le faire à un moment propice. Aujourd’hui… tu parles de mort… Nous craignons de ne plus pouvoir nous entetenir avec toi si nous ne saisissons pas cette occasion. Est-il donc possible que les Hébreux puissent tuer leur meilleur fils ? Nous sommes païens, et ta main ne nous a pas fait de bien. Ta parole nous était inconnue. Nous avions vaguement entendu parler de toi, mais nous ne t’avions jamais vu ni approché. Et pourtant, tu le vois : nous te rendons hommage. C’est le monde entier qui t’honore avec nous.

       – Oui, l’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié par les hommes et par les âmes. »

       Maintenant, les gens entourent de nouveau Jésus, avec la différence que les païens sont au premier rang, et les autres en arrière.

       « Mais alors, si c’est l’heure de ta glorification, tu ne mourras pas comme tu dis ou comme nous avons compris. Car ce n’est pas être glorifié que de mourir de cette façon. Comment pourras-tu réunir le monde sous ton sceptre si tu meurs avant de l’avoir fait ? Si ton bras s’immobilise dans la mort, comment pourras-tu triompher et rassembler les peuples ?

       – C’est en mourant que je donne la vie. En mourant, j’édifie. En mourant, je crée le Peuple nouveau. C’est par le sacrifice qu’on obtient la victoire. En vérité, je vous dis que si le grain de froment tombé à terre ne meurt pas, il reste stérile, mais s’il meurt, il produit beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perdra. Qui hait sa vie en ce monde la sauvera pour la vie éternelle. J’ai le devoir de mourir pour donner cette vie éternelle à tous ceux qui me suivent pour servir la Vérité. Que celui qui veut me servir vienne : dans mon Royaume, la place n’est pas limitée à tel ou tel peuple. Que celui qui veut me servir vienne à moi et me suive, et là où je serai, sera aussi mon serviteur. Et celui qui me sert sera honoré par mon Père, qui est l’unique vrai Dieu, le Seigneur du Ciel et de la terre, le Créateur de tout ce qui existe. Il est Pensée, Parole, Amour, Vie, Chemin, Vérité ; Père, Fils, Esprit Saint, un tout en étant trine, trine tout en étant unique, le seul vrai Dieu. 598.14 Mais maintenant mon âme est troublée. Et que dirai-je ? “ Père sauve-moi de cette heure ” ? Non, c’est pour cette heure que je suis venu. Je dirai : “ Père, glorifie ton Nom ! »

       Jésus ouvre les bras en croix, une croix pourpre qui se détache sur la blancheur des marbres du portique, il lève la tête en s’offrant, en priant, en s’élevant avec son âme vers le Père.

       Alors une voix, plus forte que le tonnerre, immatérielle en ce sens qu’elle ne ressemble à aucune voix d’homme, mais très sensible à toutes les oreilles, emplit le ciel serein de cette magnifique journée d’avril. Vibrant avec plus de puissance que l’accord d’un orgue géant, d’une très belle tonalité, elle proclame :

       « Je l’ai glorifié, et je le glorifierai encore. »

       La foule a eu peur. Cette voix, si puissante qu’elle a fait vibrer le sol et ce qui s’y trouve, cette voix mystérieuse, différente de toute autre, d’une origine inconnue, cette voix qui emplit tout l’espace, du nord au midi, de l’orient à l’occident, terrorise les juifs et stupéfie les païens. Les premiers, quand ils le peuvent, se jettent à terre, murmurant dans leur crainte :

       « Nous allons mourir ! Nous avons entendu la voix du Ciel. Un ange lui a parlé ! »

       Et ils se battent la poitrine en attendant la mort. Les seconds hurlent :

       « Un coup de tonnerre ! Un grondement ! Fuyons ! La terre a rugi ! Elle a tremblé ! »

       Mais il est impossible de fuir dans cette cohue, qui s’accroît encore lorsque les gens qui étaient en dehors des murs du Temple accourent à l’intérieur en criant :

       « Pitié pour nous ! Courons ! Ici, c’est le lieu saint. Il ne se fendra pas, le mont où s’élève l’autel de Dieu ! »

       Chacun reste donc à sa place, bloqué par la foule et l’épouvante.

       598.15 Sur les terrasses du Temple accourent les prêtres, les scribes, les pharisiens, qui étaient éparpillés dans ses méandres ainsi que les lévites et les stratèges. Ils sont agités, stupéfaits. Mais de tous ceux-là, seuls descendent dans les cours Gamaliel et son fils. Jésus le voit passer, drapé dans son vêtement de lin, si blanc qu’il resplendit jusque sous le soleil éclatant qui le frappe.

       Jésus regarde Gamaliel, mais, comme s’il parlait pour tout le monde, il hausse la voix pour dire :

       « Ce n’est pas pour moi que cette parole est venue du Ciel, mais pour vous. »

       Gamaliel s’arrête, se retourne, et ses yeux profonds et très noirs — que l’habitude d’être un maître vénéré comme un demi-dieu rend involontairement durs comme ceux des rapaces — transpercent du regard le regard de saphir, limpide, doux et en même temps majestueux, de Jésus…

       Jésus poursuit :

       « C’est maintenant le jugement de ce monde. C’est maintenant que le Prince des Ténèbres va être jeté dehors. Et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi, car c’est ainsi que le Fils de l’homme opérera le salut.

       598.16 – Nous avons appris dans les livres de la Loi que le Christ vit éternellement. Et toi, tu dis que tu es le Christ mais que tu dois mourir. Tu dis aussi que tu es le Fils de l’homme et que tu sauveras parce qu’on t’élèvera. Qui es-tu donc ? Le Fils de l’homme ou le Christ ? Et qui est le Fils de l’homme ? demande la foule, qui reprend de la hardiesse.

       – C’est une seule et même personne. Ouvrez les yeux à la Lumière. Pour peu de temps encore, la Lumière est parmi vous. Marchez vers la Vérité tant que vous avez la Lumière, afin que les ténèbres ne vous surprennent pas. Celui qui marche dans l’obscurité ne sait pas où il va. Tant que vous avez la Lumière, croyez en la Lumière, afin de devenir des fils de la Lumière. »

       Puis il se tait.

       La foule est perplexe et divisée. Une partie s’en va en hochant la tête. Une partie observe l’attitude des principaux dignitaires : pharisiens, chefs des prêtres, scribes… — et en particulier de Gamaliel —, et ils adaptent leurs propres gestes à cette attitude. D’autres personnes encore approuvent de la tête et s’inclinent devant Jésus avec des signes très clairs qui veulent dire : “ Nous croyons ! Nous t’honorons pour ce que tu es. ” Mais ils n’osent pas se déclarer ouvertement en sa faveur. Ils ont peur des yeux attentifs des ennemis du Christ, des puissants, car ceux-ci les surveillent du haut des terrasses qui surplombent les magnifiques portiques tout autour de l’enceinte du Temple.

       598.17 Gamaliel est resté pensif quelques minutes, comme s’il interrogeait le pavé de marbre pour obtenir une réponse aux questions qu’il se pose à lui-même, mais il reprend sa marche vers la sortie après un mouvement de la tête et un haussement d’épaules pour marquer son désappointement ou son mépris… et il passe tout droit devant Jésus, sans plus le regarder.

       Jésus, de son côté, le regarde avec compassion… et il hausse de nouveau la voix avec force — c’est comme une trompette de bronze — pour dépasser tous les bruits et être entendu du grand scribe, qui s’en va, déçu. Il semble parler pour tout le monde, mais il est évident qu’il parle pour lui seul :

       « Qui croit en moi, ce n’est pas en moi qu’il croit, mais en celui qui m’a envoyé, et qui me voit, voit celui qui m’a envoyé. Or c’est bien le Dieu d’Israël ! Car il n’y a pas d’autre Dieu que lui.

       Aussi, je vous dis : si vous ne pouvez croire en moi en tant qu’homme appelé fils de Joseph, de la descendance de David, et fils de Marie, de la lignée de David, de la Vierge vue par le prophète, né à Bethléem, comme l’annoncent les prophéties, précédé par Jean-Baptiste, comme il est dit encore depuis des siècles, croyez au moins à la voix de votre Dieu qui vous a parlé du Ciel. Croyez en moi en tant que Fils de ce Dieu d’Israël. Car, si vous ne croyez pas à celui qui vous a parlé du Ciel, ce n’est pas moi que vous offensez, mais votre Dieu dont je suis le Fils.

       N’ayez pas la volonté de rester dans les ténèbres ! Je suis venu au monde comme Lumière afin que celui qui croit en moi ne reste pas dans les ténèbres. Ne consentez pas à vous créer des remords que vous ne pourriez plus apaiser quand je serai retourné là d’où je suis venu, et qui seraient un bien dur châtiment de Dieu pour votre entêtement. Je suis prêt à pardonner tant que je suis parmi vous, tant que le jugement n’est pas rendu. En ce qui me concerne, j’ai le désir de pardonner. Mais différente est la pensée de mon Père, car moi, je suis la Miséricorde et lui est la Justice.

       En vérité, je vous dis que si quelqu’un écoute mes paroles et n’en tient pas compte, ce n’est pas moi qui le juge. Je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. Mais si, moi, je ne juge pas, en vérité je vous dis que quelqu’un juge vos actes. Mon Père, qui m’a envoyé, juge ceux qui repoussent sa Parole. Oui, celui qui me méprise, ne reconnaît pas la Parole de Dieu et ne reçoit pas les paroles du Verbe, aura pour juge la parole même que j’ai annoncée. C’est elle qui le jugera au dernier jour.

       On ne se moque pas de Dieu, est-il écrit. Et le Dieu dont on s’est moqué sera terrible pour ceux qui l’auront traité de fou et de menteur.

       Rappelez-vous tous que les paroles que vous avez entendues de moi viennent de Dieu. Car je n’ai pas parlé de moi-même, mais le Père qui m’a envoyé m’a lui-même prescrit ce que je dois dire et de quoi je dois parler. Et moi, j’obéis à son commandement, car je sais que son commandement est juste. Tout commandement de Dieu est vie éternelle, et moi, votre Maître, je vous donne l’exemple de l’obéissance à tout commandement de Dieu. Soyez donc certains que ce dont je vous ai entretenu et ce dont je vous entretiens encore, je le dis comme mon Père me l’a dit. Or mon Père est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Moïse, des patriarches et des prophètes, le Dieu d’Israël, votre Dieu. »

       Paroles de lumière qui tombent dans les ténèbres qui déjà s’épaississent dans les cœurs !

       Gamaliel, qui s’était de nouveau arrêté, la tête penchée, reprend sa marche… D’autres le suivent en hochant la tête ou en ricanant.

       598.18 Jésus part lui aussi… Mais auparavant, il se tourne vers Judas : “ Va là où tu dois aller ”, puis vers les autres :

       « Chacun est libre d’aller là où il le doit, ou à sa guise. Les disciples bergers resteront avec moi.

       – Prends-moi aussi avec toi, Seigneur ! implore Etienne.

       – Viens… »

       Ils se séparent. Je ne sais pas où Jésus se rend. Mais je sais où va Judas : il va à la Belle Porte. Il monte les marches qui mènent de la Cour des Païens à celle des femmes, et après l’avoir traversée, il franchit d’autres marches, jette un coup d’œil dans la Cour des Juifs et, de colère, il frappe le sol du pied parce qu’il ne trouve pas la personne qu’il cherche. Revenu sur ses pas, il voit un des gardes du Temple, le hèle et lui ordonne avec son arrogance habituelle :

       « Va trouver Eléazar, fils d’Hanne. Qu’il vienne tout de suite à la Belle. Judas, fils de Simon, l’attend pour une affaire sérieuse. »

       Il s’appuie à une colonne et attend. Après un moment, Eléazar, fils d’Hanne, Elchias, Simon, Doras, Corneille, Sadoq, Nahum et d’autres, accourent. Je vois leurs vêtements voler dans le vent.

       Judas parle d’une voix basse, mais excitée :

       « Ce soir ! Après la cène. A Gethsémani. Venez l’y capturer. Donnez-moi l’argent.

       – Non. Nous te le remettrons quand tu viendras nous chercher ce soir. Nous ne te faisons pas confiance ! Nous te voulons avec nous. On ne sait jamais ! » raille Elchias.

       Les autres l’approuvent en chœur.

       Piqué au vif par cette insinuation, Judas s’enflamme de dédain. Il jure :

       « Je jure sur Yahvé que je dis la vérité ! »

       Sadoq réplique:

       « C’est bien. Mais il vaut mieux agir de la sorte. Quand ce sera l’heure, tu viendras, tu prendras les hommes chargés de la capture et tu partiras avec eux. Il vaut mieux éviter que des gardes imbéciles arrêtent Lazare et provoquent des malheurs. Tu leur indiqueras l’homme par un signe… Tu dois comprendre ! C’est la nuit… On n’y verra guère… Les gardes seront fatigués, endormis… Mais si tu les guides… Voilà ! Qu’en pensez-vous ? »

       Le perfide Sadoq se tourne vers ses compagnons, et lâche :

       « Je proposerais comme signal un baiser. Un baiser ! Le meilleur signe pour indiquer l’ami trahi. Ha ! Ha ! »

       Tous ricanent. Ils forment un chœur de démons.

       Judas est furieux, mais il ne recule pas. Il ne recule plus. Il souffre du mépris qu’ils lui témoignent, mais pas pour ce qu’il s’apprête à faire, si bien qu’il déclare :

       « Mais rappelez-vous que je veux l’argent compté dans la bourse avant de sortir d’ici avec les gardes.

       – Tu l’auras ! Tu l’auras ! Nous te donnerons même la bourse pour que tu puisses garder l’argent, comme relique de ton amour. Ha ! Ha ! Ha ! Adieu, serpent ! »

       Judas est livide. Il est déjà livide. Il ne perdra jamais plus ce teint et cette expression d’épouvante désespérée. Au contraire, elle s’accentuera avec les heures jusqu’à devenir insoutenable quand il sera pendu à l’arbre… Il s’enfuit…

       598.19 Jésus s’est réfugié dans le jardin d’une maison amie, un jardin tranquille des premières maisons de Sion. Entouré de hauts murs anciens, recouvert par la frondaison un peu agitée des vieux arbres, il est frais et silencieux. Non loin, une voix de femme chante une douce berceuse.

       Il a dû se passer des heures, car les serviteurs de Lazare, de retour après être allés je ne sais où, disent :

       « Tes disciples sont déjà dans la maison où la cène est préparée, et Jean, après avoir apporté avec nous les fruits aux enfants de Jeanne, est parti chercher les femmes pour les accompagner chez Joseph, fils d’Alphée, qui est arrivé aujourd’hui seulement, quand sa mère n’espérait plus le voir, et puis, de là, à la maison de la cène, car c’est le soir.

       – Nous allons nous aussi nous y rendre. Les heures des cènes sont arrivées… »

       Jésus se lève pour remettre son manteau.

       « Maître, il y a au dehors des personnes de condition. Elles voudraient te parler sans être vues par les pharisiens, annonce un serviteur.

       – Fais-les entrer. Esther ne s’y opposera pas. N’est-ce pas, Esther ? dit Jésus en se tournant vers une femme d’âge mûr qui accourt pour le saluer.

       – Non, Maître. Ma maison est la tienne, tu le sais. Tu ne t’en es servi que trop peu !

       – Autant qu’il faut pour dire à mon cœur : c’était une maison amie. »

       Il commande au serviteur :

       « Va chercher ceux qui attendent. »

       598.20 Il entre une trentaine de personnes bien mises. Elles le saluent. Quelqu’un parle au nom de tous :

       « Maître, tes paroles nous ont secoués. Nous avons entendu en toi la voix de Dieu. Mais nous sommes traités de fous parce que nous croyons en toi. Que faire ?

       – Qui croit en moi, ce n’est pas en moi qu’il croit, mais en celui qui m’a envoyé et dont aujourd’hui vous avez entendu la voix très sainte. Qui me voit, ce n’est pas moi qu’il voit, mais celui qui m’a envoyé, car je ne fais qu’un avec mon Père. C’est pourquoi je vous dis que vous devez croire pour ne pas offenser Dieu, qui est mon Père et le vôtre, et qui vous aime jusqu’à vous sacrifier son Fils unique. Si des cœurs doutent que je suis le Christ, il n’y a pas de doute que Dieu est au Ciel. Et la voix de Dieu, que j’ai appelé Père, aujourd’hui, au Temple, en lui demandant de glorifier son Nom, a répondu à celui qui l’appelait Père, et sans le traiter de “ menteur ” ou de “ blasphémateur ” comme le font plusieurs. Dieu a confirmé qui je suis : sa Lumière. Je suis la Lumière venue dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. Si quelqu’un entend mes paroles et ne les met pas en pratique, je ne le juge pas. Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. Celui qui me rejette et ne reçoit pas mes paroles a son juge : la parole que j’ai fait entendre, c’est elle qui le jugera au dernier jour. En effet, elle était sage, parfaite, douce, simple, comme l’est Dieu. Car cette Parole, c’est Dieu. Celui qui a parlé n’est pas moi, Jésus de Nazareth, dit le fils de Joseph, menuisier de la race de David, et fils de Marie, enfant juive, vierge de la race de David mariée à Joseph. Non. Je n’ai pas parlé de moi-même. C’est mon Père, celui qui est dans les Cieux et dont le nom est Yahvé, c’est lui qui aujourd’hui a parlé, qui m’a envoyé, qui m’a prescrit de dire ce que je dois dire et de quoi je dois parler. Et je sais que son commandement est vie éternelle. Les paroles que je vous dis, je les dis comme le Père les a dites, et elles sont porteuses de Vie. C’est pour cela que je vous dis : écoutez-les. Mettez-les en pratique et vous aurez la Vie. Car ma parole est Vie, et celui qui l’accueille, accueille, en même temps que moi, le Père des Cieux qui m’a envoyé pour vous donner la Vie. Et celui qui a Dieu en lui a en lui la Vie.

       598.21 Allez. Que la paix vienne à vous et y demeure. »

       Il les bénit et les congédie. Il bénit aussi les disciples. Il retient seulement Isaac et Etienne, embrasse les autres et les congédie. Quand ils sont partis, il sort le dernier avec ses deux compagnons, et passe avec eux par les ruelles les plus solitaires et déjà sombres, pour se rendre à la maison du Cénacle. Arrivé là, il étreint et bénit avec un amour particulier Isaac et Etienne, il les embrasse, les bénit de nouveau, les regarde partir, puis il frappe et entre… [...]

Connaissance remarquable

La Belle porte

Quelques heures avant l’arrestation de Jésus, Judas s’apprête à parachever sa trahison. Il donne furtivement rendez-vous à ses complices : « A la Belle, aux environs de sexte. Un de vous » (EMV 598.3). Et peu après, Maria Valtorta précise : « Il va à la Belle Porte, en montant des marches qui mènent de l'Atrium des Gentils à celui des femmes, et après l'avoir traversé, en montant à son extrémité d'autres marches, il jette un coup d'œil dans l'Atrium des Hébreux » (EMV 598.18). La mystique italienne montre ainsi que la Belle porte, dans l’enceinte du Temple, donnait accès au parvis des femmes depuis le parvis des gentils. Cette indication peut paraître anodine de nos jours…

 

Mais lorsqu’en 1947 Maria Valtorta consigna ce récit, la plupart des historiens considéraient alors, à la suite du célèbre docteur Sepp (1) que la Belle porte, lieu de la guérison du boiteux par Pierre et Jean (2), n’était qu’un autre qualificatif de la porte de Nicanor, et se trouvait entre la cour des femmes et celle d’Israël. C’est seulement en 1956 qu’à la suite d’une étude minutieuse Jean Duplacy (3) démontra que la Belle porte se situait exactement à l’emplacement décrit par Maria Valtorta dix ans plus tôt !

(1) Docteur Sepp Jésus-Christ: Etudes sur sa vie et sa doctrine  tome 2, 1869 p 365.

(2) Selon Actes 3,10

(3) Jean Duplacy (1913-1983) A propos d'une variante "occidentale" des Actes des Apôtres (III, 11) Brepols 1956.

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